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  Sur le fil de l’actualité
Accord d’Alger 5 ans après : Résultat deux Etats crées !

Si certains se posent encore la question de savoir si le Mali va-t-il perdre Kidal, ils se trompent. Le Mali a déjà perdu Kidal, car il est devenu un Etat à part entière. En effet, Kidal possède tous les attributs d’un état à savoir un territoire, Kidal l’a déjà lorsque le Mali a accepté de reconnaitre cette partie de son territoire comme une entité sociologique historique et mémorielle, une population, un drapeau qui flotte fièrement sur les symboles de l’Etat malien.

IBK a passé la nuit dans un des ces bâtiments lors de son séjour à Kidal pour mener la campagne électorale de juillet 2018 pour sa réélection. Pire l’armée, celle de Kidal est composée de 1500 éléments bien entrainés, possédant des armes lourdes, prête à en découdre avec ce qui reste de l’armée malienne, un hymne, une capitale et une direction politique.

IBK a cautionné la création de l’Etat d’Azawad

Cette farce s’est passée sous les mandats successifs d’IBK. Cela est lié à plusieurs facteurs à savoir : les menaces de la France contre un quelconque refus d’IBK à défendre leurs intérêts pour avoir les faveurs de la France pour être président ;

La signature d’un accord de défense pour garantir son régime contre tout coup d’état.

Désormais à bord du bateau Mali, il y a deux capitaines, IBK et la CMA. IBK gouverne six régions (Kayes, Koulikoro, Bamako, Ségou, Sikasso, Mopti) et la CMA gouverne 6 régions (Douentza, Gao, Ménaka, Tombouctou, Taoudéni, Kidal). Ces territoires représentent les 2/3 de la République du Mali. Les lois maliennes ne s’appliquent pas sur le territoire de l’Azawad.

Le cas le plus récent, les élections législatives organisées dans ce territoire dont l’indépendance n’a pas été déclarée officiellement. Les députés élus l’ont été suivant les propres lois de la CMA et non la loi électorale malienne. Le Ministre malien de l’administration territoriale s’est même précipité à entériner ces résultats alors que tout le monde savait qu’il n’y a pas eu d’élection selon les normes standards dans l’Azawad. En plus tous ces députés sont du Parti présidentiel. Encore nous constatons une autre forfaiture de la part du Ministre malien de l’administration territoriale, c’est sa tentative d’organiser dans certains nouveaux cercles de l’Azawad des élections partielles afin de transformer une minorité démographique en une majorité politique dans cette zone. Il a fallu une réaction vive des quelques partis qui restent encore dans l’opposition et qui gardent leur dignité, pour stopper ce projet. Ce comportement du Ministre Bill a déçu les hommes politiques maliens, si ceux-là même qui ont fait la lutte pour l’avènement de la démocratie vendent au diable leurs âmes pour faire plaisir au prince du jour, et contre une République qu’ils n’ont pas fondée, le Mali cessera d’exister.

La chemise de la honte

Dans le cadre de l’Accord d’Alger, IBK a accepté le concept d’armée reconstituée. Cette notion englobe la formation dans l’Azawad d’un autre type d’armée dont la majorité sera les ressortissants de l’Azawad hors contrôle du commandement des officiers FAMA. A travers cette brèche imposée à IBK par la France la CMA a imposé à IBK ses conditions pour la présence des FAMA reconstituées sur leur territoire. C’est ainsi que sur exigence des groupes armés acceptée par le pouvoir, 80% des éléments des troupes (armée malienne reconstitués) sont des combattants des groupes armés du nord. A Kidal et dans les zones contrôlées par des groupuscules armés, le commandement militaire de l’armée est exercé par des membres de ces mêmes groupes.

Aussi, les ex-combattants issus du processus de désarmement et de démobilisation choisissent leur localité pour servir. La hiérarchie militaire des FAMA ne peut pas muter ces combattants qui seront placés sous l’autorité directe des différents groupes armés. Selon la volonté des responsables de la CMA (Coordination des Mouvements de l’Azawad), en vue de marquer leur autonomie, les ex-combattants issus de la CMA faisant partie de l’armée malienne reconstituée ont gardé leur fanion Azawad sur les tenues militaires dans la ville de Kidal.

Conformément aux dispositions sécuritaire décidées par la CMA et acceptées par le pouvoir, il est interdit aux troupes de l’armée malienne reconstituée de contrôler les groupes armés non enrôlés dans l’armée reconstituée. Enfin, pour le déploiement de l’armée reconstituée dans les zones sous contrôle des groupes armés au nord, toutes les dépenses et les matériels sont supportés par l’Etat du Mali.

De multiples décisions controversées sont appliquées dans l’Azawad sans la moindre contestation du président IBK. Qui l’aurait cru.

Pourtant, lors de la réunion (par visio-conférence) de l’Union Européenne et des Chefs d’Etat du G5 Sahel, le 28 avril dernier, le président de la République, Ibrahim Boubacar Keïta, avait déclaré que ‘’la démobilisation et le désarmement des forces de l’ancienne rébellion doivent être effectifs, mesurables et vérifiables…et que l’armée reconstituée doit impérativement pouvoir jouer pleinement son rôle’’. Quand est-il aujourd’hui, si la CMA refuse à certains de rentrer à Kidal ?

