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Bamako-Bouaké : Le calvaire du voyageur

L’intégration sous régionale prônée par l’Uémoa est encore dans les textes. Un voyage entre Bamako et Bouaké (872 km) suffit pour faire ce constat. Il est intéressant de voyager par la route, même si un tel voyage peut s’avérer ennuyeux, voire « dangereux ». Récit.


Le match Côte d’Ivoire-Mali comptant pour la première journée des éliminatoires de la Coupe du monde « Russie-2018 » se jouait samedi dans le stade de la municipalité de Bouaké. pour s’y rendre nous avons pris un car, avec trois confrères, au départ de Sogoniko.

Ayant déjà fait le trajet Bamako-Abidjan en 2012, je pensais avoir une petite expérience de la route, ce qui ne m’a pas empêché de m’enquérir de l’état actuel de l’axe Bamako-Bouaké via Sikasso, Ouangolo, Ferkessédougou et Korhogo auprès de mon voisin de siège. Celui-ci m’informe que le tronçon Bamako-Sikasso est l’un des meilleures d’Afrique de l’Ouest mais que le trajet durera plus de 24h. Peu après 7h30 dans la matinée de Vendredi, nous entamons ce long périple.

De Bamako à Sikasso, rien de grave, la route est effectivement assez bonne. La chaussée est assez large si bien que nous arrivons à Sikasso quelque peu réconfortés à cause des nombreux arrêts marqués par notre car.
Dans la Cité du Kénédougou, on marque une petite pause avant de mettre le cap sur Zégoua à 100 km plus loin. Une distance, certes courte, mais particulièrement éprouvante. La route est très mauvaise et poussiéreuse. A la police des frontières et à la douane on traîne un peu à cause des vérifications. Beaucoup de sociétés de transport au Mali comme celle que nous avions empruntée, expliquent qu’ils vont en Côte d’Ivoire alors que cela n’est pas le cas.
Nous avons été confrontés à ce problème une fois à la frontière. Heureusement qu’ils ont des partenariats avec certaines compagnies qui font le trajet. Sans problème, nous sommes transbordés dans un autre bus.
Le calvaire ne faisait que commencer. Au Mali, nous avons fait le plus long du chemin (467 km), mais le meilleur aussi. Entre Pogo et Bouaké, c’est la croix et la bannière.

Ouangolo-Ferkessédougou : un coupe-gorge
Arrivés à Ouangolo après une heure de trajet, nous sommes buttés à des problèmes de contrôle de pièces. Même en règle, on est obligé de mettre la main à la poche. Le contrôle est lent et les agents peu communicatifs.
Avec la déviation pour la rénovation de l’axe Ouangolo-Ferkessédougou, les attaques se multiplient. En septembre, trois véhicules auraient été attaqués par des bandits armés, selon un compagnon de voyage. Il y aurait même eu mort d’hommes. Un chauffeur confirme cela : « Après 17 h, il faut obligatoirement prendre une escorte militaire pour faire le tronçon Wangolo-Ferké au risque de se faire attaquer ».
Un jeune vendeur de boisson à la sortie de la ville enfonce le clou : « Ferké est le village de Guillaume Soro à 42 km d’ici. Même pendant la journée il y a des attaques. Ils ont récemment arrosé un bus et tué 4 personnes. Parmi les victimes, il y avait le chauffeur et trois passagers. Arrivé à Ferké il faut passer la nuit aussi, car le tronçon Ferké-Korhogo est pire », ajoute Boubacar Doumbia, un chauffeur de remorque.
Nous sommes contraints de prendre une escorte militaire pour faire le trajet en sécurité. Une fois à Ferké, comme nous l’avait conseillé le chauffeur de remorque, nous décidons de passer la nuit.

Pas d’hôtel
Dans cette ville, les passagers investissent la place de la Liberté. Sous des lampadaires, chacun cherche un coin pour se reposer et dormir un peu avant 6 h du matin. Avec mes confères, on peine à trouver un hôtel pour passer une nuit. C’est dans le car que nous passons la nuit entre moustiques et chaleur.
Au lever du jour, le car redémarre pour arriver vers 11 h à Bouaké, avec des passagers exténués et énervés par les nombreux check-points. La découverte de la ville est un soulagement. En effet, toutes ces villes traversées ont un point en commun, des check-points à ne pas en finir. À l’entrée et à la sortie, il y a une herse agressive qui barre la route. « Ces barrages permettent à ces messieurs en treillis de rançonner ou au mieux de mendier une pièce ou deux », soutient un passager furieux.

La ville la plus malienne de la Côte d’Ivoire ?
Dans cette ville, à chaque rue, on voit des drapeaux maliens. La ville est déjà dans l’ambiance du match. Nous rejoignons d’abord le quartier général des journalistes maliens installés à l’hôtel Phenicia non loin du stade de la Paix. Heureux de retrouver nos confrères arrivés plutôt, nous réglons nos problèmes d’accréditation. Quelques heures après, nous prenons le chemin du stade pour la rencontre. Partout dans la ville, nos compatriotes saluent la délégation souhaitant la victoire aux Aigles. Malgré la défaite (3-1), ils ont continué la fête dans le stade et même en dehors.
La nuit, au rythme du couper-décaler, Bouaké bouge. Les nombreux maquis et boites de nuit sont pris d’assaut par les jeunes dans l’euphorie de la large victoire de leur pays. Malgré l’orage de la nuit du samedi 8 octobre sur la ville, ils font la fête. Comme si le pays n’a jamais connu une crise d’une dizaine d’années.

Sory I. Konaté
(Envoyé spécial à Bouaké)
11 Octobre 2016
©AFRIBONE

 

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