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An II de l’insurrection populaire au Burkina : Des acquis qui cachent mal des défis

31 octobre 2014-31 octobre 2016 ! Cela fait deux ans, jour pour jour que l’ancien président burkinabè, Blaise Compaoré, perdait le pouvoir. Les circonstances, on les connait. Car, acculé par une rue en colère, celui-là que l’on appelait l’enfant terrible de Ziniaré, n’a eu d’autre choix que de plier l’échine. Est-il à plaindre ? Assurément non quand on sait que l’homme, envers et contre tous, voulait s’éterniser au pouvoir en modifiant l’article 37 de la Constitution. Que n’a-t-on pas vu ? Marches, contremarches, meetings, contre-meetings, attaques incendiaires par médias interposés, il y en a eu. Mais Blaise Compaoré est resté sourd et aveugle. A juste titre d’ailleurs ! Car, comme le dit un adage bien connu de chez nous, « quand l’âne veut vous terrasser, vous ne voyez pas la position de ses oreilles ». En tout cas, le peuple burkinabè qui accepté le sacrifice suprême pour sauver la démocratie, donne la preuve qu’il est plus que jamais déterminé à combattre la dictature sous toutes ses formes . Certes, il est vrai que deux ans après, la relance économique du Burkina tarde encore à voir le jour, mais il faut dire que beaucoup d’acquis ont été enregistrés. Car, à la faveur de cette insurrection, le Burkina Faso a connu les premières élections les plus ouvertes de son histoire, qui ont permis une alternance démocratique entre le pouvoir de la Transition et le régime actuel en place. A cela s’ajoutent les nombreuses avancées constatées dans le traitement de certains dossiers judiciaires, notamment les affaires Thomas Sankara, Norbert Zongo et bien d’autres crimes restés impunis pendant les 27 ans de règne sans partage de Blaise Compaoré.

Le défi sécuritaire est loin d’être relevé

Et ce n’est pas tout. Car ceci pouvant expliquer cela, le Burkina est devenu un exemple en matière de gouvernance politique dont le modèle inspire plus d’un sur le continent ; exception faite des satrapes pour qui Ouagadougou n’est pas Kinshasa ni Brazzaville ni Ndjamena encore moins Bujumbura. De toute évidence, seule la lutte paie et l’histoire retiendra que le peuple burkinabè a eu le mérite de vaincre une dictature que d’aucuns croyaient indéboulonnable. S’il est donc vrai que force doit rester au peuple, on peut dire que le Burkina est sur la bonne voie.

Mais l’arbre ne doit pas cacher la forêt, il y a lieu de reconnaitre que le défi sécuritaire est loin d’être relevé. En témoignent les nombreuses attaques terroristes que le Burkina post-insurrection a enregistrées, comme si les choses étaient programmées.

A cela s’ajoutent les coups de boutoir de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP) dissout à la faveur du coup de force manqué de septembre 2015 contre la Transition. Conséquence, les investisseurs étrangers qui, par leur apport devraient contribuer à la relance de l’économie nationale en panne, ont pris le large ; abandonnant le pays de Roch Marc Christian Kaboré à lui-même.

Boundi OUOBA

30 octobre 2016


Insurrection populaire des 30 et 31 Octobre 2014 : Deux ans après, des insurgés racontent

Les 30 et 31 octobre prochains, le Burkina Faso commémorera le deuxième anniversaire de la deuxième insurrection populaire de son histoire. Cet évènement commémoratif sera marqué par diverses activités qui permettront de rendre hommages aux « héros et martyrs » qui se sont sacrifiés dans la lutte contre la modification de l’article 37 et la mise en place du Sénat. Dans la révolte populaire qui a suivi cette lutte qui a entraÎné la chute de Blaise Compaoré, nombreux étaient les hommes et femmes qui ont joué pleinement leur partition. Nous avons rencontré du 26 au 27 octobre 2016, en prélude à la commémoration de l’an 2 des évènements d’octobre 2014, certains d’entre eux qui ont accepté de témoigner sur le rôle qu’ils ont joué durant le combat. L’occasion a été également fort belle pour ces acteurs politiques et civils, d’apprécier les acquis de l’insurrection et de la situation du pays dans une période post-insurrection.

