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Dialogue national inclusif : IBK ne rassure pas !

Le dialogue politique inclusif est annoncé pour les prochains jours, mais même avant son début, plusieurs questions sont posées. Le pouvoir en place compte instaurer un véritable dialogue afin de permettre aux Maliens de trouver une solution définitive à la grave crise que traverse le pays ? Ce dialogue permettra de remettre debout le pays miné par la gestion calamiteuse d’Ibrahim Boubacar Keïta ? S’agira-t-il d’une nouvelle fuite en avant dont le régime en place est coutumier ? Sera-t-il véritablement refondateur ? Au-delà, c’est la démarche même du président IBK et de son régime qui est dénoncée par de nombreux partis politiques de l’opposition et des membres de la société civile. En fait, le président Keïta est loin de rassurer les uns et les autres quant à sa volonté d’instaurer un vrai dialogue entre les Maliens, malgré ses beaux discours…

Si tous les acteurs s’accordent depuis sur la nécessite d’organiser des concertations pour évoquer les réformes institutionnelles, présentées comme indispensables, des tensions sont apparues sur les modalités pour y parvenir. De façon générale, on observe un déphasage réel entre la pratique politique des gouvernants, leurs discours relatifs au dialogue et les attentes de l’opinion exprimées par différents acteurs sociopolitiques. Bien souvent, les lendemains de dialogue ont donné raison aux opposants, qui refusent de prendre part à des échanges dont l’issue est prévisible ou connue.

A cet effet, le professeur Issa Diaye, dans une tribune parue dans la presse met en doute le caractère inclusif du dialogue à venir : « le dialogue se veut politique et social comme si la crise malienne ne se résumait qu’à ces deux mots alors qu’elle est multidimensionnelle, profonde et exacerbée. Au passage, signalons que le document de TDR a fuité dans la presse alors que ceux désignés pour la piloter n’en avaient pas eu la primeur. Cela dénote de la légèreté avec laquelle on ose aborder une question aussi gravissime » il ajoute plus loin « .Par ailleurs, dans la partie intitulée contexte et justification, il est clairement indiqué au paragraphe sept que le dialogue politique inclusif (entre temps, il a perdu ses autres adjectifs qualificatifs) » ne sera point une » conférence nationale souveraine « , comme celle que le pays a organisée en 1991.

Elle ne sera pas non plus une porte ouverte à la mise en veilleuse des institutions actuelles et leur remplacement par un régime de transition. Le dialogue devra s’inscrire dans le strict respect de la Constitution et des lois de la République et être un atelier d’incubation d’idées nouvelles… «  » Les idées nouvelles seront formulées en résolutions dont le Président de la République s’engagera à assurer la mise en œuvre sous la surveillance d’un comité ad hoc désigné par la plénière du dialogue politique inclusif. » En outre poursuit le professeur Diaye « Le terrain est ainsi entièrement balisé. Tout est défini d’avance.

Circulez, il n’y a rien à voir ! Le Président décidera des suites à donner. Tout au plus, il s’engagera à en assurer la mise en œuvre. Mais les citoyens savent bien ce que valent les engagements de nos dirigeants depuis belle lurette. Pas étonnant que cela se termine en queue de poisson après le festival de grandes déclarations et promesses. Le pays en a l’habitude. »

D’autres s’interrogent sur la nature des acteurs du dialogue. Aussi, pour des chercheurs du Centre de Recherche et d’Analyses Politiques, Economiques et Sociales du Mal (CRAPES) « compte tenu du caractère multidimensionnel de la crise, il est important que dans les discussions, que l’ensemble des couches socioprofessionnelles soit représenté.

L’expérience de la conférence nationale de 1991 nous donne une idée en la matière : les professions les plus représentées relevaient de l’enseignement (261), de l’administration (224), du secteur primaire, paysans, éleveurs, pêcheurs (165), de la justice (99), du commerce (89) et de la Santé (60). Cette approche participative et inclusive est nécessaire pour que les uns et les autres « vident leur sac » et commencent à regarder ensemble dans la même direction. » soulignent-ils.

Les partis politiques sceptiques

Sur le plan politique, plusieurs voix s’élèvent contre la méthode choisie par le pouvoir. Pour preuve, lors de leur conférence de presse en date du jeudi 13 juin 2019 à la Maison de la presse, l’on a pu constater la divergence entre le pouvoir et l’opposition sur la question du dialogue politique inclusif. Cette dissension entre le pouvoir et les partis et associations de l’opposition tient sur le Dialogue national inclusif et ses éventuelles conclusions. La désignation « unilatérale » par le président de la République des personnalités chargées de conduire le processus du dialogue inclusif ne rencontre pas non plus l’adhésion du FSD (opposition) qui estime que cette décision est contraire à « toutes les mesures d’inclusivité et à l’esprit des discussions avec le chef de file de l’opposition politique ».

Même réserve sur la méthode choisie par le gouvernement de la part des forces Alternatives pour le Renouveau et l’Émergence (FARE AN KA WULI)  ; de la Confédération syndicale des Travailleurs du Mali (CSTM)  ; du Forum des Organisations de la Société Civile (FOSC)  ; du Comité national d’Initiative Démocratique (CNID-Association)  ; de l’Alliance pour la Démocratie au Mali (A.DE.MA-Association).

Ces partis et associations dénoncent la démarche solitaire du pouvoir « Concernant la conduite du processus de ce dialogue national inclusif, les conférenciers dénoncent la démarche unilatérale par le Chef de l’État et son gouvernement. Selon les responsables de ce collectif, tout le processus et la démarche méthodologique du dialogue national inclusif, doivent être conçus de manière participative, impliquant l’ensemble des parties prenantes.

«  On ne saurait parler de dialogue national inclusif lorsque le gouvernement et le chef de l’État décident de manière unilatérale de leur format et son contenu, ainsi que des personnalités devant le conduire  », a dénoncé Mme Sy Kadiatou SOW., présidente de l’Adema Association. De même, a-t-elle fait savoir, le dialogue national inclusif est un processus ascendant qui va de la base au sommet, du local au national, et doit être ouvert à l’ensemble des forces vives de la nation comprenant des organisations, outre que les faitières, notamment les associations à caractère politique, les organisations professionnelles (telles que les Chambres de Métiers, d’Agriculture, de Commerce et d’Industrie, etc.), ainsi que la Diaspora. Également, a-t-elle insisté, il est indispensable que l’ensemble des parties prenantes s’engagent à mettre en œuvre toutes les résolutions des assises du dialogue national, articulées en un Agenda du Mali et qui auront force contraignante pour le gouvernement.

Si l’initiative de dialogue national a été saluée par l’opinion nationale, les maliens s’interrogent : Le président Keïta est-il décidé à faire table rase des querelles politiciennes et claniques qui empoisonnent le pays ? On en doute la dernière sortie du président dans la presse étrangère n’est guère de nature à rassurer les Maliens sur la sincérité du chef de l’Etat à un vrai apaisement du climat politique Jusqu’où iront les acteurs politiques (majorité et opposition) dans la recherche d’une solution définitive à la crise politique ?? Quelle sera la place de la société civile dans le dialogue en cours ? Et le rôle des anciens chefs d’Etat, ainsi que de certains leaders d’opinion ? Ce sont là autant de questions qui sont posées actuellement à Bamako.

Mémé Sanogo

L’Aube du 08 Juillet 2019

 

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