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Un coin de l’histoire du Mali : Les temps difficiles de la colonisation de Bamako par les français entre 1883 et 1893 (2eme partie)

Birama Niaré était le chef nominal de Bamako mais il était vieux, malade et incapable. En fait, comme nous l’avons dit, c’est Titi Niaré, son frère, qui exerçait le pouvoir. Celui-ci était hostile à Ahmadou, la Sultan de Ségou, mais son hostilité n’avait d’autre but que du fait qu’il s’adonnait au dolo (la bière de mil). Titi disait volontiers en effet que s’il buvait, c’est d’abord parce que le dolo était bon, ensuite parce qu’il tenait à prouver tous les jours qu’il n’était ni musulman ni sujet d’Ahmadou car l’un et l’autre interdisait de boire du dolo.

Quant aux Maures de tempérament très actif, ils étaient plus récalcitrants. En tant que musulmans, ils éprouvaient certaine sympathie pour le Sultan de Ségou. D’autres se mirent au service de Samory. Mais leur hostilité ne dura pas et bientôt ceux qui avaient quitté Bamako demandèrent à y revenir.

‘’Le nommé Abibou, Maure de Bamako, frère aîné de Dougafaro, habitait près de Diokou depuis deux ans, il a demandé à rentrer à Bamako. D’après Titi, cet homme n’a jamais cherché à nous faire du tort et il est parti uniquement par peur à la suite de l’arrestation de ses parents : Il a été en conséquence autorisé à rentrer à Bamako où il prendra le commandement de la famille des Dougafaro, actuellement exercé par ce dernier.

Abibou a été invité à se présenter au commandant et jurer obéissance à Titi et fidélité aux français. (Journal du poste 23 mars 1885).

Et le même jour : ‘’Les Maures de Bamako au service de Fabou ont demandé à rentrer dans leurs foyers. Le capitaine, délégué du commandant supérieur, a décidé que suite à un ordre du commandant supérieur cette demande leur sera accordée sous conditions.

Ils devraient se soumettre à Titi au même titre que tous les habitants de Bamako ;
Ils devraient jurer sur le Coran fidélité aux français et devraient s’engager également sur le Coran à ne jamais chercher à faire du tort aux français ou à leurs alliés et au contraire ils devraient aider le commandant autant qu’il leur sera possible ;
Ils devraient payer une amende proportionnée à leur importance et à la richesse de leur famille. Partant de cette donnée : le fils de Karamoko Bilé considéré comme le plus important de la famille la plus riche a payé une amende de cinq bœufs fournissant une moyenne de 80 kg de viande.

Un tiers de cette amende ou sa valeur devait être donné à Titi qui n’élèvera aucune autre prétention sur leurs biens…Ces quelques lignes traduisent également très bien la façon dont était rendue la justice et le sens à elle donnée. Jugement simple, expéditif mais raisonné qui tendait à préserver l’autorité des premiers auxiliaires et des chefs coutumiers tout en mettant ceux-ci en garde contre les abus qu’ils pourraient commettre. Ce ne fut que plus tard que la justice s’organisa sur des bases nouvelles et qui tenaient mieux compte de notre souci de ne pas mêler justice et commandement.

C’est ainsi qu’un décret du 30 septembre 1887 avait complété un arrêté du 12 octobre 1888 et fixait les règles des pouvoirs disciplinaires dévolus aux commandants de cercle. Ces textes qui restèrent longtemps la base de l’organisation judiciaire ne se limitaient pas seulement à la durée de la peine mais également aux infractions qui devaient être punies par les chefs de poste.

Tels furent les premiers moments de la vie du poste de Bamako. Ce n’est qu’en 1895 sous le gouvernement du général de Trentinian que fut organisée la circonscription administrative dits ‘’Cercle’’. Bamako devint des lors le chef-lieu d’un cercle indépendant comprenant 64 villages. Les temps difficiles étaient passés et avec le calme revenu, l’administration pouvait se consacrer à sa tâche de paix grâce à laquelle le développement de Bamako fut constant.

C’est ainsi que la personnalité de Bamako s’est affirmée par des réalisations physiques car à la période difficile a succédé en 1895 une période de paix et de travail dont les étapes importantes ont été marquées par contre par ces principales dates :

1895 : La vie administrative s’organise sous l’impulsion du général de Trentinien

1904 : Le chemin de fer est achevé

1906 : Une chambre de commerce est instituée à Bamako

1908 : Le gouvernement du haut-Sénégal-Niger est transféré à Bamako

Pendant cette période, la situation de Bamako s’est affirmée de plus en plus. Les rapports mensuels et trimestriels adressés au ministre ont signalé d’une façon à peu près constante que ‘’la situation est en tous points excellente dans les cercles de Kayes, Bafoulabé, Kita et Bamako’’, cette situation résulte d’abord de l’organisation administrative donnée au territoire placé sous notre influence par le cercle de Bamako.

Egalement un arrêté en date du 28 septembre 1895 a été pris et fixait la hiérarchie, le solde et les fonctions des agents civile du ‘’service des colonies’’. Il fixa le rôle des commandants de cercle : ‘’le rôle des commandants de cercle était non seulement d’assurer la défense des postes et des pays pouvant être efficacement protégé, mais encore d’étudier des contrées nouvelles disposant d’une multiple du point de vue géographique, topographique, agricole et commercial’’.

Toujours du point de vue de l’organisation administrative en 1899, le premier confortable essai de regroupement dont le but était d’imprimer plus d’unité à notre action politique, administrative et économique dans les premiers états indépendants, a fait l’objet d’un arrêté du 5 janvier. Il a groupé ces cercles en deux régions distinctes sous la dénomination de ‘’région du Niger’’ et ‘’région de l’ouest’’. La région du Niger dont le chef-lieu était Kati comprend les cercles de Bamako, Ségou et Djenné….’’

Un an plus tard, Bamako a reçu son premier commandant civil, l’administrateur adjoint KELLHE. