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Mamadou Igor Diarra, ancien ministre de l’Economie et des Finances, auteur d’un livre intitulé : « C’est possible au Mali »

La situation du Mali est aujourd’hui critique ; l’Etat est aux abonnés absents sur une grande partie du vaste territoire, depuis les crises de 2012, le pays est à l’aube d’un possible grand tournant, dans les mois à venir. « C’est possible au Mali » est un appel à une prise de conscience, au rassemblement et à l’action pour un Mali, où il fera mieux vivre pour tous.

Ministre de l’Economie et des Finances est une lourde responsabilité. Se voir confier à mon âge une telle fonction régalienne est incontestablement flatteur. J’avoue avoir été sensible au prestige du titre et à l’honneur qui m’était fait. Mais la réalité des problèmes coupa vite la route à la vanité naissante !

Au terme d’un parcours bien laborieux du gouvernement du Premier ministre Moussa Mara, la situation économique et financière du pays restait préoccupante.

En dépit des efforts de mon prédécesseur, souvent critiqué à tort, personne n’en avait la maîtrise. Grand argentier dans un pays, où les besoins sont si criants, et la précarité économique encore si répandue, les nuits allaient être courtes.

Au 10 janvier 2015, date de mon entrée en fonction, les « instances de paiement » mises à jour totalisaient 200 milliards de francs CFA. Sous le terme administratif d’« instances » se cache une réalité cauchemardesque pour ceux qui attendent des règlements de la part du Trésor public. Il s’agit en effet de dettes coincées « dans le circuit », comme les Maliens ont l’habitude de se le dire.

En bref, un commerçant qui a vendu à l’Etat du matériel de bureau doit attendre la décision de « l’administration » et la trésorerie disponible pour que son règlement en « instance » devienne effectif. Or nous savons tous que débloquer des situations de ce genre peut se heurter, soit au mauvais état des finances publiques, soit aux lourdeurs du service, soit à la recherche de petits arrangements illicites.

Du coup, les contentieux avec les créanciers sont légion et encombrent l’action de l’administration. À cela s’ajoutait le gel de nos relations avec la majeure partie des partenaires étrangers, défavorablement impressionnés par l’affaire dite « de l’avion »-un appareil récemment acquis par l’Etat pour assurer les déplacements du président de la République, acquisition dont l’opposition conteste le montant et l’utilité, ainsi que par un contrat d’équipements militaires largement critiqué.

Des appuis budgétaires, considérés comme acquis, étaient engloutis dans ces polémiques. Les recettes fiscales, elles aussi, souffraient. Les douanes avaient pris l’habitude d’annoncer la recette du mois tous les quarante-cinq (45) jours, pour obtenir des chiffres correspondant aux objectifs.

Les droits, taxes et impôts étaient tout aussi douteux. En dépit de l’enthousiasme et de la détermination de mon ancien collègue Me Mohamed Aly Bathily en charge de cette administration, le service des domaines ne générait plus de recettes, du fait de la suspension des opérations foncières, dans l’attente de la tenue des élections municipales indéfiniment reportées.

Du coté des dépenses, les problèmes étaient tout aussi nombreux. Le gouvernement précédent avait pris, vis-à-vis des partenaires sociaux, des engagements à hauteur de presque 30 milliards de francs CFA mais sans avoir pu budgétiser les ressources correspondantes.

Sans compter l’impact du nécessaire appui au Nord et de la loi d’orientation et de programmation militaire, dépenses justifiées sur le principe, mais dont il fallait néanmoins financer au total les 200 milliards de FCFA d’engagements nouveaux.

200 milliards d’instances dues au nom du passé immédiat auxquels il fallait ajouter 200 milliards de FCFA à injecter dans le futur proche ; le pays était en guerre ; les ressources notoirement insuffisantes ; le temps était compté. Il y avait de quoi devenir fou ! Je décidai de prendre le taureau par les cornes.

Lors du deuxième Conseil des ministres du nouveau gouvernement, je proposai un véritable séisme, un traitement de choc : le changement des responsables de toute la chaine des dépenses et des recettes publiques (budget, trésor, payeur, receveur des recettes, marchés publics, PMU, dettes publiques et douanes). Un véritable tsunami avec des effets en cascade sur les échelons inférieurs de la hiérarchie.

Les jalousies et les rancœurs prenaient feu. Autant dire que je ne débutais pas mon mandat en cherchant à me faire des amis ! Mais on ne fait pas du neuf avec du vieux, qu’il s’agisse des ressources humaines ou des méthodes de travail.

De ce choix, il ne faut pas conclure que les cadres relevés ont tous démérité. Certains oui, et je connaissais leurs pratiques, mais d’autres ont consciencieusement accompli leur tache dans le cadre qui leur avait été fixé. Je voulais impulser un nouvel élan, une nouvelle culture. Les objectifs étaient ambitieux. L’intégrité et la disponibilité étaient requises.

Je suivais en permanence les résultats des administrateurs sur mon téléphone et ma tablette qui ne me quittent jamais. L’esprit d’innovation était recommandé et promu. Je sais qu’il faut aller vite, très vite. Trop vite jugent certains. Peu de personnalités me faisaient confiance.

Beaucoup pensaient ou feignaient de penser qu’un ministre des Finances dispose de la pierre philosophale et qu’il lui suffit de faire marcher la planche à billets. Tous voulaient des dérogations, davantage de dépenses et surtout des extras sur la fameuse manne qui dépend de la décision de l’administration des Finances : les charges communes. Ces « charges » directement gérées par le ministre et son équipe viennent, en quelque sorte, en complément des fonds affectés à chaque département ministériel.

La convoitise est forte, les frustrations tenaces. Je me rendais odieux à beaucoup. Mais j’étais l’argentier d’un pays en guerre, d’un pays où la pauvreté continue à tuer, d’un pays à reconstruire. Lorsqu’il s’agit d’agir pour mon pays, je n’ai jamais rien lâché la tête d’un Etat, il faut des hommes fermes et rigoureux.

Il faut aussi de la sincérité, même lorsqu’elle est impopulaire et difficile à entendre. Quand un pays affronte une situation critique, il incombe aux dirigeants de prendre les mesures adéquates ; de ne pas faire semblant. Cela équivaudrait pour un médecin à mentir à son patient en lui disant que tout ira mieux alors qu’il le sait condamné.

Source : « C’est possible au Mali »

L’indicateur du renouveau du 04 Févirier 2019

 

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