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Crise politique au Bénin : Les intellectuels réussiront-ils à raisonner Talon ?

Tout le monde s’accorde à dire que les législatives béninoises du 28 avril 2019, ont produit des résultats désastreux pour la démocratie. Seulement 27% d’électeurs selon les chiffres officiels, 10% ou même moins selon d’autres estimations, se sont, en effet, déplacés pour voter ce jour-là. En trente ans de vie démocratique, jamais la participation n’a été aussi faible. A cela, il faut ajouter que la journée de vote a été marquée, par endroits, par une violence meurtrière. L’après-élection a fait plusieurs morts et des blessés graves victimes de tirs à balles réelles de l’armée à Cotonou, suite à ce qui a été considéré, à tort ou à raison, comme une tentative d’arrestation de l’ancien président, Boni Yayi. Bref, de par la volonté de Patrice Talon de se tailler un parlement aux ordres, le Bénin est entré dans une zone de hautes turbulences politiques. Et au rythme où vont les choses, le pire pourrait être à venir.

On peut déjà saluer la démarche des intellectuels béninois

C’est pour conjurer cela que des intellectuels de haut vol ont adressé une lettre ouverte à Patrice Talon. Dans leur missive, ils lui demandent d’invalider les résultats du scrutin et d’organiser de nouvelles législatives auxquelles prendra part l’opposition. L’on peut déjà saluer la démarche des intellectuels béninois. En effet, leur posture leur donne la latitude de s’élever au-dessus de la mêlée et de la passion politique pour sonner le tocsin à temps afin d’éviter des drames. Et les mots qu’ils utilisent pour soigner les maux ont, dans le passé, produit, parfois, des effets. Ce fut le cas dans l’affaire Dreyfus, du nom de ce capitaine français d’origine juive, injustement condamné à l’époque pour faire plaisir aux milieux français gagnés par le racisme anti-juif.

Indignés, les intellectuels étaient montés au créneau, avec à leur tête, Emile Zola, pour faire réviser le procès. La suite, on la connaît, le combat des intellos de l’époque a produit des effets. Ce petit cours d’histoire vient illustrer la force que détiennent les intellectuels et l’allergie de certains d’entre eux, face à tout ce qui peut heurter la conscience universelle. Il reste à savoir si, dans le cas d’espèce, ils vont arriver à faire raisonner le président Talon. L’on peut malheureusement en douter. La raison principale est liée à la nature de la personne à qui s’adressent des intellectuels africains.

En effet, Patrice Talon, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est un dirigeant égocentrique et à bien des égards, allergique aux critiques. En réalité, l’on peut se demander si ce n’est pas une erreur que d’avoir élu cet homme à la tête du Benin. Tout laisse croire, en tout cas, qu’il a décidé de briguer la présidence de la République non pas parce qu’il avait véritablement un projet de société pertinent pour le Bénin, mais parce qu’il voulait se venger de son ancien mentor Boni Yayi, devenu plus tard un ennemi à abattre. Et pour arriver à ses fins, une fois parvenu au pouvoir, il s’est abrité derrière les textes, pour ne pas dire qu’il les a suscités pour neutraliser politiquement ses adversaires. Cette opération a été une réussite pour lui. Mais elle a plongé le Bénin dans une grave crise politique dont personne ne sait comment elle va évoluer.

Il faut souhaiter que Patrice Talon trouve son chemin de Damas

Cette crise et ses effets néfastes pour le Bénin, ne troublent visiblement pas le sommeil de Patrice Talon. Ce qui aurait pu le gêner aux entournures, c’est de voir la démocratie béninoise se consolider au point de le contrarier dans son ambition de pouvoiriste désireux de gérer le Bénin comme sa propre affaire. Malheureusement, pour la démocratie et pour le passé glorieux du Bénin en la matière, il est en passe de réaliser ses rêves. En effet, avec une Assemblée nationale acquise à sa cause à 100%, toutes ses réformes politiques taillées pour faire de lui « le Roi du Dahomey » à l’image de Béhanzin, passeront à l’hémicycle comme une lettre à la poste. Dès lors, l’on comprend pourquoi toute l’opposition politique est debout comme un seul homme pour faire barrage à ses dérives autocratiques.

Aujourd’hui, plus que jamais, Patrice Talon serait bien inspiré de faire machine arrière pour autant qu’il lui reste encore un brin d’amour pour le Bénin. En tout cas, la situation l’exige. L’on peut faire, en effet, le constat que le Bénin a enregistré son premier enlèvement de nature terroriste au moment où la majorité et l’opposition politique se regardent en chiens de faïence et où la légendaire démocratie du pays est en train d’être malmenée. Cela rend naturellement le pays plus vulnérable face à la menace terroriste. C’est pourquoi il faut souhaiter que Patrice Talon trouve son chemin de Damas, ici et maintenant. Car les nations divisées sur les questions politiques majeures, constituent une proie facile pour les terroristes.

Il urge donc que les Béninois travaillent à faire bloc pour ne pas exposer leur pays aux forces du mal. Et le prérequis de la constitution d’un large front national contre le péril, est la reprise des élections législatives avec cette fois-ci, la participation effective de l’opposition. Il ne faut surtout pas que le président argue du fait que constitutionnellement, il n’en a pas la possibilité.

Car ce serait pratiquer la politique de l’autruche. Aucun texte ne doit faire barrage à la recherche de la concorde nationale et de la promotion de la démocratie. Et dans le cas d’espèce, l’on ne voit pas qui va crier au scandale si Patrice Talon décide, de concert avec la Cour constitutionnelle, d’annuler les résultats des législatives et de les reprendre de sorte à faire participer l’opposition. En tout cas, cela est la substance de la lettre ouverte que des intellectuels viennent de lui envoyer.

Avant eux, c’est l’Eglise catholique qui avait entrepris une démarche tendant à faire baisser la tension. L’Union européenne (UE) avait lancé, peu avant, un appel dans ce sens. Seule la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) et dans une certaine mesure, l’Union africaine (UA) se sont illustrées par un silence coupable face aux dérives du président Talon.

Mais l’on peut comprendre l’attitude de ces deux structures qui semblent agir selon la tête du client. Cela dit, tous les démocrates attendent que Patrice Talon donne une suite favorable à la lettre des intellos. Et le plus tôt serait le mieux.

« Le Pays »
Le 13 Mai 2019

 

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