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Esclavage à Kayes : Les « maîtres » inculquent une éducation singulière à leur progéniture quant à la place réelle « des esclaves »

Condamné par la constitution malienne, l’esclavage est toujours pratiqué dans la première région du Mali. Cet état de fait engendre des tensions dans cette région d’où le déplacement de plusieurs personnes victimes de cette pratique. Bon nombre de ces « esclaves » des temps modernes reprochent l’inaction de l’Etat.

C’est en juin 2018, que tout a commencé par la mise en place discrète dans un premier temps par ces "esclaves " de l’association Gambana (nous sommes tous égaux en soninké) et vulgariser sur les réseaux sociaux en un second temps. Un état de fait qui n’a pas été du goût des « maîtres », et qui a entraîné de vives violences entre ces derniers et leurs « esclaves ».

Depuis lors, une tension permanente demeure entre les « maîtres » et les « esclaves » à Kayes. Plus de 1000 personnes (1153environ) issues de cette nouvelle catégorie sociale ont eu à effectuer un déplacement de plusieurs localités vers Mambri, un village situé dans le cercle de Kita courant du mois de juillet 2019. Ce chiffre ne cesse d’augmenter car ces « esclaves » continuent toujours à fuir les violences physiques dont ils sont sujets.

Les raisons principales de ces vives altercations sont entre autres l’interdiction d’accès aux services sociaux de base, des maltraitances permanentes que ces « maîtres » font subir à leurs « esclaves » ...

Nianakoro konaté originaire de Bagamabougou Sacko dans le cercle de Djéma. « Ils nous empêchent de cultiver, et nous n’avons pas le droit d’emprunter les mêmes chemins qu’eux. D’ailleurs, ils (maîtres) avaient identifié une unique voie que nous (esclaves) étions habilités à parcourir. En cas de déviation de notre part, des châtiments corporels s’ensuivraient automatiquement »

Même son de cloche chez Mahamadou Traoré natif de Témoukoro dans le cercle de Djéma  : « Je n’ai pas pu épouser la femme que j’aimais à cause de mon statut d’esclave et de mon adhésion à l’association Gambana. A la veille de mon mariage, j’ai été convoqué par notre chef de village qui voulait que je confirme ou infirme mon adhésion à l’association Gambana. A mon acquiescement d’être membre de ladite association, il m’a tout simplement refusé la main de ma fiancée. J’ai ensuite subis des violences physiques avant d’être tout bonnement chassé du village, faisant de moi un paria » a conclu M.Mahamadou Traoré.

Quant aux femmes et filles des « esclaves », elles ne sont pas aussi à l’abri de ces violences notamment le viol qui en est une figure de proue.

Massira Demba habitante native de Kaynera dans le cercle de Diancounté : " nos "maîtres » nous obligeaient à faire leur cuisine et sous prétexte que nous les appartenions, nous étions également les objets de leurs assouvissements sexuels via des agressions que nous subissions fréquemment. Lorsque nous avions adhéré à l’association Gambana, nos« maîtres » nous ont interdit d’utiliser l’eau du forage alors que nous avons contribué à son aménagement ».

Cependant , pour certains doyens de cette communauté à l’instar de Somta Fofana âgé de 67 ans qui vient du village de Sakora, dans la commune de Demoucouraba, dans le cercle de Kita, les « maîtres » inculquent une éducation singulière à leur progéniture quant à la place réelle qu’occupe « les esclaves » au sein de leur environnement social . Elle consiste à leur faire croire et comprendre après leur phase d’initiation (circoncision) adulte que ces jeunes (futurs maîtres) ont le droit de violenter les femmes et filles issues de la (caste inférieure).

Au centre Mabilé de Sogoniko, le nombre va crescendo avec une arrivée massive de ces déplacés de circonstance : de 360 déplacés, ils se sont retrouvés à près de 400 personnes au jour du 1er août 2019, augmentant ainsi le nombre de colocataires qui subsistent tant bien que mal dans des tentes de fortunes servant de dortoir.

En dépit des plaintes déposées au niveau des juridictions de Kayes et de Djéma , aucune mesure concrète n’a été observée de la part des autorités compétentes. Un silence jugé comme une inaction de l’État par ces victimes. Souffrant de cette situation douloureuse et grave, même si selon Nianakoro konaté , une certaine accalmie était revenue dans la communauté à la suite d’un compromis entre les autorités communales et les « maîtres »., Mais de retour dans les villages respectifs, les chefs de villages ont décidé de ne pas respecter leur parole ce qui a envenimé la situation de cohabitation.

Les associations de défense de droit de l’homme aux aguets

Depuis l’éclatement de cette crise, les associations de défense de droits de l’homme et les personnes de bonne volonté ne cessent de manifester leur soutien pour ces « esclaves » de la région de Kayes tels la Commission Nationale de Droit de l’Homme (CNDH), les membres de l’association Gambana.

Même si nous sommes à quelques jours de la fête de Tabaski, une réjouissance propice aux partage, à la cohésion et à la joie, ces centaines « d’esclaves » ne seront malheureusement pas dans cette dynamique festive car la quête d’un endroit propre à leur autonomie et épanouissement restent leur principale source d’espérance.

Bamako, le 06 Aout 2019
©AFRIBONE

 

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