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  Le Républicain
Eliane Luthi, Cheffe de la communication de l’UNICEF au Mali : « Il est plus que jamais essentiel … que cette crise sanitaire ne se transforme pas en crise de droits de l’enfant »

« En ce moment, il est plus que jamais essentiel que l’Etat, les communautés et tous les partenaires soient pleinement engagés pour que cette crise sanitaire ne se transforme pas en crise de droits de l’enfant », c’est le cri de cœur lancé dans les colonnes du quotidien Le Républicain, par Eliane Luthi, la Cheffe de la communication et porte-parole de l’UNICEF au Mali, basée à Bamako. Selon elle, depuis janvier, l’UNICEF, l’OMS et les autres partenaires appuient le Gouvernement dans la préparation de son plan d’urgence pour prévenir et répondre au COVID-19. Dans son plan de réponse en appui au Gouvernement, l’UNICEF au Mali a pour objectif d’atteindre jusqu’à 4.5 millions de personnes – dont presque 2.5 millions d’enfants – avec des activités de prévention ou d’intervention liées à la crise sanitaire, explique Mme Eliane Luthi. « Il faut noter que certaines mesures de lutte contre le coronavirus, telles que la fermeture des écoles, peuvent avoir des conséquences majeures sur les enfants, notamment sur leur droit à l’éducation et à la protection contre toutes formes de violences … C’est donc une crise qui n’est pas uniquement sanitaire, mais qui affecte profondément la protection et l’éducation et le bien-être des enfants les plus vulnérables », explique Eliane Luthi, qui tient aux droits de l’enfant comme à la prunelle de ses yeux, et elle sait le faire savoir. Lisez !

Le Républicain : Comment se porte l’UNICEF au Mali ; vos activités ont-elles été impactées par l’évolution de la pandémie de Covid 19 ?

Depuis janvier, l’UNICEF, l’OMS et les autres partenaires appuient le Gouvernement dans la préparation de son plan d’urgence pour prévenir et répondre au COVID-19. C’est notre grande priorité en ce moment. La crise présente certains défis de taille pour une organisation humanitaire, notamment la continuité de la chaîne d’approvisionnement. Nous essayons de profiter de chaque vol spécial qui est planifié sur le Mali pour y charger des intrants et équipements essentiels. Cela nous permet de continuer notre appui au Ministère de la Santé et des Affaires Sociales non seulement dans la réponse à la pandémie actuelle, mais dans la continuité des autres services essentiels, tels que la prise en charge des enfants malnutris sévères.

Nous continuons donc malgré les nouvelles difficultés notre programmation en faveur des enfants et leur droit à la survie, au développement, à la nutrition, à l’éducation, à l’eau propre et à la protection, y compris la protection contre le mariage d’enfants.

Quelles sont les mesures prises par l’UNICEF à l’endroit des enfants en général et des enfants en situation difficile en particulier, notamment ceux qui vivent dans les rues, en cette période de pandémie ?

Les enfants qui sont déjà vulnérables, tels que les enfants en situation de rue, les talibés, les enfants vivant hors du cadre familial, ainsi que les enfants déplacés ou réfugiés, sont exposés de manière accrue au nouveau coronavirus car ils n’ont pas suffisamment d’accès à l’information et aux moyens pour s’autoprotéger face au virus. Il faut donc assurer que ces enfants aient accès à des informations fiables sur le COVID-19 et comment s’en protéger à travers les gestes barrières, tels que le lavage des mains au savon et à l’eau propre pendant au moins 20 secondes et la distanciation sociale. C’est pourquoi l’UNICEF et l’OMS appuient le Gouvernement du Mali dans la diffusion de messages de prévention à travers des canaux qui peuvent atteindre les couches les plus vulnérables. Pour les enfants en situation de rue, l’UNICEF travaille avec ses partenaires à travers des équipes mobiles déployées sur le terrain qui apportent des informations essentielles sur la prévention, qui orientent les enfants vers les services disponibles et qui fournissent un appui psychosocial aux enfants les plus vulnérables.

Quels sont les dispositions prises par votre organisation, à l’endroit des enfants en général et des écoliers en particulier, en termes de protection contre le Covid 19, pendant cette période de pandémie ?

Avec l’OMS et l’ensemble du Système des Nations Unies au Mali, l’UNICEF appuie le Ministère de la Santé et des Affaires Sociales dans sa réponse à la pandémie. L’UNICEF aide notamment à disséminer les messages clé de prévention à travers les radios locales et les leaders communautaires ; assurer le partage d’informations factuelles sur le virus à travers les médias et les réseaux sociaux ; appuyer la formation des agents de santé et les relais au niveau communautaire à la reconnaissance des cas, alertes et au suivi des contacts ; renforcer les mesures d’hygiène dans les centres de santé, les lieux de grand rassemblement et les sites particulièrement exposés, tels que les sites de personnes déplacées internes ; distribuer des matériels d’hygiène et équipements de protection personnelle ; renforcer la coordination des partenaires impliquées dans la réponse. En plus de son appui sur le plan sanitaire, l’UNICEF appuie le Gouvernement dans la fourniture continue des services sociaux de base dont dépendent les enfants, tels que l’éducation, les services de protection et l’appui psychosocial.