Le Burkina Faso est aujourd’hui cité comme un exemple, voire une référence en matière de démocratie. Ce palmarès est reconnu au-delà des frontières africaines puisque le pays semble avoir retrouvé sa place dans le concert des Nations où le processus démocratique est en marche. Il constitue le fruit de plusieurs actions de lutte dont celle de l’insurrection populaire survenue les 30 et 31 octobre 2014. Deux années après, le souvenir de cet évènement historique reste intact dans l’esprit de plusieurs Burkinabè, surtout ceux qui ont été aux avants postes de la « bataille » contre le référendum et la modification de l’article 37.

C’est le cas de Marcel Tankoano, président du Mouvement du 21 avril 2013 dénommé M21. « Je me rappelle comme si c’était hier », soutient-il lorsque nous échangions avec lui à la mi-journée du 26 octobre dernier. Cette date (26 octobre) rappelle une autre qui est celle du 26 octobre 2014, qui avait marqué ce que d’aucuns qualifient de « début de la fin » du régime déchu. En effet, le 26 octobre 2016, des jeunes de Ouagadougou se sont levés, selon Marcel Tankoano, juchés sur près de 600 motos, pour se rendre dans les domiciles des députés influents de l’ancien régime pour chanter devant leur portail, l’hymne national.

A l’occasion, le message qui était porté à l’attention de ces députés était clair : « leur rappeler que s’ils sont à l’Assemblée nationale, ce n’est pas à cause du président Blaise Compaoré, mais du peuple qui refuse d’aller à une forfaiture telle que le référendum. A l’époque, nous avions démarré au domicile du président de l’Assemblée nationale, Soungalo Ouattara, qui était vers l’hôpital pédiatrique. Nous avons fait environ une vingtaine de domiciles des députés influents du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) à l’époque. C’était le 26 octobre 2014 », a rappelé le président du M21.

Et de soutenir : « Depuis le 21 octobre 2014 (ndlr : date de l’adoption du projet de loi pour le référendum en conseil des ministres), nous étions des morts vivants quand Blaise Compaoré s’est entêté à aller à son référendum via le projet de loi à l’Assemblée nationale. C’est à partir du 21 octobre déjà que Blaise Compaoré nous a déclaré la guerre et nous lui avons dit que ça ne marchera pas et que ça passera ou ça cassera. A moins qu’il passe sur nos corps, un référendum n’est pas possible. Au besoin, nous allons assister à ce vote à l’hémicycle », a confié le patron du M21.

Et de poursuivre que la date décisive pour les insurgés, n’était pas les 30 et 31 octobre mais celle du 29 du même mois. « Ce jour là, nous nous sommes retrouvés au siège du Chef de file de l’opposition politique (CFOP) en tant que jeunes qui ont choisi d’être au devant de la lutte. Moi-même Marcel Tankoano ainsi que Hervé Kam, Hervé Ouattara, Adama Kanazoé. Au niveau de la société civile, nous étions trois et Adama Kanazoé qui est le président de l’AJIR. Nous nous sommes retrouvés à partir de 22 h et nous nous sommes quittés vers 3 h du matin. Donc, nous ne sommes plus rentrés à partir du 29. La nuit, on n’a pas dormi et lui qui est assis (ndlr : son compagnon de lutte du M21) était sur les points sensibles que l’on devrait gérer.

Toutes les décisions et stratégies ont été peaufinées à partir de la date du 29 octobre. Il fallait faire en sorte que la jeunesse et tous ceux qui veulent rentrer à l’Assemblée nationale puissent le faire. Et le matin, à partir de 4h 30mn, nous étions déjà sur des cibles, à des endroits précis et il fallait faire en sorte que l’on ne mette pas la main sur nous. Parce que quand vous dirigez une lutte et qu’on arrive à mettre la main sur les leaders, c’est déjà un échec. Donc, nous avons fait en sorte qu’il soit quasiment impossible de savoir nous-mêmes où nous étions pour ne pas risquer de se faire prendre. Et entre nous, nous ne nous faisions même pas confiance parce qu’on n’a pas montré à tous les jeunes où l’on était », a expliqué Marcel Tankoano.

