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Journée internationale de l’enseignant : "Nous ne devons pas priver les enfants de leurs droits, ni les prendre en otages."

Journee des enseignants
Banna Moussa B. : « Que les inquiétudes de l’enseignant soient une préoccupation nationale ». 

Initiée en 1994 par l’UNESCO et l’Organisation internationale du Travail (OIT) conformément à la signature du 05 Octobre 1986, la journée mondiale des enseignants est célébrée chaque 05 Octobre dans le monde entier. Contacté à ce sujet M. Banna Moussa Bakhaga, Inspecteur du groupe scolaire Biason Dembélé, nous édifie sur cette journée. Interview !

Afribone : Pourquoi une journée des enseignants ?

Banna Moussa Bakhaga : C’est parce que l’enseignant représente une pièce maîtresse dans le système éducatif ; dédier une journée spéciale à l’enseignant c’est reconnaître la place qu’il occupe dans un pays et vous êtes sans ignorer que l’éducation est un droit consigné dans les textes. Consacrer une journée à l’enseignant c’est mettre en valeur la place qu’occupe l’enseignant, prendre en compte ses préoccupations, et réfléchir sur ses conditions de travail et d’exercice de son métier. En somme, c’est faire que l’enseignant soit connu et donc le fait que l’UNESCO ait proclamé le 05 Octobre « journée des enseignants » cela prouve que l’enseignant occupe une place de choix dans le développement d’un pays et que l’on fasse en sorte que ses inquiétudes soient une préoccupation nationale. 

Afribone : En tant qu’inspecteur que représente cette journée pour l’enseignant malien ?

B.M.B : Pour tout enseignant en général et malien en particulier, le 05 octobre est une date inscrite en lettres d’or et qui doit nous rappeler tous les efforts fournis jusque-là par rapport à l’amélioration de nos conditions de vie et de travail. C’est aussi une façon d’attirer l’attention des autorités en charge de l’éducation et du gouvernement sur la place qu’occupe l’enseignement dans ce pays. Dans la conjoncture actuel l’enseignant malien se bat tous les jours pour qu’il soit dans des conditions idoines de travail pour qu’il se consacre exclusivement à ses activités et travailler sans soucis. C’est d’ailleurs, le désir de tout travailleur ; dans sa lutte, l’enseignant malien se bat pour qu’il puisse vivre dignement de son salaire, valoriser son métier est donc son souci quotidien. 

Afribone : Cela fait plus de 25 ans que cette journée est célébrée en l’occurrence cette lutte d’amélioration des conditions de vie et de travail de l’enseignant à travers le monde. Dans le cas du Mali, quel bilan retenir de cette lutte ?

B.M.B : L’enseignant actuel a plus des avantages que celui d’hier. En tout cas, les efforts ont été faits par les syndicats des enseignants et le gouvernement. Si nous prenons le statut des premiers enseignants et que nous le comparons au statut actuel des enseignants avec tous les avantages dont ils disposent maintenant , nous pouvons dire que la lutte est en train de porter des fruits. Moi, par exemple, le  premier salaire que j’ai touché en tant qu’enseignant était moins de 40000f malien à l’époque. Aujourd’hui, l’enseignant stagiaire a quand-même un salaire qui tient compte de la conjecture et de l’évolution ; on peut dire qu’il est mieux rémunéré qu’un enseignant d’hier. Les enseignants d’aujourd’hui touchent un salaire assez substantiel et qui doit continuer à s’améliorer pour aller de l’avant.
Aujourd’hui, avec la mondialisation et le système d’intégration ; nous avons tendance à se mesurer aux autres enseignants de la sous-région qui ont quasiment une bonne situation salariale. Nous voulons aussi bénéficier des mêmes conditions que les autres, être traités de la même manière. Surtout, que l’enseignant n’a pas d’autres ressources que son salaire ; il est donc important que ce salaire soit décent afin que nous nous donnions exclusivement à notre tâche d’enseignant et d’éducateur.  

Afribone : Quels sont les défis de l’enseignant malien ?

B.M.B : les défis sont nombreux, de plus en plus on souligne la baisse de niveau des enseignants et des élèves.
Cette situation devrait interpeler les acteurs en charge de l’éducation en particulier l’Etat. Je pense qu’il faut véritablement réformer notre système éducatif, l’adapter aux exigences actuelles c’est-à-dire à nos besoins de développement politique, économique et social, parce qu’un système doit répondre à un besoin. Certes le système LMD (Licence, Master, Doctorat) est appliqué au Mali, néanmoins, les enseignants doivent se remettre en cause, nos méthodes d’enseignement doivent changer ; nous ne pouvons pas continuer à former les enfants avec les méthodes archaïques. Actuellement, avec les prouesses des nouvelles technologies de l’information et de la communication, les enseignants ne doivent pas restés dans le stéréotype, ils doivent plutôt aller vers les technologies de pointes pour donner un enseignement efficace et en même temps mettre l’accent sur la formation pratique que théorique. Parce que, de nos jours, le savoir théorique ne paye plus et nous devons former non point des têtes pleines mais des têtes bien faites orientées vers les activités porteuses. Notre société a énormément besoin des praticiens que des théoriciens.

