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Mali-Burkina : Dans l’œil du Cyclone !

Le Sahel est devenu le champ d’actions de divers groupes djihadistes et le théâtre de nombreuses attaques terroristes ces dernières années. Un phénomène qui s’est amplifié avec la multiplication des groupes terroristes qui sévissent au Mali et au Burkina : Ansar Dine, Front du Macina, al-Mourabitoune, AQMI, Ansarul Islam, État islamique dans le Grand Sahara… Ce sont là, entres autres, groupes qui frappent indistinctement ces deux pays.

De nos jours, la montée en puissance des groupes terroristes menace les fragiles équilibres du Mali et du Burkina Faso. Aussi, les récentes attaques de Boulkessi au Centre du Mali et l’attaque de Koutougou, dans le nord du Burkina ont mis en lumière les connexions solides établies entre différents groupes djihadistes opérant dans les deux pays. En effet, depuis la déroute de l’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS) dans l’est du Mali et de la Katiba Macina (affiliée au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, GSIM) au Centre, les jihadistes se sont retranchés au Burkina Faso pour se recomposer. Des passerelles ont même été établies entre eux.

Le GSIM, a revendiqué la double attaque de Mondoro et de Boulkessi. Dans la zone de Boulkessi, plusieurs autres groupes jihadistes sont actifs, comme l’État islamique au grand Sahara ou les Burkinabè d’Ansaroul Islam.

Le GSIM, l’État islamique au grand Sahara et les Burkinabè d’Ansaroul Islam ont-ils pu faire front commun pour organiser l’attaque la plus meurtrière contre les forces de défense et de sécurité maliennes ?

Ce type de partenariat de circonstance ne serait pas une première. Une note des renseignements burkinabè datée du 30 août 2019 explique notamment que l’attaque de Koutougou, dans le nord du Burkina, revendiquée par le GSIM, aurait finalement été menée par des hommes de l’EIGS.

« Il y a une porosité entre les groupes. Ils s’échangent parfois des combattants, travaillent ensemble ou se partagent les tâches », explique une source bien informée au Burkina Faso. « Boulkessi est à la frontière du Burkina Faso. On peut parfaitement imaginer qu’Ansarul Islam fait le travail de renseignement et que les combattants viennent ensuite de groupes plus habitués et formés aux opérations complexes ».

« Les terroristes veulent faire de la région Sahel du Burkina leur nouveau bastion, poursuit l’analyste. Pour l’heure, ils sanctuarisent la zone ensemble, et régleront leurs différends plus tard ».

Qui sont ces groupes ?

Avant 2012, seul le groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) écumait la zone sahélo-saharienne. Né en Algérie, le GSPC prêtera par la suite allégeance à Al-Qaïda pour devenir Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) en 2007. Après le démantèlement de l’Etat libyen, l’armement pillé par les groupes armés permettra à ces derniers de se structurer au fur et à mesure et d’occuper les espaces de la zone. C’est l’occupation du Nord du Mali qui, en mai 2012 révélera ces derniers au nombre desquels nous pouvons citer AQMI, le Mouvement pour l’Unicité et le Djihâd en Afrique de l’Ouest (MUJAO) et Ansar Dine. Aujourd’hui, les groupes armés terroristes de la sous-région se regroupent en deux grandes formations : le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) et l’État islamique au Grand Sahara (EIGS). Le groupe État Islamique au Grand Sahara dont le chef est Adnan Abou Walid Al Sahraoui, d’idéologie salafiste djihadiste, créé en mai 2015, le groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM) de Iyad Ag Ghali d’idéologie salafiste djihadiste, formé le 1er mars 2017. Ces deux grandes formations ont le même objectif : l’instauration d’un califat régi par la charia. Malgré leurs différences plutôt tactiques, les leaders des groupes « Etat Islamique au Grand Sahara » et « Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans » ont décidé de coordonner leurs actions contre leurs « ennemis communs » qui selon eux, sont les occidentaux et les Forces de Défense et de Sécurité des pays qui les soutiennent dans la sous-région.