A Kosyam, les Hervé Ouattara et Augustin Bambara ont pu entrer et voir Blaise Compaoré.

A la question de savoir où il était caché le jour du 30, il a indiqué qu’il était « logé » derrière une banque située à proximité d’une gare, dans une maison abandonnée dernière laquelle il y avait une autre maisonnette. « Mais il y avait toutes les stratégies pour m’informer s’il y avait des hommes qui venaient vers moi pour que je puisse m’échapper. Dans les stratégies, on avait dit qu’à partir du 30 octobre, s’il y a mort d’homme, cela changerait les données. Et les stratégies que l’on avait déjà peaufinées le 29 au soir étaient que s’il y avait mort d’homme, on avait seulement 4 cibles à prendre coûte que coûte », a déclaré le patron du M21.

La première cible était, a-t-il dévoilé, l’Assemblée nationale, la deuxième le siège du CDP. La 3e cible, était la RTB télé et radio tandis que la dernière cible était le palais présidentiel de Kosyam. Pour conquérir toute cible, il fallait tenir bon et des instructions avaient été données, a confié Marcel Tankoano, aux insurgés dans ce sens. A l’en croire, les insurgés avaient été répartis sur les cibles ci-dessus citées. C’est ainsi que vers la zone de Kosyam, a-t-il expliqué, c’est Hervé Ouattara, président du Citoyen africain pour la renaissance connu sous le nom de CAR (ex-Collectif anti-référendum) qui dirigeait les opérations. Lui-même, Marcel Tankoano, était en ville pour diriger les combats et Hervé Kam à un autre endroit. « Chacun jouait un rôle et celui qui coordonnait l’ensemble des opérations était Adama Kanazoé.

Malheureusement, aujourd’hui, on n’en parle pas, mais c’est sur lui que l’on recentrait toutes les informations, toutes les stratégies et même tout ce qui se passait. A Kosyam, les Hervé Ouattara et Augustin Bambara ont pu entrer et voir Blaise Compaoré. C’est le général Gilbert Diendéré qui est venu avec Nadié et d’autres militaires chercher les Hervé Ouattara, Augustin Bambara et un autre qui, aujourd’hui, est décédé, pour les conduire devant Blaise Compaoré qui les attendait et qui a tout de suite demandé ce qui se passait.

Les Hervé Ouattara lui ont répondu qu’ils ont perdu beaucoup de gens sur le terrain et que son départ était non négociable. Et Blaise Compaoré lui-même avait promis de faire d’abord un discours. Il avait aussi signifié qu’il y avait l’Etat d’urgence qu’il avait déjà décrété et qu’il allait faire son discours dans les secondes qui suivaient ». Au moment où ces faits qu’il racontait se déroulaient, le président du M21 était tombé dans le coma et se trouvait à l’hôpital, a-t-il dit. Au niveau de l’Assemblée nationale, Marcel Tankoano indique qu’il avait été demandé aux jeunes de venir avec des mouchoirs mouillés et du beurre de karité. Parce qu’au cas où ça chaufferait, on savait que ce ne serait pas possible de supporter le gaz.

Et on disait à nos camarades qui étaient sur le terrain de tenir bon car en 2 ou 3 heures, ils (ndlr : les éléments des forces de sécurité déployées) vont lâcher prise. « Ce qui a été fait. A un moment donné, le gaz lacrymogène était fini. Il fallait que les forces de sécurité utilisent des véhicules. Et nous avons convié les insurgés à la place de la révolution où nous leur avons demandé d’aller à pied, sans branches ni cailloux ni autres matériels, directement sur Kosyam. Et que dans la lancée, d’aller vers l’Assemblée nationale. Si quelqu’un tombe, que ceux qui n’ont pas le courage de supporter, foncent seulement.

