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Retrait de l’Afrique du Sud de la CPI : Zuma réussira-t-il à divertir son peuple ?

Depuis que Jacob Zuma s’est servi, à son profit, de l’appareil de l’ANC pour pousser Thabo Mbeki à la démission, l’on ne compte plus les actes posés par le pouvoir sud-africain, tendant à souiller l’héritage politique et moral de Nelson Mandela. Un de ces actes est incontestablement le retrait annoncé de l’Afrique du Sud de la CPI (Cour pénale internationale). En effet, le pouvoir de « l’homme à scandales », c’est-à-dire, Jacob Zuma, a signifié, le 21 octobre dernier, le retrait de son pays de la Cour pénale internationale. En effet, une correspondance a été envoyée, le 19 octobre, au Secrétaire général des Nations unies, pour notifier cette décision. Il faut préciser que le départ de l’Afrique du Sud de la CPI aura lieu dans un an, à compter de la date de réception de cette lettre. L’explication officielle avancée pour motiver cette décision, est que l’adhésion à la CPI est en contradiction avec l’obligation faite à l’Afrique du Sud de respecter l’immunité diplomatique de certains dirigeants.

Les autorités sud-africaines qui avaient pris la décision de ratifier le traité de Rome, avaient de la vision
La vacuité de l’argumentaire développé saute aux yeux. Car, les autorités actuelles de l’Afrique du Sud, par là, laissent sous-entendre que celles qui étaient aux affaires au moment où le pays adhérait à la CPI, étaient irresponsables et ignares au point qu’elles ont posé un acte qui ne prend pas en compte, comme l’a dit bruyamment et sans gêne le ministre sud-africain de la justice, « l’obligation faite à l’Afrique du Sud de respecter l’immunité diplomatique de certains dirigeants ». La réalité est que les autorités sud-africaines qui avaient pris la décision de ratifier le traité de Rome, et c’est le moins que l’on puisse dire, avaient de la vision. Celle d’arrimer l’Afrique du Sud post-apartheid à des valeurs et de la positionner dans le concert des nations, comme un pays résolument tourné vers la défense des droits humains. Pour un pays qui venait d’émerger de la longue nuit noire de la politique abjecte de l’apartheid au cours de laquelle l’écrasante majorité de la population était traitée avec moins d’égards que ceux qui étaient accordés aux animaux de compagnie, cette décision avait tout son sens. C’est à cette philosophie humaniste et morale des premiers dirigeants de l’Afrique du Sud post-apartheid, que vient de s’attaquer frontalement Jacob Zuma. Et il ne manquait que ça pour définitivement le ranger dans le camp des « petits présidents africains » dont les frasques et les turpitudes accréditent l’idée partagée par bien des dirigeants des nations civilisées, selon laquelle les présidents africains sont de grands enfants. Et ils n’ont pas tort, au regard du spectacle honteux auquel se livrent certaines têtes couronnées africaines au sujet de la CPI. En effet, comment peut-on, en toute lucidité, ratifier un traité comme celui de Rome, pour revenir quelques années plus tard déclarer urbi et orbi que l’on s’était trompé ? Avec ce genre de retournements spectaculaires et de parjures, il est difficile de se faire respecter par les autres. Ce qui est plus choquant de la part des présidents qui accusent la CPI de tous les péchés d’Israël, c’est qu’ils ont l’indécence de la présenter comme une arme dirigée contre les Africains. Mon œil, peut-on s’exclamer, en guise d’indignation ! En effet, l’on peut se poser la question de savoir de quels Africains ils parlent. Car, quand on fait le tour des personnes qui sont déjà derrière les barreaux à la Haye ou qui sont aujourd’hui dans le collimateur de la CPI, l’on peut se rendre vite compte qu’il s’agit d’individus qui, en matière de violation massive des droits humains, se sont illustrés comme de véritables Néron. Cela n’est pas de l’affabulation. C’est la triste réalité. Que ce soient Charles Taylor, Jean Pierre Bemba ou encore Laurent Gbagbo, personne n’a le droit de lier leur sort d’aujourd’hui, à leur appartenance à une race ou à un continent. Tous autant qu’ils sont, ont été simplement rattrapés par leur passé. Et ce serait une insulte à la mémoire des milliers d’Africains à qui ils ont atrocement ôté la vie, que de les faire passer pour des héros ou encore de grandes figures de la lutte anti-impérialiste sur qui s’acharne aujourd’hui la CPI. En tout cas, les Africains épris de justice et de respect des droits humains, devraient s’inscrire en faux contre cette falsification de l’Histoire qui consiste à présenter des bourreaux dont les mains dégoulinent encore du sang d’innocents fils et filles du continent noir, sous les dehors de patriotes africains. De ce point de vue, l’on peut dire que Jacob Zuma, en annonçant le retrait de son pays de la CPI, rend un très mauvais service aux peuples africains en proie aujourd’hui à l’arbitraire et à la dictature du fait de leurs dirigeants.

La probabilité est forte qu’il y ait un effet-domino
Cela est d’autant plus criminel que l’on sait que la justice, sous nos tropiques, a la particularité de ne jamais être prompte à se mettre en mouvement pour rétablir les peuples dans leurs droits, même quand les faits sont têtus comme c’est le cas aujourd’hui au Burundi, en RDC et l’on en oublie. Jacob Zuma, en choisissant de retirer son pays de la CPI, vient d’acheter la bagarre de toute la confrérie des satrapes d’Afrique. Et ils ne manqueront pas de le lui rendre au centuple. Cela dit, lorsque l’on analyse l’acte ignoble que le président sud-africain vient de poser en rapport avec l’ensemble des casseroles qu’il traîne au plan domestique, l’on peut aboutir à la conclusion que Jacob Zuma est en train de divertir son peuple. En effet, le retrait annoncé de l’Afrique du Sud de la CPI, intervient à un moment où ses compatriotes, même ceux de son propre bord politique, sont irrités par la gouvernance éhontée de leur président. Et au rythme où vont les choses, il n’est pas exclu que les Sud-africains le contraignent à la démission. De ce point de vue, l’on peut décrypter la décision qu’il vient de prendre comme une stratégie tendant à se donner du répit et à divertir le peuple sud-africain dont la préoccupation majeure, aujourd’hui, est non le retrait de leur pays de la CPI, mais la gestion patrimoniale et gabégique des ressources de leur pays. Il reste aux Sud-Africains d’avoir de la hauteur pour ne pas faire son jeu en se trompant de combat. De la même manière, il revient aux autres peuples d’Afrique de ne pas baisser la garde de sorte à ne pas apporter de l’eau au moulin de tous ceux qui sont en croisade aujourd’hui contre la CPI, au motif que celle-ci est contre l’Afrique. Ils doivent d’autant plus être vigilants qu’après le Burundi et l’Afrique du Sud, la probabilité est forte qu’il y ait un effet-domino pour la simple raison que la CPI est un instrument qui empêche les dictateurs de dormir et de ronfler à leur guise.

« Le Pays » du 25 Octobre 2016

 

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