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  L’ Indicateur du Renouveau
Nord du Mali : Violations des droits de l’Homme ou l’autre face sombre du conflit ?

Des accusions tous azimuts de violations des droits de l’Homme, le conflit dans le Nord du Mali n’a pas encore fini de révéler tous ses secrets. Peut-être, c’est le temps de situer les responsabilités ?

Dans le Nord du Mali tout au long de la crise, des ONG dénoncent des crimes commis par les Forces armées maliennes (FAMa). Du coup, certains vont jusqu’à mettre en doute la capacité des forces régulières à assurer toute perspective d’unité du territoire. Depuis quelques jours, la donne a considérablement changé et ce sont surtout des nouveaux alliés de la force française qui sont indexés de violations des droits de l’Homme. 

Selon les membres de la communauté peule, très présente dans la région, Moussa et Gamou se servent de leur proximité avec Barkhane pour régler de vieux comptes. Des contentieux opposent depuis des décennies les Peuls et les Daoussak, qui vivent de l’élevage, autour de la question du partage des pâturages et des points d’eau.
"Au nom de la lutte antiterroriste, le MSA et le Gatia traquent les Peuls, même les civils, les violentent, les pillent, les attachent, les tuent. Ils tirent sur des réservoirs d’eau. Tous les matins, je reçois des alertes, affirme le président du Ganda Izo Mohamed Attaïb Sidibé. On pousse les Peuls à rejoindre les terroristes !"

Un observateur français abonde : "Quand il y a des bavures, la réaction des Peuls, c’est de se dire ‘si nos ennemis locaux sont alliés avec la France, on va aller chercher nous-mêmes un sponsor à la hauteur’". Certains vont grossir les rangs de l’Etat islamique, par réflexe communautaire davantage que par conviction. D’autres fuient la zone : des déplacements massifs de populations peules ont été rapportés par les ONG.

"Les allégations de violations du droit international humanitaire dans la région de Ménaka sont d’une particulière gravité, a souligné vendredi le directeur de la division des droits de l’Homme de la Mission des Nations unies au Mali, Guillaume Ngefa. Elles font état d’exécutions sommaires d’au moins 95 personnes qui seraient accusées de terrorisme ou de banditisme. Nous surveillons de près la situation des opérations antiterroristes par la coalition MSA-Gatia".

Depuis le mois de février, les offensives du MSA, du Gatia et de Barkhane se sont accélérées, de part et d’autre de la frontière Mali-Niger.

La place de la CPI
Le sort réservé aux jihadistes, passés et présents, reste mystérieux. Ainsi, ce Malien, quasiment ressuscité d’entre les morts : le 4 avril dernier à La Haye, la Cour pénale internationale (CPI) présentait au public un quadragénaire au visage impassible, accusé d’avoir participé aux tribunaux islamiques qui semaient la terreur fin 2012 dans le Nord du Mali.

Connu sous le diminutif d’"Al-Hassan", ce suspect avait fait l’objet d’une enquête de la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH). "Mais dans notre plainte, Al-Hassan était mentionné comme présumé décédé, car nous avions perdu sa trace", confesse Florent Geel, de la FIDH.

Al-Hassan avait fui Tombouctou après la reconquête de la ville par les forces françaises, sans quitter la région, où il sera arrêté par les soldats de l’opération Barkhane en avril 2017.

En janvier 2017, les forces françaises de Barkhane avaient elles-mêmes été accusées d’avoir tué un jeune gardien de troupeau dans le Nord. Paris avait promis de publier rapidement les résultats de l’enquête, mais il faudra attendre fin novembre pour connaître ses conclusions : le garçon aurait été un guetteur des jihadistes et il n’y aurait eu "aucune faute individuelle ou collective dans l’usage de la force". Mais qui pourrait de toute façon contredire cette enquête interne alors que le Nord reste inaccessible ?

A. M. C. avec liberation.fr

Du 20 Avril 2018

 

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