« Aujourd’hui, aucun gouvernant n’est assez fou pour se hasarder à faire la même chose qu’avant"

Puisque si tu regardes la personne qui est tombée et que tu la connais, c’est difficile à supporter. Mais on devait rentrer coûte que coûte à l’Assemblée nationale avant 9h30mn, car la plénière devait démarrer à 10h. Il fallait prendre l’AN avant 10H », a justifié le patron du M21. Deux ans après ces évènements qu’il raconte avec visiblement toujours beaucoup d’émotions, il a affirmé ne pas regretter, loin s’en faut, la conduite tenue par les insurgés. « Si c’était à refaire, je le ferais pour mon pays parce qu’il fallait qu’il y ait des gens aussi qui acceptent le sacrifice. A un moment donné de l’histoire d’un pays, c’est comme ça. Vous savez qu’en allant, on va vous tuer, mais c’est le prix à payer.

Nous n’avons pas fait cette lutte pour nous-mêmes. C’est pour nos enfants et nos petits-enfants. Là où on est arrivé, nous sommes fiers, quoiqu’il y ait des difficultés. Mais il fallait y arriver car tout début a une histoire ». Cette conviction de Marcel Tankoano est aussi partagée par ses camarades de lutte dont Me Guy Hervé Kam, Hervé Ouattara, Safiatou Lopez que nous avons tenté de joindre au téléphone sans succès. Elle pourrait également se rapprocher de celle du président du parti, Le Faso Autrement, Ablassé Ouédraogo qui est par ailleurs, le président de la CODER. Répondant à nos questions au téléphone dans la soirée du 26 octobre alors qu’il était à l’aéroport pour embarquer à destination du Congo, celui-ci a tenu avec insistance à rappeler qu’il a été en 2014, selon ses mots, le Coordonnateur national de toutes les manifestations organisées par le Chef de file de l’opposition politique (CFOP) contre le référendum et la révision de l’article 37. Dans son diagnostic de la situation post-insurrectionnelle, Ablassé Ouédraogo fait un constat amer : « Après deux années, l’insurrection a été confisquée et le pays va mal.

Les aspirations des populations ne trouvent pas de réponse et la crise multidimensionnelle que vit le pays en ce moment est sans égale. C’est pour cela que la seule alternative pour que les Burkinabè puissent sortir de ce mauvais pas, c’est d’œuvrer à un dialogue inclusif pour aboutir à une réconciliation nationale inclusive, qui fait de la justice sa priorité, c’est-à-dire que la justice se trouve au cœur de la réconciliation nationale », a laissé entendre au téléphone, Dr Ablassé Ouédraogo, alors que nous étions assis au bureau de Me Bénéwendé Stanislas Sankara pour la même cause.

Les deux personnalités qui ne semblent pas se retrouver dans le même camp politique aujourd’hui, ont été des compagnons de la lutte qui a abouti à l’insurrection populaire. Il en est de même pour Dr Emile Pargui Paré du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP). Mais ce dernier n’a pas souhaité se prononcer sur les deux ans de l’insurrection, au moment où nous le contactions. Le chat noir du Nayala qui s’est présenté au téléphone comme le héro national de l’insurrection populaire, n’a pas voulu s’exprimer avant les 30 et 31 octobre. Pour cause : il a beaucoup de choses à dire aux Burkinabè, sur l’insurrection populaire, a-t-il expliqué.

Il souhaite le faire au cours d’une interview spéciale qui occuperait toute une page entière de journal. Sacré Emile Paré ! En attendant qu’une suite soit accordée à sa requête d’interview exceptionnelle auprès de son « patron » de parenté à plaisanterie qu’est le DG des Editions « Le Pays », il s’insurge de nouveau contre le fait, dit-il, qu’il soit accusé d’avoir brûlé des équipements de la télévision. « Ce sont des affirmations gratuites », a rétorqué le chat noir du Nayala. De son côté, Me Bénéwendé Stanislas Sankara ne souhaite plus revivre l’insurrection populaire. « Plus jamais ça au Burkina Faso ». Tel est son cri de cœur, deux années après les évènements des 30 et 31 octobre 2014. Pour Me Sankara, ceux qui n’ont pas vécu l’insurrection populaire dans leur corps et dans leur âme, peuvent aujourd’hui spéculer et tout dire. « Mais nous autres qui étions au cœur et dans le feu de l’action, quand nous entendons, deux ans après, des gens dire qu’il y aura encore une autre insurrection et que s’il y a une autre insurrection, personne ne va quitter ce pays, je prie Dieu pour que le Burkina Faso soit épargné d’une autre insurrection populaire. Je le dis sur la foi de ma prière parce que je suis croyant.

Ce que j’ai vécu, je ne souhaite plus jamais ça pour mon pays », a déclaré le président de l’UNIR/PS qui s’était, du reste, présenté aux dernières élections présidentielle et législatives comme le candidat des insurgés. Pour lui, l’insurrection populaire fait partie de l’histoire du pays et à ce titre, les Burkinabè doivent travailler ensemble, main dans la main, pour le développement de leur pays afin de le bâtir sur une valeur qui repose sur le burkindlim (l’intégrité). Bénéwendé Sankara s’est félicité de la détermination du peuple qui a lutté contre la révision de l’article 37 et la mise en place du Sénat. « Quand je revois cette Assemblée nationale qui était en flammes, ces jeunes qui affrontaient les balles, qui criaient leur ras-le-bol et acceptaient de verser leur sang pour ce pays, c’est….

Voilà pourquoi je pense que deux ans après, on devrait tirer tous les enseignements. Parce que désormais, l’insurrection populaire appartient à l’humanité et particulièrement aux pays africains qui citent le Burkina Faso comme un exemple. Nous avons un peuple qui, s’il se met debout, s’assume mais les dégâts collatéraux sont énormes. Plus jamais ça », a souhaité Bénéwendé Stanislas Sankara.

Pour lui, les acquis de l’insurrection restent énormes car le pays a amorcé une autre ère de démocratie. « Aujourd’hui, aucun gouvernant n’est assez fou pour se hasarder à faire la même chose qu’avant. C’est comme si l’on a gagné 100 ans d’avancée démocratique. Nous sommes aujourd’hui obligés dans la gouvernance, de rendre compte », s’est-il réjoui à quelques jours de la commémoration du 2e anniversaire des évènements d’octobre 2014.

Saïdou ZOROME (Collaborateur)

30 Octobre 2016

Source : Le pays.bf


Roch Marc Christian Kaboré : "La victoire et l’héroïsme de notre peuple, doivent être des raisons d’espérer"

Burkinabè de l’intérieur et de l’extérieur

Vaillant Peuple insurgé d’octobre 2014

La commémoration des journées historiques des 30 et 31 octobre 2014 m’offre l’occasion de saluer la mémoire de nos martyrs tombés sur le champ d’honneur, il y’a deux ans déjà. Elle permet aussi de rappeler les responsabilités individuelles et collectives qui sont les nôtres, pour tirer les enseignements de ce douloureux épisode de notre histoire contre lequel notre vaillant peuple s’est dressé avec bravoure et succès.

C’est pourquoi, j’invite tous les Burkinabè de l’intérieur comme de l’extérieur, ainsi que tous les amis du Burkina Faso à avoir une pensée pieuse pour les victimes et les blessés de ces journées glorieuses qui ont permis au Peuple de reconquérir sa dignité et de donner ses chances au rétablissement et à l’approfondissement de la démocratie, de l’Etat le droit et de la justice au profit de tous. Mes encouragements et ma compassion vont aux familles des victimes et des blessés.

Cette épreuve qui nous a été imposée par les tenants du pouvoir de l’époque, est un patrimoine commun à tous les Burkinabè qui doivent se l’approprier pour construire un Burkina Faso plus démocratique et mieux gouverné.

Je voudrais, en ces journées mémorables, rendre hommage à l’ensemble des forces de progrès, qui ont contribué à l’avènement d’une ère nouvelle et au renouveau démocratique dans notre pays.

Je tiens à faire une mention spéciale à notre vaillante jeunesse et aux femmes qui n’ont ménagé aucun effort ni sacrifice pour aller au charbon, afin de rendre le changement possible.

La victoire et l’héroïsme de notre peuple, doivent être des raisons d’espérer un lendemain meilleur, pour relever le défi de la paix, de la bonne gouvernance, de la justice et de la prospérité.

Vaillant Peuple du Burkina Faso

Comme vous le savez, cette commémoration se tient aux lendemains des attaques terroristes perpétrées sur notre territoire et contre nos forces de défense et de sécurité qui se sont soldées par la mort de plusieurs de nos compatriotes, militaires et civils, et occasionné de nombreux blessés. Je m’incline respectueusement devant la mémoire de ces valeureux disparus et souhaite un prompt rétablissement aux blessés.