Il faut noter que certaines mesures de lutte contre le coronavirus, telles que la fermeture des écoles, peuvent avoir des conséquences majeures sur les enfants, notamment sur leur droit à l’éducation et à la protection contre toutes formes de violences. Cette situation peut aussi exacerber les vulnérabilités existantes et exposer les enfants à des risques de violences, de négligence ou d’exploitation. C’est donc une crise qui n’est pas uniquement sanitaire, mais qui affecte profondément la protection et l’éducation et le bien-être des enfants les plus vulnérables.

Comment avez-vous accueilli la décision du gouvernement de fermer les classes, puis d’entreprendre de donner des cours à distance aux élèves ?

La plupart des pays ont temporairement fermé des établissements d’enseignement à l’échelle nationale, touchant plus de 91% des élèves dans le monde, soit plus de 1,57 milliard d’élèves. C’est sans précédent. Nous n’avons jamais eu autant d’enfants non scolarisés en même temps. Cela affecte bien sûr l’apprentissage des enfants, en particulier pour les enfants et les jeunes les plus pauvres et les plus marginalisés.

Mais il faut aussi se rappeler que les écoles jouent un rôle qui va au-delà de l’éducation. Par exemple, elles réduisent considérablement le risque d’exposition à la violence. Elles peuvent aussi par exemple fournir des repas scolaires et agir comme site d’apprentissage des gestes barrières tels que le lavage des mains au savon et à l’eau propre.

Au Mali, le Ministère de l’Education Nationale, les professionnels de l’éducation et les parents eux-mêmes prennent la situation à bras-le-corps en inventant de nouvelles méthodes et en ayant recours à des innovations pour permettre aux enfants de poursuivre leur apprentissage.

L’UNICEF soutient le Ministère de l’Education Nationale avec du contenu numérique accessible via internet et du matériel pédagogique adapté à l’enseignement à distance. Pour les étudiants sans radio ni télévision, l’UNICEF met en place des projets pour fournir des radios solaires pour assurer la continuité de l’apprentissage.

Combien d’enfants l’ l’UNICEF compte soutenir au Mali pendant cette période de crise sanitaire ?

Dans notre plan de réponse en appui au Gouvernement, l’UNICEF au Mali a pour objectif d’atteindre jusqu’à 4.5 millions de personnes – dont presque 2.5 millions d’enfants – avec des activités de prévention ou d’intervention liées à la crise sanitaire.

Comment entendez-vous gérer l’après pandémie, en l’occurrence pour rattraper les cours perdus par les élèves ?

La réouverture des écoles et le rattrapage des cours une fois la pandémie maîtrisée doit être minutieusement planifié et se faire en suivant des directives opérationnelles sûres pour garantir que les enfants et leurs familles restent protégés. Il faut noter que la pandémie actuelle fait partie d’un contexte plus large de défis liés à la provision d’une éducation de qualité pour chaque fille et chaque garçon dans le pays. Parmi les autres défis on peut citer les fermetures d’écoles en raison d’insécurité, les grèves récurrentes, le travail d’enfants, le mariage d’enfants, et le manque d’infrastructure scolaire. L’UNICEF estime qu’en temps normal, en dehors du contexte de la pandémie, plus de 2 millions d’enfants sont en dehors du système scolaire au Mali. Cette prochaine étape de réouverture des écoles doit donc se faire dans le cadre d’une approche long terme de renforcement du secteur et d’amélioration de l’accès à une éducation de qualité pour chaque fille et chaque garçon du Mali. L’UNICEF continuera à appuyer le Ministère de l’Éducation nationale dans ce sens.

Avez-vous un mot de la fin ou quel appel à lancer ?

En ce moment, il est plus que jamais essentiel que l’Etat, les communautés et tous les partenaires soient pleinement engagés pour que cette crise sanitaire ne se transforme pas en crise de droits de l’enfant. Les pressions que cette crise exerce sur la société ont de lourdes conséquences sur la vie des enfants – sur leur sécurité, sur leur bien-être et sur leur avenir. Même avant cette crise sanitaire, les enfants étaient les membres les plus vulnérables de la société malienne. Les enfants au Mali sont susceptibles de souffrir de maladies telles que la diarrhée, les infections respiratoires, le paludisme et la malnutrition, qui sont des maladies qui compromettent leur système immunitaire. Le résultat, c’est qu’un enfant sur 10 nous quitte avant son 5ème anniversaire. Ils sont aussi exposés à des violations de leurs droits à l’éducation et à la protection contre toutes formes de violences. Cette crise sanitaire ne fait qu’exacerber une situation déjà très fragile pour les enfants. Il est donc plus que jamais notre responsabilité collective de s’assurer de la pleine protection des droits de l’enfant en cette période difficile.

Réalisé par Boukary Daou

17 Avril 2020

 

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