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Le recrutement au Mali : Diplômes ou Compétences ?

« Selon quels critères les DRH (Directeur de ressources humaines) et assimilés recrutent » ? « Suis-je assez diplômé pour être recruté » ? « Mes compétences valent-elles plus que ma licence » ? Ce sont des questionnements récurrents que les jeunes diplômés se posent lorsqu’ils sont en face à leur destinée professionnelle. Certains diront, que c’est grâce aux diplômes qu’on acquiert nos compétences. D’autres décrieront que la compétence peut se forger grâce aux différentes expériences professionnelles que l’on culmine durant la formation primaire, secondaire ou supérieure. Ce sont sur ces bases que les DRH recrutent pour assurer un emploi. Cependant, la question reste en suspens. Que valent réellement les diplômes au Mali ?

La pertinence de cette question est une évidence dès lors que l’on remarque le nombre des jeunes diplômés au chômage ; de la licence au doctorat, sortant de nos universités publiques/privés. Le constat est surprenant. Pourtant les postes à pourvoir ne manquent pas. Mais comment trouver la pépite sans pour autant se fier « aux nombres incalculables de diplôme » et « d’expériences professionnelles » qu’il ou elle aurait eu dans le passé. C’est de là qu’émane la question de la compétence. « L’un ne va surement pas sans l’autre » selon Abdoulaye Konaté, directeur de l’entreprise Castor Sarl.

Il ajoute que « Lorsque la problématique sur l’employabilité se pose, directement, celle du niveau du diplôme se pose. Automatiquement, la question de la compétence surgie. Le marché de l’emploi est saturé par nos jeunes diplômés qui n’arrivent pas à s’inscrire durablement dans un secteur d’activité pour appliquer leurs acquis théoriques. Cela est dû à l’inadéquation de la formation vis-à-vis de la demande du marché. On ne cesse de le dire ! La formation dans nos universités doit s’adapter aux besoins locaux ! Les jeunes formés doivent d’abord savoir ce qu’ils aiment, ce qu’ils veulent exercer plus tard et apprendre en conséquence. C’est-à-dire se concentrer de fond en comble sur leur vocation, devenir des experts de leur domaine en s’exerçant continuellement, en tentant de nouvelles expériences professionnelles pour se forger efficacement. Donc oui, la compétence et surtout l’expérience fait le salarié ! ». Pour lui, c’est une évidence, l’expérience professionnelle est une manne recherchée par les recruteurs. Mais encore faut-il l’utiliser à bon escient.

Aminata Keïta, chargée de ressources humaines à l’entreprise Castor SARL : « Il y a un fossé énorme entre le CV et ce que le demandeur est réellement capable. On voit des CV bien écrits avec des expériences très pointues mais entre la réalité et ce qui est écrit, il y a un très grand déphasage. C’est pourquoi notre politique de recrutement s’atèle sur l’expérimentation. C’est-à-dire que lorsqu’on a besoin d’un chargé (e) de communication, on t’essaie lors de l’entretien en te mettant directement face à une problématique de communication. La personne sera ainsi jugée de la proposition de sa stratégie de communication et comment elle arrivera à le défendre face à une autre proposée par un concurrent. Ici, nous recrutons vraiment sur la base de la compétence rien de plus. Le Master, la licence ou même le doctorat ne sont que des niveaux d’étude. On te paie et te recrute par rapport à tes compétences et à tes expériences professionnelles ».

C’est une politique de recrutement que bon nombre d’entreprises maliennes adoptent en raison de leur ouverture sur le monde extérieur. D’autant plus les compétences dans nos entreprises locales sont pour la plupart acquises hors des frontières nationales. L’expérience et l’influence de l’autre font que la donne a changé pour s’adapter aux « normes internationale ». Et l’on sait qu’ailleurs, l’expérience vaut plus que le diplôme. C’est la « nouvelle tendance de critère de recrutement ». Selon Amadou Diallo, lauréat de la faculté des lettres de Rabat et chef d’entreprise : « Il y a un mythe sur le fait que le système français valorise plus le diplôme à la compétence. C’est une légende infondée. C’est difficile de l’admettre peut-être mais on recrute sur la base de la compétence : Qu’est ce que tu sais faire ? Comment tu le feras ? C’est ce qui nous importe. Pas « je suis issu de telle ou telle école ». Ça peut jouer en ta faveur si tu as étudié dans de grandes écoles, certes, mais ton savoir-faire témoignera tôt ou tard de ta force de proposition ».

Cependant, tous s’accordent à dire que le savoir-faire palpable est le critère premier de recrutement. Ce n’est plus vraiment une surprise, les diplômes ne suffisent plus pour garantir un emploi. Les managers creusent au-delà des sésames acquis auprès des écoles ou des universités et recherchent des compétences bien précises, techniques. Sans oublier ce qu’on appelle « les soft skills » entendez les « compétences douces ». Ceux-ci passent par la pensée critique, la résolution de problèmes, la créativité, le savoir-être, etc. Ce qui peut assurer l’adaptation de l’individu à des postes potentiellement très différents.

A ne pas omettre que ces « soft skills » peuvent aussi être des critères de choix pour un métier, sans aucun diplôme. C’est le cas de Dounamba Sissoko, 22 ans, diplômée du DEF (Diplôme d’étude fondamentale). Cette dernière a été recrutée par une agence de voyage grâce à ses « compétences douces » qu’elle a su mettre en valeur en dépit de son statut de salariée non diplômée : « C’est peut-être une bénédiction divine, mais j’ai su aussi faire jouer la chance de mon côté, en me levant tôt, en montrant au directeur, M. Camara, que je suis capable de faire mieux que les diplômés. C’était presque incrédule selon mes proches qui ont pensés que j’avais une histoire sécrète avec le DG. Mais je dirais c’est plus mon audace, ma détermination qui m’ont amené à ce poste ». Elle s’occupe désormais de l’enregistrement des coordonnées des voyageurs, depuis plus de 2ans.

C’est une bonne nouvelle pour les chômeurs ou ceux qui n’ont pas les moyens de se payer de longues études dans des grandes écoles. Les recruteurs n’attendent plus des jeunes diplômés des connaissances techniques abouties ; sauf pour les métiers très spécialisés. Ils privilégient la capacité à apprendre, tout au long du parcours professionnel et les compétences douces. Le recrutement par compétences prend le pas sur le recrutement par diplômes !

Aïssata Keïta

Bamako le 04 Janvier 2019

©AFRIBONE

 

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