Le Gouvernement s’est d’ores et déjà engagé à prendre les dispositions pour renforcer les capacités opérationnelles de nos Forces de Défense et de Sécurité déployées sur les frontières comme à l’intérieur de celles-ci.

C’est le lieu de réaffirmer avec force qu’autant nous devons opposer une lutte implacable contre le terrorisme sous toutes ses formes, autant nous devons être intraitables à l’égard de tous les auteurs de tentatives de déstabilisation de la démocratie et de l’Etat de droit au Burkina Faso. Je voudrais inviter tous les Burkinabè, à se ressaisir, à quitter le terrain de la critique facile et des procès d’intention pour qu’ensemble nous prenions en main notre destinée, dans le respect des lois de la République et de l’intérêt national.

Permettez-moi, de saisir cette occasion pour saluer l’Armée nationale et l’ensemble des Forces de Défense et de Sécurité qui se battent au quotidien avec honneur, dignité et discipline pour défendre les institutions de la République, l’intégrité du territoire ainsi que la paix et la quiétude de nos populations dans les villes et campagnes.

Je voudrais les encourager à relever avec professionnalisme et dévouement, le défi de la sécurité pour tous.

Tout en saluant l’attitude de nos populations qui sont restées dignes devant ces épreuves, je voudrais interpeller tous les Burkinabè à prêter main forte aux Forces de Défense et de Sécurité, par une franche collaboration afin de nous permettre de garantir la stabilité de notre pays et de sa démocratie.

Peuple du Burkina Faso

Burkinabè des villes et des campagnes

Je suis conscient de l’importance des attentes et des difficultés que rencontrent les Burkinabè dans leur ensemble pour faire face à leurs besoins quotidiens.

Aujourd’hui tous les secteurs sont prioritaires dans notre pays.

Le sens des réalités et des responsabilités commande de les hiérarchiser, étant entendu que toutes ces attentes ne peuvent être satisfaites en même temps.

Dois-je rappeler que les préoccupations qui sont celles des Burkinabè sont connues et n’ont pas fondamentalement changé depuis une trentaine d’années. Il n’est donc pas possible de prétendre, à moins d’un an, leur trouver des solutions acceptables et durables, sans se donner le temps et les moyens d’y travailler.

Il nous faut apporter des solutions durables aux problèmes structurels que nous vivons et mettre en œuvre des réformes en profondeur aussi bien sur les plans politique, économique, social et culturel.

La mise en œuvre des mesures d’urgence dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’eau potable, de l’emploi, l’adoption du Plan National de Développement Economique et Social, l’installation officielle de la Commission constitutionnelle, l’élaboration de la loi de finances pour le budget de l’Etat 2017 s’inscrivent toutes dans cette dynamique.

Tous les efforts et les synergies sont en cours pour faire de la Conférence des partenaires du Burkina Faso à Paris, les 7 et 8 décembre prochain, un succès pour la consolidation des acquis démocratiques et la promotion du développement.

C’est pourquoi je voudrais lancer un appel solennel à la retenue sur le front social pour donner toutes ses chances à la concertation, au dialogue et à l’engagement collectif pour remettre le pays au travail et créer les emplois et les richesses dont nous avons besoin pour garantir la prospérité à tous les habitants du Burkina Faso. Et cela est possible.

Autant les revendications pour une amélioration des conditions de vie, de travail et d’étude sont légitimes, autant nous ne devons pas perdre de vue qu’on ne peut partager ce qu’on n’ani produit, ni créé. Il est évident que tous les mouvements sociaux et débrayages actuels auront nécessairement des conséquences sur l’économie nationale.

Les actions illégales, les violences gratuites et les incitations à des initiatives contraires aux lois de la République et aux libertés publiques ne sont pas tolérables.

Peuple du Burkina Faso

Burkinabè de l’Intérieur et de l’Extérieur

L’expérience démocratique burkinabè fait la fierté de notre Peuple et des autres Peuples d’ Afrique et du monde. Elle mérite certes d’être connue et partagée, mais elle doit surtout être assimilée par tous les acteurs au Burkina Faso, maintenant et pour toujours.

