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Fatoumata Bagayoko : « dans la chorégraphie tout geste posé est accompagné d’un message ».

Danseuse, chorégraphe, la fondatrice de la compagnie Jiriladon et initiatrice de kéné-Koura (nouvel espace pour les filles), Fatoumata Bagayoko nous a accordé une interview dans laquelle elle se présente comme une activiste dans la lutte contre l’excision, le mariage précoce , la déscolarisation des filles et toutes les formes de violences faites aux femmes.

Afribone : Vous êtes une danseuse, chorégraphe et encadreuse , que représente la chorégraphie et la danse pour vous ?

Fatoumata Bagayoko : La danse est faite pour se défouler ou exprimer sa joie à travers un certain nombre de mouvements néanmoins l’accompagner d’un message avec ou sans parole, c’est cela la chorégraphie. Par exemple : véhiculer un message sur les mauvaises pratiques telles que : l’excision, le mariage précoce et la déscolarisation des filles. Si je veux exprimer mon mécontentement contre toutes ces problématiques évoquées, je fais une croix et les gens savent que cela signifie : stop (arrêter). Chaque pas de danse a donc une signification, lorsque je suis débout ou quand je m’assoies : qu’est-ce-que cela signifie ? En un mot dans la chorégraphie tout geste posé est accompagné d’un message.

Afribone : Comment vous est née cette vocation ?

F.B : Cette vocation est partie de l’école, c’est à l’école que j’ai pris goût à la danse et à la chorégraphie notamment au Conservatoire des Arts où nous avons travaillé avec des professeurs qui nous ont appris la composition chorégraphique et initié à la danse. Je me suis focalisée sur toutes ces expériences et je me suis créée ma propre expérience, mon propre style de danse. Aujourd’hui, je peux parler et transmettre un message partout où je passe et j’ai toujours travaillé à ce que mon message soit compris de tout le monde.

Afribone : Comment définissez-vous votre style de danse ?

F.B : Concernant mon style de danse, je dirais plutôt qu’il un peu théâtrale. En ce sens que : quand je fais de la danse je me pose des questions et je traduis des phrases . C’est sans doute ces réponses que je manifeste par les gestes une fois que j’ai pu collecter les gestes, je les mets en mouvement. Mon style est donc accessible à tout le monde, que tu sois un artiste ou pas, parce que ce sont des mots traduits.

Afribone : De 2010 à nos jours, date qui marque le début de votre carrière professionnelle , quels sont les temps forts qui auraient jusqu’à présent constitué cette carrière ?

F.B : je dirais que ce sont les temps où je me suis largement consacrée à la recherche notamment sur l’excision des filles, le mariage précoce qui sont justement des questions pertinentes et qui me rongent de l’intérieur (du fond cœur) en savoir plus sur ces réalités a été un grand atout pour moi, échanger avec les personnes âgées sur ces questions épineuses, recueillir leur raisonnement concernant ces pratiques. Comment aborder ces sujets avec eux, pour qu’il te répondent aisément ? Toutes expériences m’ont servie, d’une manière ou d’une autre. C’est à la suite de toutes ces expérimentations que j’ai pu remportée un nombre des prix tels que : le prix orange Mali des jeunes chorégraphes, décroché lors du concours Bamako danse en 2015, le prix d’or simplify the best remporté à Bobo-Dioulasso (Burkina Faso ) en 2016, le trophée ZKB Acknowledgment au Zürcher Theater Spektakel en Suisse.

Afribone : En 2015, vous avez mis en scène un solo intitulé : « Fatou tu as tout fait » présenté pour la première fois au festival de danse de Bamako, retour sur ce morceau, Qu’évoquez-vous dans ce solo ?

F.B : « Fatou tu as tout fait » retrace ma propre histoire, Fatou est le diminutif de Fatoumata, ce solo parle de moi-même. Ce titre traduit le nombre des recherches menées sur les questions de mariage précoce et de l’excision dont j’ai été victime et que je continue à porter comme souffrance ( fardeau ), la colère que je porte encore en moi. L’objectif de ses recherches était de savoir : pourquoi cela se faisait dans ma famille ou dans mon village ? j’ai été témoin de plusieurs cas d’excision tous ces événements, m’ont permis de composer une scène qui décrie cette pratique ignoble. Je ne dénonce pas pour dire que nos parents ont mal agi, ils avaient certainement leur raison de le faire. Sauf, qu’ils ignoraient les conséquences que cela pouvait entraîner dans la vie d’une fille ou d’une femme. Je dénonce cette pratique sans offenser les personnes âgées, mais tout simplement les inciter à prendre conscience des méfaits de l’excision.