Autour d’eux gravitent des petits groupes plus ou moins structurés. Ils ne constituent pas un front uni mais forment une alliance de circonstance. Parmi ces groupes, il y a la Katiba Macina, fondée en 2015 et principalement active dans la région de Mopti, la Katiba Macina a gagné en influence ces dernières années. Depuis mars 2017, elle a rejoint le JNIM, une « multinationale du terrorisme ». Cette alliance de multiples factions regroupe par exemple Ansar Dine, des branches d’Al-Qaeda au Maghreb islamique, des combattants du défunt Mujao et du MNLA etc. Bref, de la plupart des factions qui font planer une menace jihadiste omniprésente sur le Sahel depuis 2012. Le groupe a été fondé par Amadou Koufa, prêcheur modéré qui s’est progressivement radicalisé, notamment au contact d’autres leaders jihadistes de la région. Après avoir été formé militairement en 2012 au sein du groupe Ansar Dine jusqu’à mener des attaques contre les autorités. À l’heure actuelle, le groupe serait responsable de la mort d’une centaine de soldats maliens, via des attentats suicides, des attaques armées et des poses de bombes.

Dans le nord du Burkina et dans le Centre du Mali, le GSIM agit avec comme un mode opératoire bien défini : enlèvements, attaques contre les symboles de l’État et pose d’IED. Il est le chef de file de ces groupes dans la zone et autour de lui gravite Ansarul Islam (du moins, ce qui reste de ce groupe après le décès de Malam Dicko) et des groupuscules de trafiquants et criminels.

Ces petits groupes locaux mènent leurs activités criminelles sous la protection du GSIM et surtout avec son appui logistique et technique. En contrepartie, ils contribuent à déstabiliser la région par leurs attaques et les enlèvements.

À l’Est opère l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) qui mène des attaques complexes et très violentes. Celui-ci est bien implanté dans le septentrion de la région de l’Est, à cheval entre le Niger et le Burkina. Il contrôle la presque totalité des sites d’or de la zone.

L’EIGS est aussi le chef de file des groupes terroristes alliés dans cette région, des groupes locaux qui se sont réparti les zones d’action dans la région de l’Est en fonction des objectifs ou des intérêts qu’ils poursuivent. L’EIGS leur appSorte, lui aussi, une assistance technique et logistique et tente de coordonner leurs actions

Le G5 Sahel impuissant

Alors qu’il y’a beaucoup de tergiversations et de gesticulations autour du G5 Sahel, les groupes terroristes, eux, prennent une longueur d’avance. C’est ainsi qu’ils développent des réseaux de renseignement leur permettant de recueillir des informations sur les activités d’opérationnalisation des forces du G5. Ils ont également une bonne maîtrise de la communication et diffusent sur les réseaux sociaux des messages et des prédications dans les langues locales. C’est ainsi qu’ils ont réussi à mener une attaque d’envergure contre le quartier général du G5 à Sévaré le 29 juin 2018.

Les stratégies et tactiques des groupes terroristes ne sont jamais figées. Elles sont en constante évolution et savent s’adapter aux dispositifs sécuritaires mis en place par les Etats. C’est en cela d’ailleurs que la lutte contre ce phénomène trouve toute sa complexité. L’entreprise terroriste pour sa pérennité et son extension prend appui sur les communautés de ses zones d’intérêt, établit des alliances, profite des insuffisances et des faiblesses des jeunes Etats de la sous-région, surfe sur les frustrations nées des fortes attentes de développement des populations et cible essentiellement dans ses approches la jeunesse désœuvrée.

En dépit des actions entreprises par les Etats sous la menace et des efforts de la communauté internationale, le constat est que la menace terroriste persiste et se propage insidieusement dans la sous-région. Les groupes djihadistes ont adopté une activité guerrière de basse intensité et fondent leur tactique sur le harcèlement entrainant les Forces de défense et de sécurité dans un combat de type asymétrique.

La stratégie de lutte doit être adaptée aux circonstances et user des tactiques et des moyens adéquats, c’est-à-dire semblables à ceux de l’adversaire. Les Etats en lutte doivent donc faire preuve d’imagination collective pour s’adapter en innovant et gagner le cœur des populations qui dans leur grande majorité développent une excellente résilience organisationnelle contre le phénomène terroriste.

Mémé Sanogo

L’Aube du 10 Octobre 2019

 

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