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Crise éducative : La crise éducative malienne dépasse les limites

La crise éducative malienne dépasse les limites et laisse la place à plusieurs interprétations sur l’issue de ces grèves à répétition. Certains trouvent inévitable une année blanche, d’autres exigent plutôt qu’une solution soit trouvée à cette situation paralysante. Ces prises de position constituent un couteau tranchant. Qu’il s’agisse de sauver cette année ou opter une année blanche, un véritable problème persistera.

L’école malienne meurt à petit feu au vu et au su de tous les acteurs, de tous les partenaires du secteur éducatif. Prise en otage depuis au mois de décembre par une grève à répétition de la synergie syndicale signataire du 15 octobre 2016, l’éducation est en agonie si nous savons que l’année tend à son terme. Or, un autre préavis de grève de 23 jours soit 552 heures vient d’être déposé sur la table du ministre du Travail, de la fonction publique, chargée des relations avec les institutions par la coalition syndicale. Une grève qui devra commencer à partir du 15 avril pour prendre fin le 17 mai.

Cette grève qui fait suite à cette série de grèves entamée depuis au mois de décembre 2018 voire depuis à la rentrée scolaire en octobre dernier doit interpeler tous les citoyens soucieux de l’avenir de la nation malienne. Les plus pessimistes trouvent que la cause est d’avance perdue pour cette année et concluent sur une année blanche. Tel est le cas de cet enseignant d’une école privée à Kabala qui a opté pour l’anonymat : « Une fois que les syndicats déposeront un nouveau préavis de grève, je rejoins mon village pour préparer mon champ. » Près de ce monsieur se trouvait un jeune commerçant, parent d’élève, celui-ci exprime également sa certitude en la matière : « L’année sera blanche parce que nos autorités s’en foutent de l’éducation de nos enfants du moment où tous leurs enfants sont à l’étranger. »

Ces jugements sont trop hâtifs et pessimistes. Le gouvernement malien, s’il est calculateur, nous pensons qu’il l’est, ne va jamais tomber dans ce problème. Pourquoi ne signera-t-il pas l’année blanche ? Parce que cela n’engendrera qu’une augmentation de ses problèmes. Opter pour une année blanche équivaut à s’attendre à une autre ébullition du front social. Cette fois-ci au sein des écoles privées. Nul n’est sans savoir que la plupart de ces écoles privées fondamentales fonctionnent sur la base des frais de scolarités payés par les parents d’élèves. En cas d’année blanche, ceux-ci accepteront-ils de payer à nouveau cette même somme du moment où ils s’en sont déjà acquittés pour une année qui n’a pas été validée par l’État ? Ceux qui l’accepteront seront minimes. En conséquence, ces établissements seront confrontés à des problèmes concernant la gestion de leurs personnels enseignants voire le paiement de la location de leur local. La majorité des élèves étant au sein des privées, l’État aura obligation d’agir en instaurant sûrement, et cela de façon permanente comme il est de coutume au Mali un régime de subventions.

Cette crise éducative reste un véritable problème de casse-tête. Il est vrai qu’une année blanche n’arrange personne. Les parents d’élève aussi bien que la société civile, notamment les femmes ont organisé plusieurs manifestations pour revendiquer la reprise des cours. Des campagnes en lignes, des sit-in ont été organisés pour la même cause. Mais ne faudrait-il pas opter plutôt pour une année blanche cette fois-ci ? Pourquoi une telle décision ? Cela pour permettre à tous les acteurs de l’éducation de faire une marche arrière afin d’évaluer les véritables problèmes de ce secteur. Mais aussi préserver l’avenir des enfants maliens, éviter le sacrifice générationnel. Nous sommes déjà au mois d’avril, les programmes du premier trimestre ne sont même pas achevés a posteriori ceux du deuxième ou du troisième. Sauver l’année dans de telles circonstances revient à faire admettre des élèves dans des classes supérieures sans pour autant avoir le niveau requis. Ce qui ne peut contribuer qu’à détériorer davantage l’image du pays en termes de culture et à exposer ces générations à la risée publique comme le sont celles de 2008.

Alors nous sommes devant un couteau à double tranchant. La dernière décision revient au gouvernement qui doit savoir que l’essentiel n’est pas de faire passer les élèves dans des classes supérieures, mais de leur donner le niveau requis afin qu’ils participent aux compétitions mondiales au nom du pays et honorer de ce fait toute la nation.

Fousseni TOGOLA
Le Pays du 29 Mars 2019

 

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