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ATT sera-t-il réhabilité ?

Accusé de « haute trahison » pour avoir, entre autres, « favorisé la pénétration de forces étrangères sur le territoire national », et indexé dans la « destruction de l’outil de défense », et la démoralisation de l’armée à travers des « nominations népotiques ou de complaisance au sein de la Grande muette », l’ancien président malien, Amadou Toumani Touré (ATT), va-t-il finalement échapper à la justice ? En tout cas, réunie en séance plénière le 13 décembre dernier, l’Assemblée nationale malienne s’est penchée sur le rapport de la Commission ad hoc d’examen de la demande de mise en accusation de l’ex-chef de l’Etat, et il ressort qu’« en l’état actuel des travaux, la commission n’est pas parvenue à une réelle appréciation objective des faits infractionnels dénoncés ». Tant et si bien que faute de preuves matérielles pour étayer ces accusations, Amadou Toumani Touré pourrait voir ses ennuis judiciaires s’amenuiser et s’en tirer à bon compte.

Les signaux sont favorables au retour de l’ancien chef de l’Etat dans son pays

D’autant plus que plusieurs sources soutiennent que « les crimes de haute trahison » dont il est accusé, sont des infractions non définies dans la législation malienne. Un vide juridique qui pourrait donc conduire à l’abandon des charges contre l’ancien président. Amadou Toumani Touré sera-t-il alors réhabilité dans son pays ? En tout cas, à la lumière des derniers développements, il n’est pas impossible que le tombeur de Moussa Traoré retrouve le sourire et le chemin du retour au bercail qu’il avait précipitamment quitté en mars 2012, suite au coup d’Etat du capitaine Amadou Haya Sanogo.

Et si tout ce qui se dit sur le plan judiciaire devait se vérifier, il n’y a pas de raison que l’exilé de Dakar ne puisse pas rentrer la tête haute dans son pays. D’autant plus que même s’il venait à être jugé, il n’est pas exclu qu’il soit blanchi ou, au pire des cas, bénéficie de circonstances atténuantes ou d’une grâce, au nom de la réconciliation nationale. Du reste, en octobre dernier, l’opposition politique avait organisé une marche pour réclamer l’abandon de toutes les charges contre ATT et son retour au pays.

Les signaux sont donc favorables au retour de l’ancien chef de l’Etat dans son pays. Ce serait un juste retour des choses pour cet homme qui, quoi qu’on dise, a rendu de grands services à la nation malienne. D’abord, en l’affranchissant de la dictature de Moussa Traoré, ensuite à travaillant à l’enracinement de la démocratie en étant l’un des rares militaires sur le continent, à remettre le pouvoir aux civils avant de signer son retour à la tête de l’Etat par la voie royale, avec une candidature fortement réclamée par le peuple qui lui a traduit sa confiance dans les urnes.

En tout cas, ATT aura été, à un moment donné, cité en exemple sur le continent africain. Son erreur aura été sans doute de n’avoir pas fait suffisamment sien cette sagesse africaine selon laquelle « c’est quand tout le village chante les louanges de l’étranger, que ce dernier doit demander à partir pour ne pas être chassé comme un malpropre plus tard ». Et avec le recul, l’on ne peut s’empêcher de penser que le dernier mandat d’ATT, quoique légal et légitime à tous points de vue, était le mandat de trop.

ATT gagnerait à être jugé, pour dire sa part de vérité afin de solder ses comptes avec l’Histoire

En tout état de cause, le retour d’ATT au Mali serait une bonne chose, car cela pourrait participer de la réconciliation nationale. Surtout entre fils du Sud, pour mieux faire face à l’adversité du Nord. Car, en tant que général d’armée bon grade, qui plus est ancien chef de l’Etat, ATT pourrait apporter une grande contribution à la résolution de la question du Nord-Mali.

Peut-être était-ce justement en cela que, connaissant l’incapacité de son armée à faire face au reflux des supplétifs du guide de la Jamahiriya mis en déroute en Libye, il avait à l’époque privilégié le dialogue avec les insurgés du Nord. Aujourd’hui, l’Histoire semble lui donner raison, avec les nombreux revers subis par les FAMA face à ces groupes armés.

Cela dit, pour l’icône qu’il a été et l’espoir qu’il a incarné à un moment sur le continent, ATT lui-même ne devrait pas craindre un quelconque procès. Au contraire, il gagnerait même à être jugé, pour dire sa part de vérité afin de solder ses comptes avec l’Histoire. Car, à y regarder de près, sur la question des djihadistes, l’on ne voit pas trop ce qu’on pourrait lui reprocher que l’on ne pourrait pas reprocher à ses successeurs. Encore faudrait-il qu’il puisse bénéficier d’un procès juste et équitable. Mais cela est une autre paire de manches.

15 décembre 2016

Source : « Le Pays »

 

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