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"Le président de la république n’a pas conquis le pouvoir par les armes, mais par le vote des citoyens

Malick Konaté Porte Parole du mouvement « Trop c’est trop »

Expliquez les raisons de votre mobilisation ?

"Nous sommes contre la révision constitutionnelle, et pour cela, il y a plusieurs raisons. La première concerne la situation sécuritaire du pays. Aujourd’hui, on ne peut pas organiser le référendum sur l’ensemble du territoire national. Il y a des parties du pays où il n’y a même pas d’état. La deuxième est que nous sommes contre la création d’un Sénat qui serait budgétivore. On nous dit que nous n’avons pas d’argent à donner à la santé, que nous n’avons pas d’argent à donner aux professeurs et aujourd’hui, on veut créer une nouvelle chambre pour laquelle on va devoir trouver un autre budget… Au lieu de créer un Sénat, nous pourrions renforcer les collectivités si le but est de renforcer la représentativité des communautés. Nous sommes également contre la création d’une Cour des comptes car nous avons déja un vérificateur général. Tous les ans, il remet un rapport au président de la république, appliquons ses prérogatives ou renforçons son bureau au lieu de créer une cour des comptes. Ensuite, nous voulons que les maliens déplacés, que les réfugiés puissent donner leur opinion par rapport à cette révision constitutionnelle. Nous sommes à Bamako, nous pouvons aller aux urnes et voter non, ou oui d’ailleurs, mais ceux qui sont au nord ou déplacés en Mauritanie ou au Burkina Faso, ne pourront pas voter".

C’est la deuxième grande manifestation en un mois, qu’est ce qui explique ce phénomène ?

"Pour moi, c’est l’arrogance du président. Un président élu à 77% des maliens doit pouvoir les écouter. c’est grâce à nous, qu’il est au pouvoir, dans ce sens, il doit nous écouter car nous détenons le pouvoir en tant qu’électeurs."

Tiebilé Dramé : Président du PARENA

Vous parlez sur les réseaux sociaux d’une journée historique, qu’est ce qui vous fait dire ça ?

Vous voyez les milliers de personnes dans les rues de Bamako, à Kayes, il semblerait que c’est tout aussi impressionnant tout comme un peu partout dans le pays, à Kita, à Mopti. A l’extérieur du pays, à Dakar, à Paris, à New York, à Washington, les maliens se mobilisent et c’est un tournant historique car pendant 4 ans, les maliens ont donné l’impression de somnoler, de laisser faire, et puis soudainement, ils se sont levés et ils exigent aujourd’hui que le pouvoir en place ai un peu plus de respect pour les maliens. Il y a des journées qui ont la densité historique de vingt années. Nous assistons à l’accéleration de l’histoire du Mali aujourd’hui où le peuple prend ces affaires en main, le peuple veut que le pouvoir l’écoute.

"Le président de la république n’a pas conquis le pouvoir par les armes, mais par le vote des citoyens", et les citoyens depuis des semaines, lui disent, “nous ne voulons pas de la constitution que vous nous avez amené de l’extérieur”. C’est une constitution importée, écrite par des juristes étrangers. Nous avons une constitution qui a été écrite par le sang des martyrs en 1994, et le président nous amène une constitution écrite avec l’encre de l’argent, écrite par des experts étrangers et nous disons que c’est inacceptable."

Quelles sont vos revendications ?

« Nous demandons, le retrait pur et simple du projet présidentiel. Il est indispensable de ce point de vue, qu’une fois que le président aura retiré ce projet, que les discussions s’engagent, que nous nous retrouvons pour parler du présent et de l’avenir de notre pays et des indispensables réformes institutionnelles qu’il faut mener dans le consensus, dans la discussion. Pas de façon cavalière, pas de façon excessive, mais plutôt de manière inclusive. »

Si le projet est retiré, serez-vous prêt à discuter avec la majorité présidentielle ?

“Bien entendu, avec la majorité, avec le président. L’opposition malienne est une opposition de paix, de dialogue. C’est une opposition qui est consciente de la fragilité extrême de notre pays. C’est la raison pour laquelle, depuis quatre ans, nous avons regardé faire, nous avons critiqué, nous avons rarement eu recours à la rue. Nous sommes une opposition républicaine et responsable, et nous serons bien entendu disposé à parler avec le président, à parler avec la majorité d’aujourd’hui pour discuter du Mali, pour discuter des réformes institutionnelles qu’il y a lieu d’entreprendre dans le dialogue, dans le consensus, dans la discussion, pas de façon cavalière, pas de la manière non inclusive par laquelle ils ont procédé jusqu’ici et sans recours à des juristes payés à l’exterieur, car c’est une insulte à la dignité malienne.”

Soumaila Cissé : Député URD chef de file de l’opposition

Le projet constitutionnel va retourner à l’assemblée, vous y siégez, qu’allez vous faire lors des travaux ?


Je crois que ce qu’il faut remarquer, c’est que la mobilisations continu. Chaque jour un peu plus forte. Cela veut dire qu’il faut aller au de la d’un projet juridique, il faut aller sur l’aspect politique. Aujourd’hui, nous sommes dans l’arène politique, et nous devons faire comprendre aux tenants du pouvoir qu’ un débat est nécessaire entre tous les enfants de ce pays et qu’aujourd’hui, il faut retoquer le projet. Tel qu’il est aujourd’hui, même corrigé à l’assemblée, il n’est pas bon, car son essence n’est pas bonne, l’origine n’est pas bonne, et le contenu n’est pas bon. Aujourd’hui, il faut que les maliens s’asseyent et fassent une constitution pour eux même. On ne peut pas faire faire une constitution par d’autres.”