Afribone : La chorégraphie , la danse ont-elles un lendemain meilleur dans notre pays et comment peuvent -elles contribuer à l’émergence du Mali ?

F.B : La danse et la chorégraphie sont deux disciplines qui se lient, elles sont universelles . On n’a pas besoin d’appartenir à une ethnie pour comprendre la danse ou la chorégraphie, elles sont accessibles à tout le monde, il suffit juste de les mettre sur scène. Quand je me rends en Suisse notamment au Centre Zürcher Theater Spektakel où la plupart des gens parlent allemand, je n’ai pas de problème à me faire comprendre. Lorsque je danse les spectateurs n’ont pas du mal à saisir mon message. Ce qui est bien pour l’émergence de notre culture et de nos valeurs et de notre économie. Malheureusement, le gouvernement ne prend pas ses artistes au sérieux et ne leur apporte pas le soutien nécessaire. En fait, pour nos gouvernants la culture ne rapporte rien, nos dirigeants préfèrent valoriser les artistes étrangers que les nationaux. Je pense qu’ils doivent faire confiance à leurs propres artistes, sans quoi ils ne verront jamais ce que les artistes peuvent apporter comme changement et leur impact sur le développement du pays. L’argent que je gagne ce sont les étrangers qui me le donnent lors de mes différents spectacles. C’est parce qu’ils sont conscients de mon travail et de mon combat dans la lutte contre l’excision, le mariage précoce, la déscolarisation des jeunes filles et toutes sortes de violences faites aux femmes.

Afribone : En 2017, vous avez mis en place un programme kéné-Koura pour la formation des jeunes et la sensibilisation des jeunes filles, parlez-nous de cet espace de formation ?

F.B : Kéné-Koura vient du bambara une façon de valoriser ma langue, parce que je me dis pour bien se faire entendre, il faut utiliser sa langue natale ou nationale Kéné-koura est défini comme un nouvel espace pour les filles ( Kéné signifie espace et koura : nouvel). Cette initiative est partie de mon solo sur l’excision : « Fatou t’as tout fait », il fallait donc rassembler les filles, particulièrement les victime de cette pratique d’antan, les édifier à travers une sensibilisation basée sur les danses traditionnelles des ethnies où le taux d’excision est très élevé, les danses ne sont pas choisies par hasard. Car, tout découle de la tradition, une façon d’exhorter les filles à ne pas bannir la tradition, certes qu’il y a des points négatifs mais elle a aussi contribué à notre éducation. Mon objectif est aussi d’informer les parents sur les risques de l’excision d’autant plus que ce sont eux qui encouragent de plus en plus cette pratique cruelle. Après, il ne suffit pas de dire que je suis contre ; certains viennent de façon agressive. Mon approche est plutôt pacifique, il faut apporter des preuves sans vexer les adeptes de cette tradition, leur dire qu’ils ont raison d’être fidèles à la tradition ancestrale. Cependant, ils ignorent les conséquences de cette mauvaise pratique ; cette attitude peut jouer sur la conscience de celui ou celle qui vous écoute, elle peut aboutir à un changement de comportement. Telle est donc ma méthode de sensibilisation.

Afribone : Votre dernier mot à l’endroit de vos fans exclusivement les jeunes qui souhaiteraient se lancer dans la danse ou dans la chorégraphie ?

F.B : J’encourage les filles activistes qui sont pour le changement et qui dénoncent toutes sortes de violence faites aux femmes, plus encore celles qui souhaiteraient faire carrière dans la danse ou dans la chorégraphie, qu’elles seront les bienvenues dans notre association. Pour être précise nous sommes à notre troisième édition avec un effectif de 20 filles . Ce combat ne sera pas gagner par la dictature mais par une sensibilisation morale des consciences. En effet, il n’y a pas que l’excision, comme problème aujourd’hui. Les femmes sont agressées au quotidien, le mariage précoce, la déscolarisation des filles qui conduit à la prostitution de celles-ci.

Darcia
Bamako, le 06 janvier 2020
©AFRIBONE

 

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