Le comportement d’une CMA surarmée et les multiples décisions controversées qu’elle n’hésite plus à prendre de manière unilatérale comme l’accès à la ville refusé, en début de ce mois, au troisième bataillon de l’armée reconstituée atteste de la mainmise totale depuis 2012 de ce mouvement appelé ex-rébellion sur cette partie du territoire national.

Ces actes hostiles constituent autant de signaux qui nous éloignent de plus en plus de la mise en œuvre effective des réformes telles que recommandées par le Dialogue National Inclusif (DNI), dont la relecture, conformément à l’article 65 dudit document, de l’accord pour la paix et la réconciliation nationale issu du processus d’Alger. Alors que la CMA elle-même, dont des délégués furent longuement applaudis au DNI, y avait largement souscrit. En tout cas, dans cette partie du territoire national, l’on a tout l’impression que c’est la charte de la CMA qui fait office de Constitution du Mali. Cela pour combien de temps encore ?

Dans ce marché de dupes où chacune des parties semble avoir son propre agenda, chaque fois que le gouvernement fait un pas en avant, la CMA l’oblige, quelque temps après, à reculer de deux pas. Cela est, d’ailleurs, palpable et constant après chaque session du Comité de Suivi de l’Accord (CSA) où l’on accorde beaucoup plus de temps, et peut-être même plus d’importance, à des questions de représentativité de tels ou tels mouvements au détriment de tels ou tels autres, à des préoccupations essentielles et pertinentes relevant, par exemple, du processus du DDR (Désarmement-Démobilisation et Réinsertion).

D’où le sentiment général que le DDR a réellement du plomb aujourd’hui dans l’aile. On assiste à des progrès en dents de scie, voire en une sorte de marche du caméléon.

Ils ont tous payé le ticket pour leur entrée à Kidal.

La CMA (Coordination des Mouvements de l’Azawad) ne s’est pas trompée de combat depuis 2012. Elle sait ce qu’elle veut et elle est en passe de l’atteindre grâce à l’Accord d’Alger signé le 20 mai 2015 à Bamako avec la garantie de la communauté internationale.Cet accord, il faut le dire, a partagé le Mali en détachant Kidal du reste du territoire.

Pour se rendre à Kidal, il faut respecter les conditions de la CMA à prendre pour y être ou refuser pour ne pas y être. Cela a été valable pour tous les visiteurs y compris l’ancien Premier Ministre Soumeylou Boubeye MAÏGA, ensuite I.B.K et après bien sûr Boubou CISSE. Ce sont les forces « Azawadiennes » qui les protègent pendant tout le séjour. Le cas particulier d’I.B.K, lors de la campagne a été de s’habiller en tenue traditionnelle touareg et passer la nuit sous le contrôle de l’armée « Azawadienne ».

Même avec l’annonce de la visite de Boubou CISSE dans la capitale de l’Adrar des Ifoghas, des conditions avaient été posées, a révélé notre confrère du journal « Notre printemps » dans sa parution n° 291 du mardi 03 septembre 2019. Ces conditions étaient : Pas d’armes lourdes. Selon plusieurs sources les Kidalois, ont exigé que la délégation vienne à bord d’un avion de la MINUSMA, ils ne voudraient pas que la délégation soit transportée par un avion des Forces Armées Maliennes, c’est-à-dire les FAMA.

Depuis des tractations avaient été engagées par la France auprès des responsables de la CMA afin qu’ils donnent leur aval afin que l’avion des FAMA transporte le Premier Ministre et sa délégation pour le voyage de Kidal. Dans tous les cas un pactole important avait été remis à la CMA pour la prise en charge sécuritaire de la mission du Premier Ministre et sa délégation. Une autre exigence de la CMA et non des moindres était le stationnement des FAMA et des éléments du MOC à l’aéroport après l’arrivée de la délégation du Chef du gouvernement et de sa délégation.

À toutes les visites des autorités sur ces terres maliennes la CMA dicte sa loi et continue de la dicter. Le temps de la prise de conscience est enfin arrivé pour nous sortir de ce bourbier.En un mot, IBK a abdiqué face aux touaregs en signant l’accord d’Alger pour la paix et la réconciliation qui est en fait un accord d’autonomisation, puis d’indépendance de l’Azawad.

IBK a reconnu au père de la nation en la personne de Feu le Président Modibo Keïta alors qu’il commémorait les 43 ans de son assassinat en ces termes : Il était persévérant, avait du courage, le sens du sacrifice et une grande dignité dans tous les combats qu’il a eu à mener.

IBK s’est-il posé la question de savoir, qu’est-ce que le peuple retiendra de lui ? Le peuple pourra retenir de lui le fait de mettre à l’eau cinquante-six ans d’indépendance. Voilà, ce que le peuple malien retiendra de sa gouvernance ou de son règne. Un proverbe mandingue dit ceci :’’ Lorsque un enfant prédestiné à construire sa famille, son village, son pays arrive à la tête des affaires, mais si celui prédestiné à détruire sa famille, son village où son pays arrivait, il le détruira également sans état d’âme’’. C’est dans ce cas que nous nous trouvons actuellement.

Badou S KOBA
Le Carrefour du 21 Mai 2020

 

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