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Le Mali sous IBK : La révolte du… Sud !

Le 4 septembre 2013, fraîchement élu, le président IBK a juré de garantir l’unité nationale, l’indépendance de la patrie et l’intégrité du territoire national, la sécurité des personnes et des biens. Mais force est de constater que depuis le début de son magistère, plusieurs localités du pays vivent dans une insécurité permanente et chronique. Et des pans entiers du territoire échappent complètement au contrôle de l’Etat.

En effet, presque huit ans après, au-delà des paroles dont le pays est régulièrement abreuvé, l’unité nationale, l’indépendance de la patrie et l’intégrité du territoire national restent des vœux pieux. De toute évidence, le garant constitutionnel de l’unité nationale a échoué dans sa tentative de restaurer la paix et la stabilité. Outre le Nord, où la souveraineté de l’État reste contestée par divers groupes armés malgré la signature de l’Accord de paix (2015) qui peine à s’appliquer, le Centre du Mali s’effondre avec la présence de groupes armés.

Bamako, qui était préservée au quotidien par les violences djihadistes et intercommunautaires qui endeuillent le Nord et le Centre du pays, est le théâtre, depuis le vendredi dernier, des heurts et des incidents. Plusieurs quartiers ont vu des hommes dresser des barrages, incendier des pneus et se livrer à des saccages, comme celui des locaux du Haut conseil des collectivités. Cette brusque montée de tension fait suite aux manifestations et actes de désobéissance civile organisée le vendredi, 10 juillet 2020, à Bamako par le M5-RFP.

L’objectif, selon les manifestants, est d’obtenir la démission du président Ibrahim Boubacar Keïta. L’Assemblée nationale, l’ORTM, la cité administrative, les trois ponts de Bamako, entre-autres, ont été assiégés par les manifestants ce vendredi soir. Trois morts et une soixantaine de blessés dont des cas graves ont été enregistrés au niveau de l’hôpital Gabriel Touré, confirment les responsables de la structure sanitaire. A ce bilan s’ajoutent les dégâts matériels enregistrés au niveau de plusieurs bâtiments publics et privés.

La situation est restée tendue le samedi 11 juillet 2020 à Bamako où la ville a de nouveau été la proie de heurts qui sont allés s’intensifiant dans la soirée. L’arrestation depuis vendredi soir de plusieurs des principaux leaders d’une contestation qui vise directement le chef de l’État n’a pas fait retomber la fièvre. Aussi, toute la journée et une partie de la nuit du samedi, des jeunes, à travers plusieurs communes de la ville, ont érigé des barricades sur des artères, notamment en commune 5, ce qui a provoqué l’intervention de la police. Ce climat insurrectionnel s’est étendu à presque à tous les quartiers de la ville.

L’atmosphère était électrique aux abords de la mosquée où prêche l’imam Mahmoud Dicko, une figure religieuse très écoutée, considéré comme l’inspirateur de la contestation. Bilan : 4 civils tués dans les violences de samedi et de la nuit.

IBK a perdu le Nord

Pour tous, l’élection d’Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) à la magistrature suprême constituait l’aubaine qui devait permettre au Mali de se remettre rapidement debout. Mais très vite les Maliens, y compris dans le camp présidentiel, ont commencé à déchanter.

La gestion du dossier du Nord, précisément de la situation à Kidal. Là, depuis son élection, la situation ne cesse de se dégrader.

Que se passe-t-il aujourd’hui, depuis l’entrée en fonction de l’homme qui se disait hostile à tout dialogue avec des bandits armés [référence notamment au MNLA] ? , la réalité crève les yeux. Ces mêmes bandits dictent leur loi à l’Etat. Où sont la paix et la sécurité promises ? Elles sont loin d’être concrétisées, l’insécurité ayant atteint son paroxysme, sous celui-là même qui jurait d’apporter une solution définitive aux problèmes du Nord, réconcilier les Maliens et rétablir durablement la paix et la souveraineté. A l’époque, expliquait-il, « le Mali a démantelé son système de défense avec pour conséquence le délaissement progressif d’une partie du territoire.

Et que la zone nord a été depuis plusieurs années administrée par les réseaux de trafiquants, notamment narcotrafiquants… Notre souveraineté dépendra de notre capacité à apporter une solution définitive aux problèmes du Nord, à anticiper nos besoins futurs nécessaires à notre souveraineté durable mais également à prévenir d’éventuelles nouvelles sources d’instabilité pouvant venir d’ailleurs ». Aussi, il s’était engagé à convoquer des assises nationales du Nord ; mettre les bases d’une justice traditionnelle post conflit ; créer un institut de la prévention des crises et des conflits ; mettre en place une commission « Après Minusma » pour que le Mali puisse réfléchir et prendre des mesures afin de bien gérer le transfert des responsabilités de la Minusma aux autorités maliennes lors de son départ. Où en est-on avec ces réformes ?

