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Débat autour de l’utilisation de la chloroquine contre le covid-19

Et si on laissait les médecins traitants face à leur conscience professionnelle ?
L’utilisation de la chloroquine dans le traitement de la maladie à coronavirus, continue de susciter de vifs débats. Alors que le Professeur Didier Raoult de la faculté de médecine de Marseille, ne tarit pas d’éloges sur cette molécule utilisée dans les traitements antipaludiques et bien connue des Africains, certains scientifiques et cliniciens se montrent plutôt très réservés.

Ces derniers expliquent leur réticence par les effets secondaires néfastes de ce médicament qui est susceptible de provoquer l’accélération du rythme cardiaque avec des risques d’infarctus. A cet effet indésirable viennent s’ajouter, en Afrique, les dangers de l’automédication pour un produit dont sont familières de nombreuses populations, et le développement de résistances dans les traitements du paludisme.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que les chercheurs et les acteurs de la santé qui se montrent méfiants vis-à-vis de la chloroquine, sont dans leur rôle.

Le choix de la thérapie par la chloroquine, relève de la responsabilité des médecins traitants

Ils ne font que leur travail en attirant l’attention des uns et des autres sur les risques encourus par les patients soumis à un traitement à la chloroquine dont l’utilisation avait été effectivement abandonnée dans les protocoles thérapeutiques contre le plasmodium dans de nombreux pays africains. Leur position est d’autant plus compréhensible dans les pays développés, qu’il existe d’autres alternatives de soins, avec des risques moins avérés auxquels peuvent recourir les soignants, même si, pour l’instant, la preuve de leur efficacité n’est pas formellement établie. Cela dit, l’on peut, tout de même, se poser des questions sur les arguments avancés par les détracteurs de la chloroquine. Car, pour l’instant, personne n’a pu démontrer scientifiquement l’inefficacité de cette molécule sur le Covid-19. Si tant est que la chloroquine soit redoutable dans ses effets secondaires, qui paie alors pour les millions d’Africains dont certains sont morts pour avoir subi, des années durant, le traitement par cette molécule ? Existe-t-il des produits pharmaceutiques sans effets secondaires pour tous les êtres humains ? Quel choix ferait le malade entre l’option de mourir à l’instant et celle d’être soulagé avec la possibilité de mourir plus tard ?

Face à l’impossibilité de concilier les deux positions, ils sont nombreux, les Africains qui estiment que le choix de la thérapie par la chloroquine, relève de la responsabilité des médecins traitants dont une bonne partie estime d’ailleurs que les effets secondaires du médicament sont connus ; toute chose qui facilite le suivi des patients.

L’on peut d’autant plus se laisser séduire par cette position que l’on sait que le médecin ne décidera de l’usage de la chloroquine qu’en pleine connaissance de tous les antécédents de son patient ; ce qui suppose des examens adéquats. Et l’on suppose que, pour parer à tout risque, tout ce protocole thérapeutique ne peut pas se faire en dehors d’un bon suivi médical.

Ce sont de gros intérêts financiers qui sont en jeu

Mais comme l’on peut bien se douter, la polémique autour de la chloroquine, n’a pas que des fondements scientifiques et thérapeutiques. Derrière ces débats scientifiques, se cachent de gros enjeux financiers qu’il ne faut pas négliger. On peut le dire sans grand risque de se tromper : la chloroquine, au regard de son faible coût, est le médicament des pauvres et sa fabrication n’a plus de secret pour de nombreux pays du Sud qui disposent de leurs propres unités de production. L’on se doute bien que cela ne fait pas l’affaire des grandes firmes pharmaceutiques qui engagent des sommes faramineuses dans la recherche de nouvelles molécules qu’ils revendent à prix d’or. De ce fait, elles ne reculent devant rien pour mettre la pression sur les scientifiques dont les laboratoires, dans de nombreux pays, sont financés par ces grandes firmes prêtes à exploiter financièrement leurs résultats.

Ce sont donc de gros intérêts financiers qui sont en jeu et l’on comprend d’ailleurs toutes les menaces supposées ou avérées qui planent sur la tête du Professeur Didier Raoult. Dans la même veine, l’on ne doit pas non plus perdre de vue que la gestion de la pandémie du Covid-19 est aujourd’hui au centre de gros intérêts diplomatiques et géostratégiques qui influencent nécessairement les débats sur les traitements de la maladie. On le sait, une véritable course est engagée pour qui trouvera, en premier, le remède le plus efficace contre le Covid-19 et dans ce cross mondial, tous les crocs-en-jambes sont permis.

Car, il est certain, comme on le voit déjà avec la Chine qui tend à dominer le monde par ses exportations en matériel médical de lutte contre la pandémie, que le vainqueur de la course aura un rôle de premier plan à jouer dans la nécessaire reconfiguration mondiale qui accompagnera la fin de la pandémie du Covid-19. Et c’est en raison de tout cela que l’Afrique ne doit pas se comporter seulement en spectatrice. Elle doit mettre en branle toutes les structures de recherche en matière de santé et toutes les intelligences en état de fonctionnement maximal.

Car, tout laisse croire que dans le nouvel ordre mondial, les Etats qui compteront, sont ceux qui auront les meilleures approches en matière de politiques sanitaires et ceux qui sauront profiter du nouvel essor de l’industrie pharmaceutique.

Et cela commence déjà par une bonne documentation de tout ce qui se fait en matière de prise en charge thérapeutique des patients du Covid-19 dans nos centres de soins.

« Le Pays »
Le 07 Mai 2020

 

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