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Comprendre : Les dirigeants Maliens

Une fois accomplis les deux (02) mandats pour lesquels le président Alpha Oumar Konaré avait été élu, c’est Amadou Toumani Touré qui recueillit la majorité des suffrages et prit la tête de l’Etat, en 2002. Je vous à cet homme un grand respect, mais aussi un véritable attachement. Depuis notre vie au camp militaire, je suis un frère ainé pour ses enfants. Ce sentiment fausse-t-il un peu mon jugement ? Peut-être.

Comme tout autre dirigeant, Amadou Toumani Touré (ATT) a eu ses forces, ses faiblesses aussi. Il a d’ailleurs l’humilité de le reconnaitre. L’homme était chanceux et pragmatique. Il hérita d’un Mali à peu près stabilisé. Il voulait du concret ; il voulait des résultats et vite. Et il en obtint. Son Projet de développement économique et social (PDES), relayé par une campagne de communication très présente, relança la croissance économique. Il regroupa autour de lui la majorité des partis politiques, favorisant une certaine accalmie sociale et l’accélération des réformes structurelles. Même si ce consensus cachait des tensions qui, du coup, ne trouvèrent pas à s’exprimer.

De multiples chantiers de développement virent le jour et restent la marque de ces deux (02) mandats : routes, barrages, aménagements agricoles, constructions d’établissements scolaires et sociaux, infrastructures de production et de distribution de l’eau et de l’électricité, etc.

Si certains Maliens portent un jugement négatif sur l’action d’ATT, rares sont ceux qui dénient son bilan impressionnant en matière d’équipements publics. Ces réalisations avaient été rendues possibles grâce aux équipes qui l’entouraient, à un système financier assaini, à l’essor du secteur privé national devenu ambitieux et au retour de l’investissement étranger, rassuré par la stabilité et la pérennité de l’ordre constitutionnel.

Il ne faut pas oublier quelques innovations sociales d’importance, dont la gratuité des césariennes, qui sauva nombre de mamans et nourrissons, une efficace campagne de dépistage et de soins du SIDA, qui épargna à notre pays la prolifération de l’épidémie, une ébauche de sécurité sociale, qui suscita d’abord la méfiance comme la plupart des institutions liées à l’État, puis entra doucement dans les mœurs et dans les cœurs.
Cependant, des nuages menaçants s’accumulent au Nord du pays, où étaient revenus, d’une Libye post Kadhafi à la dérive, des irrédentistes fortement armés. Au début 2012, le massacre d’Aguel’hoc, où une centaine de soldats des forces armées maliennes mal équipés perdirent la vie, sonna comme un tragique avertissement.

L’étrange coup d’Etat qui mit fin à la présidence d’ATT peu après évènement, et quelques semaines avant sa fin constitutionnelle prévue, provoqua la stupeur. Ce régime, considéré comme un exemple de démocratie assumée, avait plié face au coup de colère de certains soldats. Leur chef, le capitaine Amadou Haya Sanogo, admettra que l’idée de prendre le pouvoir ne lui était venue que sur le chemin (quelques kilomètres) qui sépare le camp militaire de Kati du palais présidentiel !
Les slogans contre l’Etat voleur se traduisirent par un pillage et un saccage de la cité ministérielle. De sanglants règlements de compte opposèrent différents corps de l’armée, ce que l’on appela alors « la guerre des bérets » bérets verts de l’armée de terre, contre bérets rouges des parachutistes.

Peu après le putsch, les deux (02) tiers du Mali furent aux mains de rebelles irrédentistes et de narco-djihadistes auxquels rien ne semblait pouvoir résister. Il fallut l’intervention armée de la France pour stopper leur avancée.

Un fragile ordre constitutionnelle revint alors, avec la démission du président Amadou Toumani Touré et, conformément aux textes, l’accession de Dioncounda Traoré, président de l’Assemblée Nationale, à la tête de l’Etat comme président par intérim. Une tache ingrate qui manqua de lui couter la vie lorsqu’une manifestation insurrectionnelle, plus ou moins téléguidée, avait envahi le palais présidentiel.
Le président fut grièvement blessé, mais sa constance dans l’épreuve sauvera le pays d’un effondrement durable. Ce début de régularisation n’effaça pas les tensions. Plus tard, après une menaçante entrevue avec le chef de la junte, le Premier ministre Cheick Modibo Diarra devra démissionner.

Hommage doit être rendu à ces hommes, malmenés par la tempête. Ils surent mettre l’intérêt de la nation au-dessus de leur ego et endosser de cruels revers pour éviter le naufrage. Je ne m’étendrai pas sur les enseignements à tirer de cette triste période. Personne n’a encore fini de les décrypter.

Un seul me semble clair : ces bouleversements révèlent le fossé vertigineux qui sépare le Mali d’en haut du Mali d’en bas, au point d’engloutir dans un scepticisme généralisé les indubitables avançasses du pays dans la période qui les précède. Combler ce gouffre persistant est une urgence absolue.

D’un coté, une jeunesse en colère et sans boussole, de l’autre, un Etat atteint de surdité, et le chaos peut ressurgir à tout moment. D’énormes pressions internationales, nationales aussi, imposèrent un retour rapide à l’ordre constitutionnel et la tenue d’élections générales, Ibrahim Boubacar Kéita, qui avait fait campagne sous le slogan « Le Mali d’abord », avait laissé limage d’un Premier ministre énergique capable de restaurer l’ordre et l’autorité de l’Etat. Le petit peuple des villes lui était acquis.
Les campagnes aussi. Son élection, à une forte majorité, souleva un immense espoir. Mais le message fut vite brouillé. On discernait mal la logique de casting qui présidait aux nominations gouvernementales. Au nord, l’insécurité persistait, fragilisant le pouvoir et le plaçant dans un confort durable.

