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Idriss Déby Itno : « Au lieu de nous donner des leçons, l’Occident devrait écouter notre avis »

Chaos en Libye, enjeux sécuritaires autour du lac Tchad, crise pétrolière ou encore franc CFA. Le président tchadien livre un état des lieux sans concession de son pays et des relations entre Europe et Afrique.

Vingt-six ans d’apprentissage, jusqu’au brevet de pilote militaire, vingt-six ans à la tête du Tchad et, entre ces deux quarts de siècle, onze années à faire la guerre contre Kadhafi d’abord, contre Habré ensuite  : la vie d’Idriss Déby Itno se découpe en tranches distinctes reliées par un fil conducteur unique – le pouvoir, qu’il soit au bout du fusil ou au fond des urnes. L’homme de 64 ans qui nous rejoint en cet après-midi du 18 janvier pour une rare interview s’appuie sur une canne, accessoire récent mais épisodique puisqu’il repartira sans, y compris pour redescendre les marches du Palais.

Physiquement en forme donc, psychologiquement serein, assure-t-il, mais politiquement soucieux. Entre la chute des cours du pétrole qui met l’économie tchadienne à genoux, le front social qui craque sous les coups de boutoir des syndicats et les défis sécuritaires que font peser Boko Haram et le chaos libyen, on le serait à moins. À N’Djamena, où nombre de chantiers sont en panne sèche, où les grands hôtels sonnent creux, où les check-points se sont multipliés depuis les attentats terroristes de 2015, la vie quotidienne est dure, et le climat tendu.

As de la diplomatie militaire et maillon fort du dispositif antijihadiste mis en place au Sahel par la France et les États-Unis, avec qui il partage une communauté d’ennemis, « IDI » doit faire face à la plus grave crise financière qu’ait connue le Tchad depuis quinze ans. Il s’en explique ici, sans langue de baobab  ; quitte à ce que ses propos ne fassent pas que des heureux – ce dont il ne semble pas se soucier outre mesure.

Jeune Afrique  : Votre mandat de président de l’Union africaine (UA) s’achève avec le sommet d’Addis-Abeba. Mission accomplie  ?

Idriss DÉby Itno  : Ce n’est pas à moi de le dire, mais aux Africains. Ils jugeront si cette mission difficile, importante, complexe a été menée avec succès ou non. En ce qui me concerne, j’ai le sentiment d’avoir fait ce que j’ai pu et ce que j’ai dû.

« Un peu de sens de la solidarité et du partage à l’africaine ferait beaucoup de bien à l’Europe. »

Parmi les dossiers non encore résolus que vous transmettez à votre successeur, celui de la Libye est sans doute le plus problématique. Considérez-vous que ce pays représente toujours une menace de sécurité majeure pour la région  ?

La Libye de Mouammar Kadhafi a joué un rôle exemplaire dans la construction de l’unité africaine, et sa disparition a généré un grand désordre interne dont les Africains, comme chacun le sait, ne sont pas responsables. Résultat, un pays sans État où les gens s’entre-tuent et un incubateur du terrorisme et des trafics en tout genre. Depuis 2011, tous les pays voisins de la Libye pâtissent de cette situation, et les choses n’ont pas l’air de s’arranger. Les Occidentaux, qui ont jugé utile de ne pas associer les Africains à leur projet d’assassinat de Kadhafi, continuent de nous tenir à l’écart. Nous avons donc décidé, lors du dernier sommet de l’UA à Kigali, de mettre en place un comité ad hoc dirigé par le président Sassou Nguesso.

Le Tchad a décrété, début janvier, la fermeture de sa frontière avec la Libye. Pour quelle raison  ?

Jusqu’à la fin de 2016, la zone d’activité des terroristes de Daesh était pour l’essentiel concentrée assez loin des 1 100 km de frontière commune, à Syrte et dans la région de Benghazi. L’intervention des forces spéciales occidentales contre Daesh à Syrte n’a pas réglé cette menace, elle l’a déplacée depuis la côte méditerranéenne jusqu’à la région de Koufra au sud, à 200 km du Tchad, où les terroristes se regroupent. D’où notre décision de fermer et de renforcer notre frontière en multipliant par deux nos effectifs sur zone, ce qui, soit dit en passant, implique un coût financier important qui s’ajoute à celui que le Trésor public supporte déjà depuis cinq ans, le tout dans un contexte économique pour le moins morose.

À la nuisance Daesh s’ajoute celle que fait peser un énième mouvement tchadien de rébellion installé dans le sud de la Libye sous la houlette d’un certain Mahamat Mahdi Ali et dont l’objectif est de vous renverser. Le prenez-vous au sérieux  ?

Le chaos libyen profite à toute une série d’aventuriers qui, à l’instar de Daesh, recrutent au sein des populations de migrants, notamment tchadiens. Mahdi Ali fait partie de ces mercenaires qui se vendent au plus offrant parmi les milices libyennes, lesquelles sont aussi nombreuses que les tribus. Lui et son groupe ne représentent aucune menace sérieuse.

Le maréchal Khalifa Haftar, que vous connaissez, apparaît de plus en plus aux yeux des observateurs comme incontournable dans tout règlement de la crise libyenne. Est-ce aussi votre avis  ?

Fait-il partie du problème ou de la solution  ? Aux Libyens de le dire. Haftar est un chef militaire qualifié, qui connaît bien son pays. Je l’ai reçu deux fois à N’Djamena et je ne pense pas qu’il ait des ambitions politiques personnelles.

Vraiment  ? Il se dit pourtant que vous le soutenez


Comme tout bon soldat qui a pour souci principal de préserver l’unité et l’intégrité de son pays, Khalifa Haftar fait de son mieux pour apporter sa contribution à la sortie de crise. Si vous voulez le fond de ma pensée, j’estime que cet homme peut être une solution pour la Libye, et je crois que tout le monde, y compris l’ONU, a fini par comprendre qu’il fallait l’impliquer. Pour le reste, le Tchad ne fournit d’armes ou de munitions à personne. J’ai reçu les acteurs de tous les camps, je connais je crois assez bien ce pays, mon rôle est d’aider à un rapprochement et je n’ai aucun autre agenda que celui du retour de la stabilité.

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Publié le 06 février 2017 à 12h15
Par François Soudan - à N’Djamena
Source Jeune Afrique

 

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