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Dégradation de l’éducation malienne : que faut-il faire ?

L’Éducation de malienne est dégradée, plusieurs raisons facteurs sont à la base de cette dégradation. À travers un esprit une analyse approfondie que Mamadou Sissoko, promoteur de l’école « Kani » qui a passé toute sa vie dans le milieu scolaire, nous dévoile les causes, les manifestations, les conséquences ainsi qu’une proposition de solution.

Pensez-vous que l’éducation malienne est dégradée ?

Mon parcours m’a permis d’être en contact avec les enseignants et les élèves et d’être en contact avec l’administration scolaire. Je confirme cette dégradation de l’éducation vu toutes mes expériences accumulées.

Selon vous quelles sont les causes ?

La dégradation touche d’abord la formation des enseignants. Je trouve que la formation dispensée aux enseignants est très incomplète au niveau de la formation initiale. Il y’a beaucoup d’incohérence entre la formation initiale dispensée dans les écoles de formation et la réalité des enseignements dispensés dans les classes. Tout cela met l’enseignant dans une difficulté à dispenser convenablement leur programme en classe. La formation continue des enseignants manque de consistance et de régularité. Hors l’enseignement est un domaine où il faut toujours être à jour. Quand on n’est pas à jour surtout par la formation continue, l’enseignent sera dépassé par les programmes éducatifs qui sont dispensés en classe.

L’administration scolaire a-t-elle une responsabilité ?

Au niveau de l’administration scolaire, le système de contrôle des enseignants (inspecteur d’enseignement) à tous les niveaux (niveau secondaire niveau fondamental). Les contrôles qui doivent être faits par ces inspecteurs est pratiquement inexistant, même s’ils existent, ils sont extrêmement insuffisants. Ces inspecteurs ne doivent pas faire 3 à 4 mois sans passer dans les établissements qui sont sous leurs supervisions. L’objectif de la supervision est de savoir si les enseignants travaillent normalement, si les programmes sont correctement dispensés, si l’administration est à cheval sur ses devoirs. Aujourd’hui les Directeurs des Centres d’Animation Pédagogiques (DCAP) sont pratiquement absents dans les écoles, ils se contentent des rapports qu’on leur fournit. Les conseillers qui doivent les supplier, supervisent de façon sporadique les écoles. Quand le contrôle n’est pas fait on ne sait jamais ce qui se passent et quand on ne sait pas ce qui se passent, on ne peut rien corriger, on ne peut rien améliorer. Cette chaine de contrôle est rompue. Les enseignants sont laissés à eux-mêmes. On ne sait pas si les programmes sont dispensés correctement. L’insuffisance au sein de l’établissement du travail collégial qui doit exister entre les enseignants de façon générale et toute la chaine de l’éducation. Pour couronner tout cela la stabilisation des examens et concours est remise en cause. A chaque session des fraudes, des achats de conscience, des récriminations sortent de partout. Ces faits entachent la crédibilité des résultats des examens.

Quel est la responsabilité des parents ?

Cette relation n’est plus suivie comme elle l’était dans le passé. Dans le passé les parents d’élèves suivaient pas à pas le parcours des élèves. Ils passaient de temps à temps à l’école pour voir si l’enfant travail. Aujourd’hui les parents encouragent les enfants dans la fraude. Au moment des examens certains parents se mettent à acheter les consciences des surveillants.

Qu’est ce qui explique le comportement malsain des professeurs et des apprenants ?

Dans la relation maître-élève, professeur-étudiant, le premier responsable de la santé de la relation est l’enseignant, est le professeur, est le maitre. Quand celui-ci se met au niveau de l’élève, l’élève ne vous respecte plus, il ne vous considère plus. Aujourd’hui les maitres sont des copains des élèves. Des maitres qui demandent de la cigarette aux élèves, les échanges de propos entre les maitres et leurs apprenants, on a l’impression qu’ils sont des camarades. C’est-à-dire les mêmes personnes qui vivent ensembles, qui couchent ensembles, et au sens propre. Quand un enseignant en charge d’éduquer descend jusqu’à ce niveau avec l’élève qu’il est chargé d’éduquer, l’éducation devient impossible. Tous les enseignants ne sont pas dans cette situation, mais ils sont nombreux ce qui sont dans cette situation avec leur apprenant.

N’importe qui enseigne aujourd’hui avez-vous un commentaire la dessus ?

L’insuffisance du personnel enseignant formé dans les instituts de formation est à la base. Quand les enseignants formés sont insuffisants alors que l’école existe il faut trouver les enseignants. Cela amène à recruter n’importe comment. Ce phénomène est constatable au niveau des écoles privées. Les enseignants véritablement qualifiés issus des écoles de formations sont rares. Les établissements recrutent ce qu’ils peuvent avoir. Pour pallier cela, il faut que l’école soit capable elle-même de donner aux enseignants qu’ils recrutent cette formation. Si cela n’est pas fait on triche avec les parents d’élèves et on triche avec les élèves. Car les élèves seront mis à la disposition d’un enseignant qui n’a pas la qualification, c’est la dégradation qui s’ensuit.

Quelles peuvent être des pistes de Solutions ?

Les solutions sont dans les problèmes, il faut faire une analyse approfondie de chaque problème. Sur le plan de la formation il faut revenir à la cohérence de la formation, il faut que la formation soit consistante, il faut que la formation tienne compte de la qualité et de la quantité, le rythme de la formation continue soit régulier. Il faut revoir la relation entre École et parents d’élève. Le contrôle des enseignants et des structures doit être régulier, l’application des textes issus des foras doit être effective. Une réforme est nécessaire ; des solutions existent. Nous sommes partis d’une réforme (celle de 1962) qui avait fixée des balises à tous les niveaux, tous les aspects de l’éducation. C’est vrai que cette réforme est ancienne, mais en revisitant cette réforme on peut trouver des réponses à tous ces problèmes. La formation des enseignants, les programmes, la relation école-parent d’élève bref des pistes de solutions peuvent être retrouvée. On est attiré vers l’appât du gain facile que vers le travail. Aujourd’hui on a plus souci de ce qu’on peut tirer d’une activité en termes de gain en termes d’argent que l’effectivité du travail de formation, d’éducation. Bref le travail d’amélioration qu’il faut apporter à la structure ou à l’activité autour de laquelle on est rassemblée.

Avez-vous un message à passer ?

Il faut remobiliser la conscience des enseignants sur leur devoir de formateur, leur devoir réel d’enseignant. Pour se faire une réorganisation systématique de la déontologie, des programmes d’éducation civique, d’éducation pédagogique, d’éducation psychologique. Il ne suffit pas de les enseigner théoriquement mais d’inculquer à leur destinateur le comportement qu’il faut par rapport aux prescriptions de ces programmes. Si ce comportement n’est pas inculqué, il ne sert à rien de les prendre.

Bissidi Simpara

Bamako, le 10 janvier 2019

 

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