Le Mali
Institutions
Coopération
Education
Art & Culture
Tourisme
Presse
Urbanisme
Horoscope
Météo
Formation
Editorial
Liens



 
  Un peu d’histoire, d’art et de culture
Côte d’Ivoire : au Masa, les conteurs évoquent le terrorisme et l’immigration

Intolérance religieuse, terrorisme, immigration clandestine, politique... A l’honneur au Masa, Marché des Arts du Spectacle Africain d’Abidjan, le conte, souvent considéré à tort comme réservé aux enfants, aborde aussi les sujets d’actualité les plus brûlants.

"On n’a rien fait de mal sauf de dire comme vous qu’il n’y a qu’un seul Dieu (...) La foi n’a de valeur que si elle laisse place au doute, donc à la tolérance", dit le conteur burkinabè François Moïse Bamba lors de son spectacle "Nul n’a le monopole de Dieu".

Le personnage de son conte passe constamment avec bonheur, facilité mais aussi respect d’une religion à l’autre, du catholicisme à l’islam et au protestantisme.

Le spectacle interpelle quelques jours après un troisième attentat en trois ans à Ouagadougou, qui a fait 8 morts le 2 mars.

"L’inspiration pour le spectacle est venue bien avant : dans toutes les familles on trouve des histoires comme la mienne où mon père a été musulman avant d’être chrétien, et j’ai vécu entre mes oncles chrétiens, mes oncles musulmans et ça n’a posé aucun problème... Quand ces trucs de terrorisme +islamistes+ +fondamentalistes+ ont commencé, j’ai pensé +il faut faire quelque chose, il faut dire quelque chose+", explique M. Bamba.

"Je croyais que ce n’était pas possible que les Burkinabè puissent adhérer à des philosophies comme ça, mais malheureusement aujourd’hui, on voit que cela arrive", poursuit-il.

- ’L’odyssée’ de l’immigration clandestine -

Pour M. Bamba et sa troupe "Les murmures de la Forge", il est devenu évident qu’il fallait faire un conte sur ce sujet, quitte à risquer sa vie dans un contexte d’intolérance.

"J’ai eu peur à un moment, mais ma peur est partie quand j’ai vu qu’ils (les jihadistes) trouvent (tuent) des gens en train de prendre leur petit déjeuner, de prendre tranquillement les transports en commun. Ils ne choisissent pas", dit-il.

Outre le terrorisme, les contes de la troupe évoquent régulièrement des dossiers d’actualité. "On essaie de parler des choses actuelles, des choses de la vie que nous vivons actuellement. Les contes ont une sagesse qui transcendent le temps. Il faut utiliser les mots et les faits actuels pour toucher" les gens, estime M. Bamba.

Responsable de la programmation des contes au Masa et lui-même conteur, Obin Manfei souligne : "le conte n’est pas une histoire vieille, ancienne. Il s’agit d’adapter l’histoire selon la société à travers la parole".

"Il y a le squelette (de l’histoire) autour duquel on peut dire ce qu’on veut faire passer comme message. Les thèmes sont très modernes", précise-t-il, citant un autre conteur burkinabè, KPG, dont le spectacle "Kossyam" (le nom du palais présidentiel au Burkina) évoque l’insurrection populaire qui a renversé le régime du président Blaise Compaoré en 2014 et les aspirations à la démocratie.

Au Masa, un des conteurs les plus célèbres, Ahmed Bouzzine, présentait un conte plutôt classique d’un prince touareg, mais il n’hésite pas lui non plus à parler d’actualité, et a écrit un conte sur l’immigration clandestine d’Afrique vers l’Europe.

"On essaye d’écrire des mythologies d’aujourd’hui et ce qu’on racontera dans cent ans ou mille ans... J’ai travaillé sur tout ce qui était clandestin, sur tout ce qui était migrants. Si on n’est pas là pour l’histoire de ces gens qui se noient dans la Méditerranée ou de ces gens qui sont obligés de se cacher jour et nuit... Dans mille ans, on pourra peut-être raconter de manière artistique cette odyssée, parce qu’on parle d’odyssée !"

Rôle de la femme dans la société, corruption, développement économique sans progrès social, désœuvrement de la jeunesse... les thèmes abordées sont innombrables. Mais comme le rappelle M. Bouzzine, il y a toujours ce fil conducteur "initiatique", même si on peut être "très moderne".

"Dans toute initiation, on apprend à nos prochains à être dans des valeurs qui soient toujours de belles valeurs, la loyauté, la bonté, la générosité, la parole due, la parole promise... Parce que s’il n’y a pas ça, très vite, la barbarie revient".

Vendredi, 16 Mars, 2018 - 11:10
Par Patrick FORT
Abidjan (AFP)
© 2018 AFP

 

Dans la même rubrique :


© 1999-2018 - Afribone Mali SA - Tous droits réservés