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Défaite de l’opposition aux législatives sénégalaises : La rançon de la désunion

La Commission nationale de recensement des votes a publié, le 4 août dernier, les résultats des législatives sénégalaises qui ont vu la victoire nette et sans bavure de Benno Bokk Yakkar, la coalition au pouvoir. La mouvance présidentielle a, en effet, remporté 125 des 165 sièges en compétition, donc largement devant la coalition « Wattu Senegaal » d’Abdoulaye Wade qui a engrangé 19 sièges et celle de Khalifa Sall qui s’en est sortie avec 7 députés. A vrai dire, même si la victoire du camp présidentiel ne faisait l’ombre d’aucun doute au regard de l’émiettement de l’opposition, son ampleur a surpris plus d’un observateur et a laissé les autres coalitions en compétition complètement groggy. Pourtant, il y a trois mois, nombreux étaient ceux qui pensaient que les opposants au président Macky Sall allaient contraindre ce dernier à la cohabitation, à l’issue de ce scrutin, avec la naissance en terre sainte d’Arabie Saoudite d’une coalition de l’opposition dénommée « Mankoo Taxawu Senegaal » regroupant des poids lourds de la scène politique sénégalaise comme Abdoulaye Wade et Idrissa Seck. L’on se mettait à susurrer qu’il suffisait que l’autre mastodonte qu’est Khalifa Sall se joigne au groupe pour renvoyer Benno Bokk Yakkar de Macky Sall dans les cordes, et équilibrer ainsi le jeu politique sénégalais outrageusement dominé par la coalition au pouvoir depuis 2012. Hélas, mille fois hélas, non seulement le célèbre pensionnaire de la prison civile de Robeus a, pour ainsi dire, refusé de jouer les seconds rôles malgré la situation qui est la sienne, mais les deux initiateurs du regroupement de l’opposition, à savoir Abdoulaye Wade et Idrissa Seck, se sont séparés, essentiellement pour des raisons d’ego surdimensionnés.

Un test grandeur nature réussi pour Macky Sall

Beaucoup de Sénégalais et pas seulement les hommes politiques, ont vu dans la descente de Wade dans l’arène, une volonté paternelle de remettre politiquement son fils Karim en selle, qui lui a quitté en catimini la terre de la Teranga après sa libération surprise, pour un exil qu’on imagine doré au Qatar. Ayant piteusement échoué dans sa tentative de dévolution monarchique du pouvoir essentiellement à cause de l’opposition forte de la société civile soutenue par des partis politiques, Wade père semble vouloir se contenter de relancer la carrière politique de son fils, en exigeant que lui et son parti (le PDS) soient la locomotive de l’opposition. Les autres ténors de l’opposition ont sans doute flairé la supercherie et ont simplement refusé à Gorgui d’être la 5e roue du carrosse, à seulement deux ans de l’élection présidentielle.

Chacun y est donc allé de sa coalition, mais aucune d’elle, prise individuellement, ne pouvait bousculer Benno Bokk Yakkar, du nom de cette autre coalition qui a l’avantage de regrouper une quarantaine de partis politiques dont l’ancrage dans les campagnes sénégalaises est bien réelle, et qui gère surtout le pouvoir d’Etat depuis 2012 ; ce qui n’est pas rien en termes de moyens matériels et financiers. Résultats des courses, on a un président de la République qui sort ragaillardi du scrutin, laissant la portion congrue à la kyrielle de formations politiques qui n’auront véritablement pas voix au chapitre quand il va s’agir de prendre les grandes décisions sur la vie de la nation.

Et comme c’est bien souvent le cas en Afrique, certains opposants, notamment ceux qui sont proches de l’ancien maire de Dakar, Kalifa Sall, ont commencé à ruer dans les brancards en pointant du doigt le capharnaüm organisationnel qui a caractérisé les élections, et le mode de scrutin (scrutin majoritaire à un seul tour pour élire 90 députés, et un scrutin proportionnel plurinominal pour pourvoir à 60 sièges, les 15 autres restants après le premier décompte devant être attribués suivant la règle du plus fort reste) qui a largement profité à la coalition au pouvoir. On pourrait d’ailleurs rétorquer que c’est un mauvais procès, d’autant que le mode de scrutin était bien connu des acteurs avant la fessée électorale que la mouvance présidentielle a administrée aux plaignants, pour ne pas dire aux geignards de l’opposition.

En somme, c’est un test grandeur nature réussi pour Macky Sall et les siens, à deux ans de l’élection présidentielle, et à moins d’un changement d’alliance spectaculaire dont les Sénégalais ont le secret, on peut dire que tout est bien parti pour que l’enfant de Fatick rempile en 2019. L’opposition, quant à elle, devrait faire contre mauvaise fortune bon cœur, et commencer sans plus tarder à s’organiser pour les prochaines échéances, en tirant leçon de la douche froide qu’elle vient de subir et qui sonne comme une rançon de la désunion.

Hamadou GADIAGA

06 Aout 2017

Lepays .bf

 

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