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  Sur le fil de l’actualité
Entre Me Hassane Barry et l’Etat malien…. Qui a trahi ?

Par-delà le spectre d’avocat de présumés djihadistes, l’ancien ambassadeur était récemment au cœur de nombreuses négociations pour la libération d’otages de l’armée malienne. Il pourrait en définitive lui avoir été reproché des fréquentations dont les mêmes autorités se sont allègrement servies pour parvenir à quelques fins glorieuses.

L’ancien ministre et avocat bénévole de l’association Tabidal Pulaaku est l’objet d’une détention pour le moins intrigante. Survenue dans la journée du vendredi dans des circonstances non encore élucidées, son interpellation par la Sécurité d’Etat fait suite à l’arrestation, la veille, de deux individus présentés comme des terroristes et avec lesquels Me Hassan Barry semble entretenir des liens professionnels. En effet, après l’ébruitement de l’affaire et les allusions à son implication par des sources dites sécuritaires, nous avons pu entrer en contact avec l’intéressé, qui nous a confié avoir réellement conduit les deux individus arrêtés au tribunal aux fins d’obtenir pour eux un permis de communiquer avec leurs parents détenus et dont il est le conseil. Me Hassane Barry nous a même signalé que dans la cour de son cabinet se trouvait encore leur moto qu’ils n’avaient pas eu le temps de récupérer.

Quant à aux intentions licencieuses qu’on leur prête, notre interlocuteur n’en savait que dalle, allusion faite à l’association de son nom à un projet terroriste par une certaine « source : sécurité ». Au demeurant, notre interlocuteur affûtait ses armes pour apporter les clarifications appropriées à une conférence de presse qu’il devait animer, avant-hier samedi, pour le compte de Tabidal Pulaaku.

Comme on le voit, la détention de Me Barry à la DGSE aura été annoncée à coups de propagandes sur les réseaux sociaux comme pour jauger la prédisposition d’une certaine opinion à la consommer, en l’occurrence sa famille professionnelle -dont la réaction ne s’est point fait attendre. En effet, dans un communiqué rendu public dès le lendemain, le Barreau malien n’est pas passé par quatre chemins pour réclamer sa libération sans condition et protester par la même occasion contre le mépris des procédures en la matière. À noter que les mêmes pratiques abusives ont souvent opposé Me Hassane Barry et la SE, quant aux nombreuses détentions non-judiciarisées de ses clients. Au fait, l’avocat bénévole de Tabidal Pulaaku, pour ceux qui l’ignorent, n’est pas un novice dans les locaux de la sécurité d’Etat. Aussi souvent qu’il est sollicité, il s’y rend pour veiller au respect des droits de présumés terroristes mais aussi de beaucoup d’agneaux sacrificiels arbitrairement arrêtés. C’est dans ce cadre, selon toute vraisemblance, qu’il lui arrive de faciliter la communication entre des détenus et leurs parents qui sont généralement du même bercail que lui sans qu’il soit forcément dans le secret de quelconques projets malveillants. C’est tout le contraire qu’ont l’air de soutenir, selon toute évidence, certains canaux d’informations sous le couvert de « source sécuritaire » et pour qui l’argent supposément détenu par un suspect peut présenter les caractéristiques de son usage ainsi que de ses destinataires. Comment expliquer autrement que les informations attribuées aux dites sources puissent soutenir que la somme en question devait servir à corrompre des juges ? A moins d’un accablement peu probable desdits suspects, pareils motifs d’interpellation, s’il en est, tient d’autant moins la route qu’il parait difficile de l’assimiler à une tentative de corruption de magistrats en l’absence de témoignage d’un juge ciblé.

Il reste que Me Hassane Barry pourrait avoir été auditionné pour sa fréquentation de personnes sur lesquelles reposent des suspicions de terrorisme. C’est un autre motif difficile à admettre, et pour cause : ses connexions avec ledit milieu – qui est souvent soupçonné de terrorisme par faciès – avaient été largement exploitées par les segments appropriés de l’Etat, dans le cadre notamment de la libération d’otages militaires des griffes d’Amadou Kouffa. Nos confidences indiquent, en effet, que c’est grâce aux intercessions de parents ou connaissances peuls de l’avocat que les autorités ont réussi à établir les contacts nécessaires avec l’Emir du Macina, en vue de procéder aux échanges de nombreux présumés djihadistes contre une poignée de soldats maliens.

Conjointement conduite par l’officier Malamine Konaré, la démarche a été un franc succès au départ et devait discrètement s’étendre à d’autres échanges, mais elle a dû foirer probablement parce que la confiance entre les parties a été entachée par des postures insidieuses. Est-il en définitive loyal et crédible de la part des autorités sécuritaires de causer des ennuis à un citoyen pour des relations dont elles se sont elles-mêmes servies à quelques fins sublimes ? De quoi trouver la réponse à la question : entre l’Etat malien et Me Barry qui a trahi ?

A KEÏTA
Le Témoin du 26 Novembre 2019

 

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