Au centre, l’Etat se délitait. La croissance était revenue, mais les investissements tardaient à reprendre au niveau souhaitable en raison de l’insécurité résiduelle. Le choix de dédier 15% du budget de l’Etat à l’agriculture fut une bonne nouvelle, tout comme l’ambitieuse loi d’orientation et de programmation militaire. Mais l’opinion, enflammée par de virulents activistes du net, accusa le régime de mal gouvernance, lui reprochant sa gestion de l’accord de paix et s’inquiétant de l’emprise de certains groupes religieux.

Les polémiques furent vite relayées par les opposants politiques qui ont l’œil rivé sur les élections de 2018 aussi incertaine soit leur tenue effective. Alors que son mandat s’achève, le président IBK a annoncé un référendum constitutionnel. Une annonce qui divise aujourd’hui le pays et provoque de puissances mobilisations.
Certaines fractions de la jeunesse n’hésitent plus à se présenter comme des forces « révolutionnaires ». Le président a fini par surseoir à son projet au terme d’une séquence singulière, mais à la portée historique.

La menace réelle d’une insurrection, qui plana, en août 2017, fut évitée grace à la mobilisation des instances propres à l’histoire endogène du Mali. Des formes anciennes de représentation de la Société civile reprirent du service, notamment par le rôle symbolique des familles fondatrices de Bamako.

Les chefs religieux, parfois tentés de prendre parti dans le jeu politique, réajustèrent leur message sur les conseils moraux et spirituels. Cet épisode de l’histoire aboutit à une impressionnante rencontre entre le président de la République, son entourage immédiat, deux des chefs musulmans les plus suivis (Mahmoud Dicko et Chérif Ousmane Madani Haïdara), les notabilités (représentants des familles fondatrices de Bamako) accompagnées des griots et une délégation de la plateforme opposée au référendum constitutionnel.

Cette délégation n’était pas commune. Elle était conduite par une femme brave, Mme Sy Kadiatou Sow, ancienne gouverneure de Bamako et ancienne ministre. Elle comptait également un jeune rappeur très engagé, Master Soumy, le talentueux et courageux activiste Ras Bath, et le député Amadou Thiam, benjamin de l’Assemblée Nationale. Ce groupe insolite, très à l’image de notre 21ème siècle, n’empêchera pas que tous nos anciens savoir-faire en matière de résolution de conflits soient mis en œuvre pour trouver une issue qui n’humilie personne.

Le temps du bilan n’est pas venu. S’il est honnêtement fait, il mettra inévitablement en lumière quelques réalisations de poids auxquelles auront également participé des personnalités de valeur. Mais à l’heure où j’écris, force est de constater que les tensions qui ont provoqué l’effondrement momentané de l’Etat, en 2012, ne sont pas apaisées. Les germes de décomposition que le président Ibrahim Boubacar Kéita a trouvés à son arrivée sont toujours à l’œuvre.

Je m’efforce, par mon témoignage, de faire ressortir les avancées qui ont marqué chaque étape de l’histoire politique du Mali indépendant. Il n’y a rien à tirer de positif de l’attitude dépressive qui conduit tant de Maliens à considérer nos handicaps comme des caractéristiques quasi endogènes de notre Mali. Un petit dialogue récurrent et désabusé ponctue régulièrement la constatation de ce malaise (saleté urbaine, irresponsabilité administrative, manque de sérieux, manigances, trahisons, magouilles de toute sorte). Ce dialogue, si récurrent, est celui-ci :
- Mali tè wa ? (Ce n’est pas le Mali,) ?
- Mali do ! (C’est bien le Mali !).

Jamais je ne m’y résoudrai ! Nous devons nous appuyer et croire en ce qui fait notre force. Sans perdre de vue que notre jeunesse est notre principal atout.
Dans le Mali d’aujourd’hui, les générations nées sous « Moussa », « Alpha », « ATT » et « IBK » forment 85% de la population. J’en fais partie. Si nous n’avons pas connu les heures glorieuses de l’indépendance, nous avons navigué au milieu des grandeurs et des déboires de notre pays.

Moi-même, et de plus jeunes que moi, avons exercé précocement des responsabilités nationales, sans pour autant vraiment nous retrouver dans les pratiques d’un monde politique où les « Soudanais » gardent la main et souvent se protègent des générations plus jeunes.

J’ai voulu mettre en valeur leur indiscutable apport à l’histoire du Mali, sans pour autant occulter quelques épisodes de ces frictions. Nous avons vécu l’incroyable émergence de la téléphonie et de l’internet généralisé. Dans ce monde en réseau, le Mali n’est plus à la périphérie du monde. Chaque fois qu’il prend la parole, il est au centre de la conversation.

Notre jeunesse n’a plus de complexe. Elle dispose d’un flux continu d’informations, qu’elle ne va pas chercher dans le « blon » du grand-père ou de la grand-mère, mais sur ses Smartphones. La brutalité de cette évolution, la rupture générationnelle qu’elle induit, apporte à nos cadets et à nos enfants énergie, créativité et un désir puissant de prendre sa place. Mais il lui manque l’essentiel : une boussole, pour avancer sans se perdre.

L’inter de Bamako du 25 Mars 2019
Source : « C’est possible au Mali » (Mamadou Igor DIARRA)

 

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