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Les preuves de faiblesse de la démocratie en Afrique

En ce début de la décennie 2020, et à mesure que le monde investit le 21è siècle, la conjoncture du continent africain quant à l’appétit du pouvoir qui caractérise ses dirigeants, nous appelle à une réflexion plus globale sur les difficultés que rencontre ce continent et sur les enjeux de son réel développement.

Des tribus isolées, alors délimitées par l’horizon ou par le relief, aux frontières déterminées à la conférence de Berlin et entérinées par le sacrosaint principe de l’intangibilité des territoires sacralisé par les premiers présidents africains lors de la création de l’OUA en 1963 : la gouvernance en Afrique a opéré de nombreuses métamorphoses pour in fine mimer les stéréotypes de la démocratie occidentale.

Les premières difficultés consistèrent pour les premiers présidents des pays africains indépendants, à relever l’immense défi de bâtir une véritable nation sur base de principes importés, avec des populations mixtes, parfois issues de diverses tribus, aux modes de fonctionnement différents et qui par surcroît n’avaient jamais demandé à vivre ensemble. Malgré les nombreuses écueils rencontrés, et l’étroitesse de la marge de manœuvre dont ils disposaient, l’effort des pères fondateurs des indépendances africaines reste salutaire et à jamais gravé dans la mémoire d’un continent.

De ce bégaiement de la gouvernance et du goût immodéré des élites africaines pour le pouvoir, au mépris des principes mêmes qui régissent le fonctionnement d’un Etat ou par la légitimation ou la légalisation de l’imposture ou encore de l’usurpation de la souveraineté populaire : la démocratie héritée connaitra ses premiers écueils et subira une mutation vers sa forme africanisée.

Des coups d’Etat aux guerres ou aux génocides

L’histoire récente du continent africain est suffisamment éloquente des faiblesses de la démocratie africaine et de l’échec des élites dirigeantes à construire de véritables Etats-Nations qui s’érigent en modèles et contribuent à contraster le paysage, voire construire les chemins de traverse d’une culture idéale de la gouvernance afro-africaine. De la guerre du Biafra à la riposte contre le COVID-19, en passant par les affrontements sanglants entre Hutu et Tutsi, la guerre du Darfour, le printemps arabe et le conflit inter-communautaire centrafricain, ou encore la sécession du Sud-Soudan, – pour ne citer que ceux-là – ; les déboires de gouvernance africains ont été sanglants.

Il est alors de bon ton de s’interroger sur les mobiles de l’apparente irresponsabilité des chefs d’Etat d’Afrique qui en feignant la construction nationale et l’approfondissement d’un ancrage démocratique mal conçu, échouent littéralement à faire foule – au sein de leur opinion publique- au sens d’Aimé Césaire ; voire créent la panique la désolation et la division.

Pour exemple, la convocation du corps électoral par l’exécutif malien, ce 19 mars 2020, était une mise en grand danger des populations, à l’heure où le monde entier subit de plein fouet la menace sanitaire de la maladie à coronavirus et que le hashtag #resterchezsoi étreint la planète tout entière. Compte non tenu du kidnapping du leader de l’opposition malienne, enlevé le 26 mars 2020 par des terroristes alors qu’il battait campagne, cette décision relevait plus d’une irresponsabilité que d’un mauvais calcul politico-sécuritaire.

De même, une semaine plus tôt, alors qu’à Conakry la chaleur fait danser l’air au ras du sol, les Guinéens, désagréablement crispés, semblaient tiraillés entre le désespoir et l’inquiétude. Et pour cause ! Ils s’interrogeaient sur la conjoncture, somme toute affolante, que maintient le Président Alpha CONDE, résolu à rester au pouvoir, envers et contre tout. En effet, en dépit des soulèvements populaires qui ont secoué le pays, de la pression constante de la rue, de la déferlante Amoulanfe (ça ne passera pas) et des observations de la CEDEAO, de l’OIF et de l’Union Africaine ; l’ex-prisonnier politique de Lansana Conté est resté décidé à modifier la constitution pour s’assurer une réélection pour un troisième mandat à la tête de son pays et a donc maintenu le double scrutin du 22 mars 2020.

Comment expliquer qu’un homme qui a forgé son destin sur des valeurs honorables au point de se hisser au sommet à la satisfaction de tous, en soit réduit, en toute bonne conscience, à piétiner la démocratie et à faire tomber des têtes parmi les siens, pour rester Président ? Une certitude demeure dans l’idée que la punition reste une forme grossière d’éducation, mais il s’agit peut-être de la seule forme d’éducation que l’histoire inflige aux élus, qui foulent au pied l’espoir fondé sur eux par leurs concitoyens.

L’exemple du Président CONDE – certainement convaincu par Friedrich Nietzsche que tout ce qui ne tue pas rend plus fort – et de tant d’autres, pourtant conscients du sort réservé à ceux qui avant eux et dans l’histoire récente du continent – de Hosni Moubarak à Yaya Jammeh en passant par Blaise Compaoré et Abdelaziz Bouteflika – ont sabré les principes démocratiques et les libertés des peuples ; impose un questionnement plus approfondi sur les mutations qui vont s’opérer au cours de la décennie 2020.

En effet, avec une économie à croissance positive dès le début des années 2000 ; dopée par une démographie galopante (1.200.000.000 d’habitants) ainsi que par la montée en puissance d’une classe moyenne (340.000.000 d’individus) avide de consommation, les africains ont scandé des chiffres et autres performances macroéconomiques, qui ne révèlent en rien la réalité de ce qui se cache dans le panier de la ménagère : ce qui induit un manque à gagner sur le plan social et impose aux gouvernements d’accentuer les efforts de lutte contre la pauvreté, contre l’exclusion et le secteur informel.

Sachant par ailleurs que l’Afrique ne compte que pour 4% du commerce international comme des connaissances mondiales, il semble urgent d’adopter les mécanismes vitaux : ancrer le savoir et le savoir-faire nécessaire à la promotion du « Made in Africa » en tant que levier de souveraineté. C’est ainsi que nous pourrions nous affranchir de l’attentisme que nous vivons aujourd’hui, grands consommateurs du soft-power mondial, au demeurant incapables de produire les vaccins contre le COVID-19, car n’ayant pour unique actif que l’espérance.

Avec la jeunesse la plus nombreuse et la plus dynamique au monde, nous avons de quoi nous rappeler avec Adrien Houngbédji qu’il n’y a de richesse que d’hommes, attendu que les jeunes représentent tous les possibles et donc symbolisent tous les espoirs. Face à la réinvention nécessaire de nos modèles politiques, économiques, culturels et sociétaux, qui s’annonce dans les années à venir, l’appropriation de soi, de sa culture et de son identité semble être pour chaque africain, l’embrasure de l’émancipation, mais aussi et surtout le dernier bastion de son ancrage dans la mondialisation et de son avancée vers un modèle démocratique adapté, structuré et éloquent pour tous.

Par Oliver Santho -
17 avril 2020
Source : Afrik.com

 

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