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Me Cheick Oumar Konaré à propos de la lutte contre la corruption au Mali : « Les gros...

Me Cheick Oumar Konaré à propos de la lutte contre la corruption au Mali : « Les gros poissons sont protégés par la loi… »

« Justice et Lutte contre la Corruption au Mali : Réelle volonté politique ou duperie ? », c’est le thème d’une conférence débat animée, le 28 décembre 2019 à l’hôtel Radisson Blu de Bamako par Me Cheick Oumar Konaré, avocat à la Cour. Au cours de cette conférence débat organisée par le Réseau Media et Droit de l’Homme (RMDH), le conférencier, Me Cheick Oumar Konaré a fait savoir qu’il y a une réelle volonté politique de lutte contre la corruption car, selon lui, ceux qui ont été arrêtés n’allaient pas l’être s’il y avait un semblant de lutte.

Cependant, il reconnait qu’il y a des obstacles structurels, légaux, constitutionnels qui font que le parquet et les juges d’instruction ne peuvent, de leurs propres autorités, faire ce qu’ils veulent. « Les gros poissons sont protégés par la loi… Si les magistrats se sentent soutenus dans cette lutte, les hommes politiques auront un peu peur… », a souligné Me Cheick Oumar Konaré.

Dans son exposé, le conférencier Me Cheick Oumar Konaré s’est réjoui de la présence du Procureur du Pôle économique et financier à cette conférence débat qui a pour thème : « Justice et Lutte contre la Corruption au Mali : Réelle volonté politique ou duperie ? ». Selon lui, c’est un bon thème qui est d’actualité. D’entrée de jeu, il a mis l’accent sur deux histoires qui prouvent que le monde religieux pèse sur l’évolution de la justice au Mali. En outre, il dira qu’il ya un poids politique sur l’évolution de la justice. « La justice n’est qu’un segment de l’Etat. Si l’Etat lui-même n’arrive pas à assumer certaines responsabilités, on ne peut pas en vouloir à la justice…

Le simple choix de Malick Coulibaly comme ministre de la justice traduit une certaine volonté politique d’engager la lutte contre la corruption et la délinquance financière. Malick a lui aussi décidé de mettre en place une équipe. Je pari que le Procureur de la commune III (Mamoudou Kassogué) n’aurait pas hérité son poste s’il n’y avait pas Malick. Donc, il y a une véritable volonté politique de lutte contre la corruption. Je crois à cette politique mais elle a des limites objectives », a-t-il dit. Au-delà des obstacles sociopolitique religieux, il dira qu’il y’ a des obstacles d’ordre constitutionnel. « Les gros poissons sont protégés par la loi. Ils sont protégés par la constitution. Vous parlez de l’Affaires des avions cloués au sol par exemple. Ceux qui sont susceptibles d’être inquiétés dans ce dossier sont des ministres ou des anciens ministres. Ils sont justiciables de la haute cour de justice et là, l’affaire échappe au parquet, le dossier échappe à la justice. Il faut le transmettre à des instances électives, des instances législatives, aux députés. S’ils décident d’autoriser les poursuites, il n’y a pas de problème mais ce n’est pas le juge qui va leur dicter leur vote. Ils peuvent très bien refuser…

La politique a des droits extrêmement larges », a dit le conférencier. « Il faut que la justice nous dise ce qu’elle veut réellement. Elle veut de l’argent pour renflouer les caisses de l’Etat ou bien elle veut la tête des gens ? Cette question est extrêmement importante. La loi a commis une stupidité en disant que la médiation pénale est permise au procureur de la République à toute matière mais qu’elle est interdite en matière criminelle. C’est-à-dire qu’on permet au procureur d’essayer de trouver une solution négociée entre le plaignant et la personne poursuivie dans toutes les autres matières mais pas quand il s’agit de crime, or toutes les atteintes aux biens publics sont des crimes, dans cette matière là, il est interdit au procureur de trouver une solution négociée », a expliqué l’avocat Me Cheick Oumar Konaré. Selon lui, la loi elle-même a exclu la possibilité pour le procureur d’enrichir les caisses de l’Etat, puisque même si vous payez, vous restez dans l’incertitude de poursuite. Pour Me Konaré, il faut reformer la loi à ce niveau, afin que ceux qui veulent payer puissent payer et obtenir une contrepartie formelle de non poursuite.

« C’est à l’Etat d’affiner sa réflexion et de préciser l’objectif qu’il veut poursuivre. Veut-il de l’argent ou veut-il la tête de celui qui a mangé l’argent. Il y a une insuffisance de la loi qui interdit la médiation pénale qu’il faut corriger pour renflouer les caisses de l’Etat », a-t-il souhaité. Par ailleurs, Me Konaré souhaite aussi qu’il faille adopter une loi qui permettra de saisir les biens et de bloquer le compte bancaire de celui qui est poursuivi à titre à conservatoire. Aux dires de Me Konaré, il est bon de sécuriser les juges chargés de cette lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite dans le cadre d’un système de protection à la fois sécurité, mais aussi, de protection de carrière.

« Il faut maintenir la mobilisation du peuple pour soutenir cette lutte qui est une lutte de longue haleine. Si les magistrats se sentent soutenus dans cette lutte, les hommes politiques auront un peu peur. Il suffit qu’un pouvoir s’approche des élections, quant les élections approchent, parler de corruption effraie l’électeur et ce n’est pas du tout une bonne affaire pour les hommes politiques. Ils ont besoin d’être élu ou réélu. Donc, seul le peuple par sa mobilisation, sa critique, ses débats comme ce qu’on est en train de mener, peut influer sur la marche des choses. Il faut que la justice soit consolidée de manière générale », a martelé Cheick Oumar Konaré.

Répondant aux questions des uns et des autres, le conférencier a réaffirmé qu’il y a une réelle volonté politique de lutte contre la corruption car, selon lui, ceux qui ont été arrêtés n’allaient pas l’être s’il y avait un semblant de lutte. Ce n’est pas une duperie mais il y a des obstacles structurels, légaux, constitutionnels qui font que le parquet et les juges d’instruction ne peuvent de leurs propres autorités faire ce qu’ils veulent. A l’en croire, ces obstacles ne transforment pas la lutte en duperie. Pour lui, l’immunité bloque certaines procédures.

Aguibou Sogodogo
Le Républicain du 07 Janvier 2020

 

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