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ADO-Kablan Duncan : Quelle idée de divorcer en plein deuil !

Le divorce était consommé depuis un certain temps sans être acté ; depuis hier lundi 13 juillet 2020, il l’est : le secrétaire général de la présidence ivoirienne a en effet rendu publique la démission du vice-président, Daniel Kablan Duncan. Une lettre de démission pour « convenances personnelles » qu’il avait déposée auprès du président Alassane Dramane Ouattara depuis le 27 février.

Cela fait donc quatre mois et demi que le couple ADO- Duncan était en séparation de corps.

En signant le décret mettant fin aux fonctions du démissionnaire, ADO à beau « rendre hommage à un grand serviteur de l’Etat, un homme de pouvoir et d’engagement », ce départ trahit le désamour qui s’était installé entre les deux personnalités depuis un certain temps.

En réalité, c’est une demi-surprise d’autant plus que, depuis de longs mois, le natif de la station balnéaire de Grand-Bassam se sentait à l’étroit dans son rôle de vice-président.

Comme le défunt Amadou Gon Coulibaly, c’est un autre fidèle compagnon de trente ans que le président Ouattara perd, puisque les deux hommes se connaissaient depuis les années 90. Quand l’un a été nommé Premier ministre par le vieux Félix Houphouët-Boigny, l’autre devenait son ministre de l’Economie et des Finances.

Ils ne se quitteront plus, même si leurs formations politiques respectives, le RDR et le PDCI, se sont souvent écharpées ces trois dernières années. Pour être resté fidèle à ADO, Duncan a même été exclu temporairement de son parti pour « indiscipline et insubordination ».

Quelles mésententes, quels désaccords, voire quels agacements, ont pu naître entre les deux au point que la présidence décide d’officialiser leur divorce alors même que le pays est en deuil et que le chef du gouvernement n’est pas encore enterré ?

Comme Marcel Amon-Tanoh, ci-devant ministre des Affaires étrangères, qui avait démissionné en mars 2020 pour protester contre la désignation d’AGC comme candidat du RHDP à la présidentielle d’octobre prochain, Kablan Duncan ruminait-il également le fait de n’avoir pas obtenu la faveur d’ADO pour lui succéder ? C’est fort possible.

Il est vrai qu’étant dans l’antichambre en tant que vice-président, il était en droit de s’attendre, le moment venu, à hériter du fauteuil du patron.

A dire vrai, de tous ceux qui pouvaient prétendre à la succession, c’était de loin celui qui avait la stature d’homme d’Etat à l’expérience éprouvée et à la pondération qui sied à ce niveau de responsabilité. Titulaire d’un baccalauréat en mathématiques et d’un diplôme d’ingénieur commercial obtenu à Nancy en France, Daniel Kablan Duncan a eu une carrière dans la haute administration ivoirienne et à la BCEAO avant d’entrer dans le gouvernement.

Mais il faut reconnaître que son âge, 77 ans, ne plaidait pas spécialement pour lui dans le contexte de renouvellement générationnel souhaité par le locataire de la résidence présidentielle de Cocody. A moins que des considérations non avouables aient pesé dans la balance en faveur de feu Amadou Gon Coulibaly…

Hugues Richard Sama

L’Observateur Palaaga du 14 Juillet 2020

 

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