Afribone : De plus en plus les syndicats des enseignants sont préoccupés par l’amélioration de leur condition de vie que par l’amélioration du système éducatif malien . Comment expliquez-vous cette tendance inversée ?

B.M.B : Il y a un mal qui gangrène notre société c’est l’appât du gain. L’argent ne doit pas prendre le dessus sur l’essentiel, en tant qu’enseignants nous devons mettre l’accent sur le respect de l’éthique, de la déontologie et la qualification professionnelle plutôt que l’argent, nous ne sommes pas là pour s’enrichir. Et n’est pas enseignant qui le veut ; aujourd’hui, il y a des gens dans l’enseignement qui ne méritent pas être là mais qui y sont que par souci de gagner de l’argent. En ce moment, on ne répond pas à la vocation première de l’enseignant, c’est un métier de sacrifice qu’il faut pratiquer avec amour et abnégation. Malheureusement, il y a des enseignants qui n’ont ni la qualification professionnelle pour enseigner et ne maitrisent aucune règle d’éthique et de déontologie. Personnellement, je n’accuse pas les élèves, je m’en prends aux enseignants ; les enfants ne sont que nos produits, il faut qu’ils soient à l’image de celui qui les forme. Or, de plus en plus, celui qui les forme n’est pas lui-même bien formé et l’élève ne peut être bon.
Actuellement, les enfants manipulent mieux le téléphone, l’internet que nous. On ne peut pas dire qu’ils sont, excusez-moi le terme « des imbéciles ».Ils sont bien intelligents mais nos méthodes d’éducation, d’enseignement et même notre façon de noter sont dépassées.

Afribone : Avec la prolifération des écoles privées et l’effectif pléthorique des élèves et des étudiants dans des salles à cela s’ajoute les grèves intempestives. Quel est l’avenir de l’école publique malienne ?  

B.M.B : Tout ce que vous venez d’évoquer ne facilite pas la qualité de l’enseignement au Mali. L’enseignement de qualité exige que l’enseignant soit à la hauteur et les grèves intempestives jouent sur la qualité de l’enseignement.
Aujourd’hui, il faut qu’on se le dise, notre enseignement est au rabais parce que le temps requis pour l’apprentissage n’est pas utilisé de façon rationnelle, à cela s’ajoutent les grèves intempestives le manque de qualification professionnelle de certains enseignants qui renforcent davantage cette baisse de niveau. Les enseignants ont aussi une part de responsabilité. Il faut envisager d’autres méthodes de lutte syndicale ; nous ne devons pas priver les enfants de leur droit ni les prendre en « otages » pour aboutir à nos fins syndicales.
L’éducation est un droit, L’Etat en lui seul ne peut pas résoudre les flux, la demande dépasse les compétences de l’Etat. Voilà pourquoi, il a sollicité l’ouverture des écoles privées ; elles ont été créées pour résoudre les flux, seulement elles doivent répondre aux normes et l’Etat doit « assainir le système éducatif ».
L’école publique a toujours son avenir devant elle. Néanmoins, l’Etat doit veiller sur la formation continue de l’enseignant à l’interne. C’est d’ailleurs, un droit qui est inscrit dans les obligations de la fonction publique. L’enseignant a droit à une formation continue qui doit être assurée par l’Etat, ce n’est pas pour rien que l’Etat a désigné les inspecteurs pédagogiques régionaux , dans le cadre de la décentralisation ! Ils sont nommés pour agir sur la qualité de l’enseignement. Mais, il faut reconnaître que certains de ces inspecteurs ne sont pas à la hauteur ; il faut que ces inspecteurs soient eux-mêmes formés et assez outillés pour qu’à leur tour, ils forment les enseignants du public et des privées, sans cela l’école fondamentale, sera toujours au bas de la pyramide. Il y a des gens qui sont dans l’enseignement qui n’ont pas la compétence requise ni professionnelle ni déontologique, ni d’éthique. Si, l’Etat ne corrige pas toute ces tares, elles s’accumuleront et entraîneront des répercussions sur le système éducatif. 

Afribone : En cette journée de l’enseignant, quelles sont vos attentes ?

Le ministre en charge de l’éducation est un enseignant de souche qui est bien conscient des problèmes auxquels sont confrontés les enseignants et il se bat pour l’amélioration des conditions de vie et de travail de des enseignants. Regardez les efforts fournis, on a pu sauver l’année ! Je sais que c’est un homme de terrain qui mettra tout en œuvre pour que l’année scolaire 2019- 2020 ne soit pas perturbée. Nous avons besoin de la stabilité à l’école afin que l’enseignant joue pleinement sa partition. Nous espérons que le conseil national et les syndicats feront leur travail de façon qu’on puisse parfaitement dérouler l’année et que l’école sorte des grèves intempestives, des perturbations qui ne font que retarder notre développement.
 
Darcia
Bamako, le 07 Octobre 2019
©AFRIBONE

 

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