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Tisserand : un métier en surnage au profit de la modernité

Le métier de tisserand considéré comme une technique ancestrale de tissage du coton, est en phase de disparition au profit de la modernité. Qu’est qui explique la subsistance de ce métier ?

Considéré comme la principale voire la seule firme de fabrique d’habits et de couvertures dans le temps, le métier de tisserand est en surnage au profit de la modernité. Selon Tènèman Coulibaly, le chef du village septentenaire de Markala, les femmes faisaient le premier tissage du coton et les premières files issues de ce tissage étaient ensuite acheminées chez les tisserands. Ces derniers procédaient alors à la confection de cette bande de cotonnade en vêtements et en couvertures. Ce sont ces tissus une fois cousus par des tailleurs constituaient le dressing des hommes d’antan. Par ailleurs, « Les habits confectionnés par les tisserands ont été utilisés pour habiller l’armée Française au cours de la seconde guerre mondiale » atteste le chef de village.

Ils sont au nombre d’une dizaine de tisserands à exercer ce métier au niveau de Médina Coura. Moussa Tamboura trentenaire,s’ enorgueilli d’avoir hérité des techniques de tissage. “Je vis de ce métier depuis une dizaine d’années”, quoique les difficultés rencontrées au cours de l’exercice de ce métier à l’instar : du manque d’espace fixe pour exercer le métier, les difficultés liées à l’écoulement des produits sont assez criards. Quant au gain journalier, M. Tamboura dira qu’il varie entre 2500 à 5000 fcfa.

Cependant, les années passant, les mentalités ont eu tendance à subir « une évolution », l’industrialisation aidant, les nouvelles générations ont plus recours aux habits issus des usines au détriment des habits fait main . Harouna Cissé jun eune de 25 ans a affirmé qu’il se sent plus à l’aise avec les « T-shirt » plutôt qu’avec les habits traditionnels. « Le port de ces habits est révolu, il faut évoluer avec le temps » affirme -t-il. Même ordre d’idée chez Fatoumata Koné.Son style vestimentaire , elle l’élabore autour du wax , du bazin et autres tissus africains. Cela lui permet d’arborer son identité culturelle. La raison ? Elle prétend que l’épaisseur et la rigidité des cotonnades les rend moins confortables pour un port régulier. Leur design est plus attrayant de nos jours par une catégorie bien déterminée , celle composée par les féticheurs, les marabouts auxquels, ils procurent un effet mystique, en soi, les cotonnades y jouent plus un rôle d’outil marketing qu’un véritable choix
vestimentaire ; estime-t-elle.

Un avis qui ne fait pas l’unanimité et que la styliste et comédienne malienne Aminata Pédro Kouyaté se désole de considérer d’ailleurs comme « un complexe générationnel » :

« Nous ne reconnaissons plus nos valeurs. Il faut se reconnaitre pour valoriser ce qu’on a » martèle t—elle. « L’occident nous a dominé, et on nous fait croire que notre repère y provient ….’C’est le contraire, nous devons être fiers de nos valeurs » dixit Aminata Pédro.

La disparition des tisserands de plus en plus réelle

M. Kolado Cissé est brodeur et spécialiste en laine et coton. Beaucoup utilisé dans la décoration et dans le trousseau des jeunes mariée, les modèles de cotonnade tels que :

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« Alacairca »

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« adisa Alcairsa »

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« alcairdjango mouga »

issues du lainage du mouton sous forme de couvertures, ces étoffes sont en phase de disparition de nos jours. Deux raisons fondamentales expliquent cet état de fait : le manque de relève qui n’est pas assurée ainsi que l’effet « has been » dont ces tissus sont désormais catalogués. Même cri de détresse chez le président de la Maison des artisans Boubacar Mohamed Samaké, qui explique que par faute d’encadrement, et d’intérêt porté par les jeunes à ce métier , les tisserands disparaîtront bientôt du répertoire artisanal. A ceux-ci s’ajoute la mondialisation et la concurrence, car n’ayant pas été regroupé en association pour défendre leur métier, d’autres professionnels du secteur vestimentaire sont en train d’occuper la place des tisserands. Une idée partagée par Aminata Pédro : « les autorités doivent essayer de regrouper les tisserands, les former pour éviter la disparition de ce métier....La disparition de ce métier sera une grande perte pour le Mali » dénonce -t-elle. Pour remédier à cette problématique de disparition, Aminata Pédro a invité la nouvelle génération une rétrospection. Selon elle, c’est la mode qui fait révolutionner, elle est la vitrine d’un pays, alors que la mode malienne repose sur les habits traditionnels confectionnés par les tisserands. Par ailleurs, l’intégration du port des tissus traditionnels par les autorités et les scolaires, permet de valoriser la mode malienne à l’instar d’un pays voisin a conclu notre interlocutrice.

Ce métier est- il rentable ?

Près d’une centaine de tisserands exercent dans le distinct de Bamako.Installés dans les rues, derrière les habitations ou dans des zones périphérique, ils essayent tant bien que mal à joindre les deux bouts afin de subvenir aux besoins de leurs familles En dépit de cette précarité, le métier de tisserand fait bel et bien vivre affirme notre brodeur Kolado Cissé. La confection d’une couverture en laine de mouton varie entre 100 000 à 500 000 fcfa selon les modèles.et le temps de réalisation ne dépasse pas 2 mois.Celle d’ une couverture en cotonnade oscille entre 2 à 7 jours selon la qualité escomptée. Son prix varie entre 10 000 à 15 000 fcfa affirme M. Kolado Cissé.

La Maison des artisans aux aguets

La maison des artisans aussi ne reste pas en marge de la situation difficile que vit ces artisans. Elle compte monter des projets en vue de recenser, et regrouper les tisserands en association afin de les aider à écouler leurs produits. Toutefois la volonté manifeste de soutien ne suffit pas. Le problème de financement et de partenaire perdurent pour la réalisation de ces projets . C’est pourquoi il a lancé un appel à l’endroit des autorités ainsi qu’aux partenaires de l’artisanat afin de les aider à valoriser ce métier en phase de disparition.

De nos jours ce métier en phase de subsistance constitue pourtant un pan de notre patrimoine culturel. La nécessité de le sauvegarder s’impose.

Bissidi Simpara
Bamako, le 10 Juin 2019
©AFRIBONE

 

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