Aujourd’hui, nous attendons du gouvernement, nous attendons du président qu’il écoute le peuple, qu’il écoute la colère des maliens, et surtout la colère des jeunes maliens qui sont sortis très nombreux. Ils ne veulent pas de cette constitution, ils veulent un avenir meilleure. Cette constitution ne fait que reculer le Mali dans sa démocratie, et fait reculer le Mali, malgré tous les combats réussis. "

Donc au delà de la mobilisation contre le projet de réforme constitutionnelle, c’est aussi un combat politique que vous menez ?

"Tout combat est d’abord politique, c’est normal, ce n’est pas un combat de juristes. Sinon tout ce qui est là dedans, juridiquement, il peut être correct, mais c’est le contenu, son interprétation et l’avenir qu’il nous propose qui nous pose des questions. On ne peut pas faire de constitution sans dialogue, on ne peut pas faire de constitution sans consulter personne, on ne peut pas faire de constitution à la hussarde et en catimini et surtout car c’est une insulte pour les cadres et intellectuels maliens de concevoir et écrire une constitution à l’extérieur."

" C’est inadmissible, et c’est ce qui nous interpelle. Je dis au président, qu’il arrête de fermer les yeux, qu’il arrête l’arrogance, et qu’il nous écoute. C’est ça les valeurs de ce pays, c’est un pays où les gens s’écoutent, un pays où les gens se parlent, et il faut qu’on se parle pour trouver une solution."

Monsieur Dramé parle d’une journée historique, est ce que vous partagez ce point de vue ?

"Depuis que le Mali existe, nous avons eu beaucoup de sorties. Il y a eu le 19 novembre 1968, il y a eu le 26 mars 1991. Toutes ces sorties étaient des sorties pour soutenir un coup d’état, pour soutenir un changement. Aujourd’hui, les gens sortent beaucoup plus nombreux encore pour dire non à un pouvoir déjà en place. C’est beaucoup plus difficile, c’est beaucoup plus courageux, et c’est beaucoup plus méritoire C’est pour ça qu’aujourd’hui est historique. C’est la première fois que le peuple se mobilise pour dire non aux tenants du pouvoir pour braver les forces policières, pour braver les interdictions et pour braver le temps, bien que le bon dieu a été clément aujourd’hui."

Djimé Kanté : Porte Parole de la plateforme An té A Bana

Nous sommes devant la bourse du travail qui a été le lieu de la première mobilisation. Le mouvement a pris de l’ampleur, qu’est ce que vous en pensez ?

"La raison pour laquelle nous demandons aux gens de sortir, est juste, noble et mobilisatrice. Ces jeunes qui sont sortis la première fois pour dire non à cette révision constitutionnelle, ont été pris au sérieux, et beaucoup ont rejoint le mouvement. Aujourd’hui si nous arrivons à mobiliser des milliers de personnes, c’est une très bonne chose."

Vous avez réussi à réunir des milliers de personnes autour de la bannière AN Té A Bana, mais beaucoup de politique était présent aujourd’hui.

"il y a beaucoup d’hommes politique et si vous posez la question de savoir si la plateforme est récupéré politiquement, je dis non. Ces hommes politiques, je les vois difficilement se mettre d’accord pour faire l’unanimité autour d’une personne. Ils n’ont pas le meme programme, ils ne sont pas d’accord les uns avec les autres, comme nous ne sommes pas d’accord avec eux. Nous nous sommes de la société civile, nous ne sommes pas des hommes politiques. mais ce qui nous réunit aujourd’hui, c’est cette révision constitutionnelle qui n’est pas bonne pour la république du Mali. Donc pour la république, si ils veulent, en tant que citoyen, se joindre à nous pour dire qu’ils ne sont pas d’accord avec la révision, ils sont les bienvenues. De meme que la centaine d’organisation de la société civile qui au début a pris l’initiative, et qui est toujours là, toujours présente. C’est très important de le dire, la plateforme n’est pas récupéré politiquement par l’opposition malienne. La plateforme An té A Bana est une organisation de la société civile et de partis politiques de l’opposition, mais aussi d’autres hommes politiques qui sont de la mouvance présidentielle, mais qui ne sont pas d’accord avec cette révision constitutionnelle."

Cette récupération politique est pourtant un danger réel et concret, ce sont exclusivement des hommes politiques de l’opposition qui ont pris la parole en fin de manifestation...

L’homme politique a l’art de parler, on leur donne la parole pour parler, pas au nom de leur formation politique, mais au nom de cette plateforme. Nous leur donnons la parole pour qu’ils parlent à leur militant. Il faut reconnaitre que l’une des forces de la plateforme c’est aussi eux car ils sont très bien organisés, ils sont implantés dans les régions, et ils ont l’argent contrairement à nous organisation de la société civile. Donc si tout ce qu’ils demandent, c’est de pouvoir s’adresser à leurs militants et lancer deux ou trois mots, moi je ne vois pas d’inconvénient, mais cela fait pas de la plateforme une organisation appartenant à l’homme politique malien.

Qu’elles sont les futures échéances pour vous la plateforme, allez vous continuer à manifester ?

"Comme toujours, chaque fois que nous avons eu à prendre une décision, nous l’avons fait en assemblée générale. Après cette marche, le bureau de coordination va se réunir, analyser tout ça et proposer une assemblée générale pour venir écouter la population malienne et se prononcer sur les échéances futures. Et je suis sur et certain qu’il n’y aura pas d’autres marches, car vu la mobilisation d’aujourd’hui, le président de la république qui est malien, qui aime le Mali va entendre notre message et va purement et simplement abroger cette révision constitutionnelle qui divise le Mali et qui est une trahison envers les populations du nord."

©AFRIBONE
17 Juillet 2017

 

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