Je dois rappeler que les mesures pour apporter l’assistance et la prise en charge des pupilles de la Nation et les blessés de l’insurrection des 30 et 31 octobre 2014 et du putsch manqué du 16 septembre 2015 constituent à cet égard un acte majeur pour inscrire dans les consciences individuelles et collectives la proscription et la condamnation unanimes des travers que le peuple a dénoncés dans le cadre de la gestion des affaires de l’Etat.

C’est pourquoi, au nom de la continuité de l’Etat, les décrets adoptés sous la Transition portant soutien social aux veuves, aux ayants droits, aux blessés et aux orphelins ont été mis en œuvre dans leur intégralité.

L’Etat veillera à l’éducation des enfants laissés par les martyrs de l’insurrection populaire et du Coup d’Etat manqué.

Indépendamment de ces mesures prises, il faut se convaincre que la finalité réside dans la justice qu’il faut rendre aux victimes afin de réconcilier les Burkinabè entre eux et avec leur histoire. C’est pourquoi j’invite la Justice à dire le droit et à rétablir chacun dans ses droits.

Dans le respect de l’indépendance de la justice, il faut souligner que plus vite toutes les affaires sensibles pendantes devant elle seront vidées, plus la paix sociale et la réconciliation seront porteuses de stabilité et de prospérité pour tous.

J’ai déjà indiqué que le retour à l’intégrité va de pair avec la tolérance zéro contre l’impunité au Burkina Faso, aussi bien pour les actions passées comme pour celles en cours ou à venir.

C’est sous le tryptique « Vérité-Justice-Réconciliation » que nous panserons nos plaies et blessures pour réussir le pardon et la réconciliation nationale véritable à laquelle je suis très attachée.

Sur un autre registre, il me plait de saluer l’initiative des enquêtes parlementaires sur la gestion du foncier et du secteur minier. Les conclusions de ces travaux serviront de base pour améliorer la gouvernance sur ces questions sensibles et importantes pour la vie des populations.

Peuple du Burkina Faso

Chers concitoyens, chères concitoyennes

Ces activités commémoratives interviennent également à un moment où la rentrée scolaire et universitaire bat son plein. Je voudrais saluer la communauté éducative nationale, notamment, les partenaires sociaux, les partenaires techniques et financiers et toutes les personnes et structures mobilisées pour garantir la qualité de l’éducation dans notre pays.

Je souhaite aux élèves et aux étudiants une excellente rentrée scolaire et académique paisible et studieuse et couronnée de succès.

Je resterai toujours attentif à toutes les initiatives pouvant contribuer à accompagner leurs efforts et je les invite à s’impliquer dans la recherche de solutions aux problèmes qu’ils vivent dans la concertation.

L’idéal défendu par les martyrs de l’insurrection populaire est l’instauration d’un véritable Etat de droit où la bonne gouvernance et les règles de la démocratie seront respectées par tous, gouvernants comme gouvernés.

Une des leçons de ces journées historiques que nous devons graver dans nos mémoires, nos comportements et nos actes au quotidien, c’est que nos martyrs sont allés jusqu’au sacrifice suprême pour défendre l’honneur et la dignité de notre Peuple. Désormais, aucun sacrifice n’est de trop pour préserver les intérêts supérieurs de la Nation.

Il nous faut retenir que ce sera à la sueur de nos fronts que nous allons construire ensemble le Burkina Faso de nos rêves.

C’est pourquoi, je voudrais inviter chaque Burkinabè à l’introspection et l’ensemble des composantes de notre société à porter cet idéal dans leur action, fier de nos traditions de luttes démocratiques et grâce à nos valeurs de dialogue, d’engagement au travail et de dignité, afin de construire une démocratie viable et apaisée.

J’invite donc chaque Burkinabè à œuvrer pour la paix, la stabilité et la prospérité de notre chère et commune Patrie.

Que nos martyrs reposent en paix

Et Que Dieu bénisse le Burkina Faso !

Je vous remercie.

L’Observateur Palaaga du 30 Octobre 2016

 

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