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  Le Républicain
Code des personnes, peine de mort, homosexualité : Le grand choc des civilisations

Les récents événements liés au nouveau code des personnes et de famille sont le signe manifeste d’un profond choc culturel. Après le vote par les députés du nouveau code, le Haut conseil islamique est monté au créneau.

En fait cette défiance de l’Assemblée nationale n’est rien d’autre qu’une remise en cause des actions gouvernementales, mais surtout de celle des représentants, des partenaires techniques et financières : les bailleurs de fonds. Nul n’ignore que, pour financer nos projets et programmes de développement l’Union européenne à ses conditionnalités. Parmi celles-ci, on relève, concernant le 10e Fed, l’abolition de la peine de mort, l’abolition de l’excision, le nouveau code des personnes et de la famille et la reconnaissance des associations d’homosexuels.

Malgré tout le Mali reste un exemple patent de civilisation enracinée dans une religion pratiquée par plus de 90 % de la population. Les réactions consécutives au vote du nouveau code des personnes et de la famille l’illustrent très bien.

Le phénomène est récurrent puisqu’avant le vote de ce code, il y a eu les problèmes de l’abolition de la peine de mort et du « Congrès des homosexuels ». L’organisation du meeting dimanche dernier, par le Haut Conseil islamique, n’est ni le fruit du hasard ni celui des circonstances. C’était presque une nécessité pour éviter le pire. La goutte d’eau a failli déborder le vase.

C’est l’expression de la manifestation d’un mécontentement populaire que le Haut Conseil islamique a su décrypter au moment opportun. Il a fallu évidement agir avec beaucoup de « diplomatie » pour empêcher les débordements souvent constatés en pareils cas. Il faut, aussi, ménager les partenaires techniques et financiers. En somme, à travers l’Assemblée nationale visée par la foule présente au meeting de dimanche dernier à la grande mosquée de Bamako, il fallait voir plus loin. C’est assurément difficile de défier les PTF qui détiennent le cordon de la bourse, dans un pays contraint de programmer ses perspectives de développement avec eux. Comment conjuguer ces deux tendances ?

C’est à cela que s’est exercé, dimanche dernier, Mahmoud Dicko, président du Haut Conseil islamique. Au demeurant, cette situation n’est pas du tout nouvelle. Elle demeure une constante inscrite dans notre histoire et notre culture. A titre de rappel, il faut citer le Cheikh Hamaoullah de Nioro du Sahel que les colons n’avaient pas compris. L’attitude du guide spirituel était-elle religieuse ou révolutionnaire ? se demandaient les colons. Ils ont fini par le considérer comme une personnalité hostile à leurs valeurs de civilisation. Ils l’ont assimilé à un « révolté » qui menait ses actions dans un cadre secret. Très proche de nous, au Sénégal le Cheikh Ahmad Bamba aussi fut déporté dans la forêt dense du Gabon.

La liste n’est pas exhaustive. La confrontation s’inscrit dans la durée. La méfiance et l’incompréhension des deux camps finit par la tension. En fait l’Union européenne est convaincue que pour parfaire la démocratie des pays africains, il faut les emmener au changement de mentalité. La perception d’une attitude jugée « féodale » par les PTF., les amène à la décision de faire suivre leurs financements par des changements les comportements. Après tout, ils sont les bailleurs de fonds, ceux qui financent nos projets et programmes de développement. Dès l’instant qu’ils veulent nous assimiler aux populations vivant sous leurs cieux, ils estimeront que le financement de nos infrastructures dont s’accompagner du changement de nos valeurs sociales. C’est là que le bât blesse. Les pesanteurs de ces secteurs, ont révélé, à travers le temps, qu’il est difficile de soulever des fondements socioculturels et religieux qui défient tout être humain. En effet, à ce stade, on dépasse le cadre humain pour évoluer vers l’ordre divin. La soumission, du point de vue musulman, ne peut se concevoir qu’envers Dieu. L’homme, qu’il soit bailleur, partenaire au développement ou expert perd cette substance transcendantale.

Pourtant, le croyant est tenu de conjuguer ses actions dans le cadre d’un système démocratique. Régime qui ne saurait effectivement se concevoir sans les libertés politiques, économiques, sociales, pour ne pas dire vers les pratiques libertaires. Une simple promenade dans des quartiers « mal famés » d’Amérique, des Pays-Bas, de la Finlande, de France et d’Allemagne prouve qu’une certaine liberté est difficilement concevable au Mali. Elle heurte la conscience de nos compatriotes car ils ne vivent pas ces civilisations. L’assimilation conduit forcément au choc des cultures. Chocs qui ne sauraient disparaître si les civilisations n’arrivent pas à se comprendre et à dialoguer.

C’est là toute la difficulté. C’est aussi là que le guide, qu’il soit temporel ou spirituel, prouve son charisme et sa capacité à concilier deux civilisations difficilement conciliables.

Baba Dembélé

Le Républicain du 13 aout 2009

 

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