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Rapt à Gao et déroute annoncée de Boko Haram à Sambissa : Le monstre est loin d’être vaincu

Noël 2016 au Mali, aura été marqué par le rapt d’une travailleuse humanitaire à Gao, dans le septentrion du pays, le 24 décembre dernier. Spécialisée dans l’assistance aux enfants malnutris, la sexagénaire humanitaire franco-suisse a installé son association caritative dans la capitale de la septième région administrative du pays où elle ne passait pas inaperçue, depuis une quinzaine d’années, en raison de ses bonnes œuvres. En 2012, la ville était tombée aux mains des djihadistes et Sophie Pétronin, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, avait déjà échappé de justesse à un enlèvement grâce à une opération d’exfiltration des expatriés. Quatre ans plus tard, elle est tombée aux mains de ravisseurs inconnus au moment où l’on s’y attendait le moins, mais dont tout porte à croire qu’il s’agit de « barbus » connus pour leurs méthodes peu catholiques. Même si au moment où nous tracions ces lignes, l’attaque n’avait pas été revendiquée, difficile de ne pas la mettre sur le compte de l’un de ces nombreux groupes terroristes qui écument la région et qui tentent de la mettre sous coupe réglée. Preuve si besoin en était encore, que le monstre est loin d’être vaincu.

Il faudra désormais faire preuve d’une vigilance accrue

C’est pourquoi il y a lieu de garder l’arme au pied, parce qu’avec ces illuminés, l’on n’est jamais assez prudent ni assez bien préparé. Ce d’autant plus que l’on croyait que la pratique des enlèvements et autres prises d’otages avait fait place, dans ce pays, aux affrontements et autres accrochages entre groupes armés d’une part, et entre groupes armés et forces armées maliennes et internationales d’autre part. En tout cas, le moins que l’on puisse dire, c’est que les terroristes n’ont visiblement pas renoncé à leurs vieilles méthodes. Surtout qu’en sus de la psychose qu’ils sèment au sein des populations, cela leur a bien souvent permis d’obtenir des rançons ou des libérations de prisonniers. Et en ces temps de vaches maigres où la route de la drogue et autre trafics en tous genres qui finançaient la plupart de leurs activités dans le septentrion malien, est en passe d’être coupée, il ne serait pas étonnant qu’ils reviennent à ces bonnes vieilles pratiques pour se refaire une santé financière et essayer de garder la tête hors de l’eau. Si c’est le cas, c’est que l’on n’est pas encore sorti de l’auberge. Il faudra alors désormais faire preuve d’une vigilance accrue et de tous les instants, eu égard à la philosophie de tous ces travailleurs humanitaires dont beaucoup évoluent dans cette zone, qui ont une haute idée de leur mission, si bien qu’ils ont fait le choix d’une vie de sacrifice et qu’ils ne comptent certainement pas renoncer à leur sacerdoce. Et ce, même au péril de leur vie. Dans une certaine mesure, l’on ne peut pas leur donner tort car, abandonner la partie, ce serait encourager les terroristes si ce n’est tout simplement leur offrir une victoire sur un plateau d’or. Et ce sont les populations qui bénéficient de leur intervention, et Dieu seul sait si elles sont nombreuses, qui en seraient les plus grandes perdantes. En tout état de cause, s’il faut voir dans ce rapt, un pied de nez à toutes les forces en présence engagées dans la sécurisation du Mali, force est de souligner que le meilleur bouclier contre le terrorisme, ce sont les populations. Surtout avec les renseignements qu’elles peuvent fournir. C’est pourquoi, avant de jeter l’anathème sur les forces de défense et de sécurité qui sont souvent dans la réaction, il y a lieu de pointer du doigt la passivité voire la complicité de certaines populations qui font le jeu des terroristes. En tout cas, au Nigeria, les autorités semblent avoir trouvé le remède contre la secte islamiste Boko Haram qui, à en croire le président Muhammadu Buhari, a été chassée de la forêt de Sambissa qui était son fief incontesté et d’où elle lançait la plupart de ses expéditions meurtrières. C’est l’annonce qu’il a faite en guise de cadeau de Noël à ses compatriotes, le 24 décembre dernier, au moment où l’humanitaire française était enlevée à Gao, au Mali. L’on a envie de croire le président nigérian, mais l’on est bien obligé de prendre ces informations avec des pincettes.

Les autorités nigérianes doivent se garder de tout triomphalisme

D’autant plus qu’aucune source indépendante n’a pu vérifier l’information d’une part, et d’autre part, ce n’est pas la première fois que les autorités nigérianes tiennent de telles déclarations triomphalistes sur la secte islamiste qui y a toujours apporté des démentis par le sang. On attend donc de voir, même si cette fois-ci, il y a lieu de croire qu’il y a du vrai dans les propos du premier des Nigérians. Car, depuis plusieurs mois, la secte est fortement fragilisée par des dissensions internes, mais aussi par les assauts de l’armée nigériane et des troupes de la coalition engagées dans des combats à mort contre elle, sur plusieurs fronts. Et si les chrétiens du Nord du pays ont pu fêter Noël cette année, l’on peut croire que la secte a véritablement de sérieux problèmes et qu’elle est suffisamment affaiblie pour ne plus pouvoir nuire comme dans un passé récent. Pour autant, est-elle totalement anéantie ? Rien n’est moins sûr. D’autant plus qu’en marge de ces opérations, les autorités nigérianes annoncent la libération de près de 2000 civils des mains de Boko Haram sans que l’on ne sache toujours où sont les 200 lycéennes de Chibok. Cela dit, si Boko Haram est en déroute, où sont passés ses nombreux combattants ? Se sont-ils fondus dans la nature ou dans les populations, ou bien se sont-ils réfugiés ailleurs ? Dans tous les cas, le problème reste posé : le monstre est loin d’être totalement vaincu. A preuve, pas plus tard que le jour de Noël, une attaque avait fait trois morts dans le Nord du Cameroun. Et hier encore, un kamikaze s’est fait exploser à Maïduguri, faisant quelques blessés. S’agit-il là d’actes de désespoir de la part des disciples de Boko Haram ? Cela y ressemble fort. C’est pourquoi les autorités nigérianes doivent se garder de tout triomphalisme. Car, même blessé, le chacal est capable du pire, surtout qu’il n’a plus rien à perdre.

Le Pays
Du 27 Décembre 2016

 

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