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La Tabaski : "C’est inconcevable que nous achétions les moutons à des prix si exorbitants !"

Voilà encore une année de plus où les fidèles musulmans s’apprêtent à s’acquitter de leur devoir d’immoler le mouton, du moins si l’on dispose des moyens nécessaires d’en acheter.Aid El kabir pour les uns et Tabaski pour les autres,la fête du mouton donne lieu au marché ovin à Bamako et un peu partout ailleurs au Mali.

Cependant, si le prix des moutons paraissaient abordables les années précédentes,les vendeurs ne cessent de se plaindre de la situation actuelle à laquelle ils sont confrontés notamment l’insécurité, la crise économique que connaît le Mali depuis un certain temps.Un véritable casse tête qui donne du fil a retordre aux chef de famille Bamakois, qui peine à joindre les deux bouts pour contenter leurs familles. Entre frustration, négociation et achat, la Tabaski 2019 se passera t-elle bien dans tous les foyers maliens ?L’avis de certains d’entre eux.

Hama kounta vendeur de moutons au "Grabal" de faladjè : « les prix des moutons varient entre ‘50.000fcfa et 300.000fcfa. Depuis des années je vends des bétails au garbal de faladjè. Mais cette année le marché est très lent il y a beaucoup de potentiels clients mais qui finalement ne procèdent pas à l’achat à cause des prix qu’ils estiment élevés. Ils pensent que nous les vendeurs, faisons la surenchère alors que Dieu seul sait les difficultés que nous traversons pour avoir ces moutons. Leur transport combiné à celui de leur alimentation , nous obligent à hausser leurs prix de vente afin que nous puissions avoir un bénéfice aussi. »

Moussa Sidibé, vendeur de bétail à faladjè "Grabal" : « Je vend des bétails depuis 5 ans et je gagne bien ma vie. Cette année, les clients se font rare et je pense que c’est principalement dû à la pauvreté. Les clients se plaignent beaucoup de la hausse des prix, mais ce problème ne vient pas de nous ; les moutons proviennent essentiellement du nord et quand nous sommes fréquemment attaqués par les bandits armés lorsque nous partons en acheter. Cette insécurité a un prix car nous pouvons perdre nos vies au profit de notre métier. C’est au gouvernement malien de revoir la situation de l’insécurité, sinon nous ne pourrons pas vendre à perte non plus ».

Oumar Gassamba, au "Grabal" de Badalabougou : "J’étais vendeur de bétail à Abidjan.C’est pendant la crise de 2012 qu’a connu la Côte d’ivoire que je suis retourné au pays.C’est moi même qui part chercher mes moutons au nord. L’année dernière le marché était assez rentable et j’ai fait deux tours…. mais cette année,je ne vois pas beaucoup de clients. Il y a en même qui veulent procéder par un achat en deux tranches : donner la moitié de l’argent pour avoir le mouton et après la fête donner le reliquat.

C’est la pauvreté qui est la base de cette précarité que connaît presque tous les maliens. J’ai dû emprunter deux millions auprès d’une connaissance pour pouvoir vendre cette année. Le message que je lance au gouvernement malien est de revoir notre situation de travail, la crise économique et l’insécurité nous font perdre beaucoup de clients. Il y aurait même une rumeur selon laquelle que nous serons déguerpis après la fête : notre proximité avec un hôpital ne serait pas opportun pour les patients qui y séjournent."

Si la plainte des vendeurs résonne comme un son de cloche dans les différents grabals de la rive droite, les éventuels clients en font une rengaine aussi au niveau de leurs portefeuilles.

Alpha koita potentiel acheteur : « L’année dernière j’ai acheté un mouton à 100.000fcfa et cette année on me dit que c’est à 150.000fcfa ! Je suis là depuis 6h du matin et les négociations sont dures.,… C’est inconcevable qu’ils vendent à des prix si exorbitants ! Idem dans les villages qui avaient pourtant l’habitude de vendre les moutons à des prix abordables. C’est insensé tout cela ! »

« Je pense pas si j’aurais un mouton pour la fête, ils sont très chers. » témoignage laconiquement un autre chef de famille qui a préféré gardé l’anonymat.

Toutefois, on a coutume de dire que le malheur des uns fait le bonheur des autres. Un constat avéré chez les vendeurs d’herbes (nourritures des moutons) qui se réjouissent de leur côté de l’aspect « peu graisseux » des moutons cette année comme l’atteste, Aissata Guindo : « Cela fait des années que je vends la nourriture de bétail et nous sommes assez sollicités cette année. Les moutons ne sont pas gros et les clients sont obligés d’acheter des aliments pour bien les nourrir avant la fête. »

Si les principales dépenses s’effectuent autour de l’achat du mouton, il est utile de signaler que les autres dépenses en l’occurrence les vêtements, accessoires et autres besoins de la famille ne sont pas en marge des prérogatives des chefs de famille ; sans oublier la rentrée scolaire qui pointera bientôt le bout de son nez… une option qui incitera la pousse de cheveux blancs chez plus d’un « Doutigui » Bamakois !

Boly Keita
Bamako, le 06 Août 2019
©AFRIBONE

 

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