Que dire par ailleurs du refus des groupes armés touaregs d’appliquer les différents accords ? Du cantonnement et du désarmement de leurs combattants ? Ou encore de l’occupation des édifices publics, de l’absence de l’Etat dans plusieurs zones. Au même moment, à Bamako, l’Etat libère, à tour de bras, des prisonniers terroristes pris sur le théâtre des opérations. S’y ajoute la levée des mandats d’arrêt lancés contre les principaux responsables rebelles. Par son laxisme, l’Etat a totalement disparu, laissant les populations à leurs tristes sorts.

Le Centre à feu et à sang !

La situation explosive dans la région de Mopti n’a pas reçu l’attention nécessaire et le traitement adéquat d’un pouvoir qui a montré ses limites. À Bamako les autorités semblent dépasser à la fois par l’ampleur des dégâts et la tournure dramatique des évènements.

Ainsi, au fil des années (2015-2020), la violence est montée crescendo pour atteindre les pires proportions. Aujourd’hui, plusieurs localités de Mopti sont totalement ou partiellement occupées par une meute en armes, des hommes de Hamadoun Kouffa, des bandits armés et milices armées qui appliquent leur loi en occupant systématiquement le terrain. Les administrateurs civils, les enseignants, les agents de santé et autres représentants de l’administration publique ont déserté une grande partie du Centre. L’Etat n’y est quasiment plus représenté qu’à travers quelques postes militaires, si éparpillés et limités sur le plan opérationnel qu’ils ne gênent pratiquement en rien les terroristes-djihadistes dans leurs actions.

Les populations sont prises en otage, elles n’ont plus le droit de franchir des limites fixées par les occupants. Toute personne, soupçonnée ou accusée de collaboration avec l’administration, est sévèrement punie. Face à la situation et l’incapacité de l’Etat, les populations ont décidé de prendre leur destin en main, autrement dit se défendre par tous les moyens. Ainsi, des groupes et milices d’auto-défense, de groupuscules de règlements de comptes se créent à travers la 5è région. De même, s’est développée une haine accrue à l’égard de la communauté peulhe. Un Etat qui ne peut protéger les populations.

Celles-ci se meurent, particulièrement les populations implantées dans les cercles de Ténenkou, Youwarou, Douentza, Bankass et Mopti. En longueur de journée, elles font l’objet d’exactions de toutes sortes : meurtres, assassinats, coups et blessures, enlèvements de bétails, vols d’engins et d’objets de valeurs de la part des rebelles, des djihadistes et autres bandits de grand chemin. Les autorités maliennes n’ont quasiment jamais réagi des cris de détresse aux associations de la 5è région basées à Bamako.

Et la situation ne cesse de se détériorer comme l’atteste le dernier rapport trimestriel des Nations-Unies. En effet, l’ONU signale que les conditions de sécurité sont restées précaires dans le Nord du Mali et ont continué de se détériorer dans le Centre ainsi que dans la région de Koulikoro. « Le Centre du pays connaît une escalade de la violence intercommunautaire et les affrontements entre les Dogons et les Peuls, exacerbés par la présence de groupes extrémistes, ont entraîné la mort d’un grand nombre de civils, dont au moins 157 ont été tués durant le massacre perpétré le 23 mars à Ogossagou dans la région de Mopti », comptabilise le rapport. Ajoutant que la sécurité dans les régions de Gao et de Ménaka a été marquée par des violences visant les populations locales, la recrudescence des actes de banditisme, des assassinats ciblés de membres de groupes armés, signataires ou non de l’Accord, et des attaques contre les Forces de défense et de sécurité maliennes et la MINUSMA.

Les populations civiles payent, aussi un lourd tribut à cette spirale meurtrière. De 2013 à nos jours, la violence est montée crescendo. Il ne se passe pratiquement plus de jour sans que de pauvres populations civiles, précisément la communauté peulh ou autres, ne soient tuées ou assassinées. Les drames se suivent dans une relative indifférence des autorités.

Toujours, les localités du Nord, notamment la ville de Kidal, demeurent des cibles. Au même moment, les discours hypocrites nous font croire que le Mali est libéré de la rébellion et qu’il ne reste que l’emprise djihadiste. Pire, sous IBK ides criminels sont libérés, tout en faisant croire, la main sur le cœur, que les crimes seront punis.

Mémé Sanogo

L’Aube du 13 Juillet 2020

 

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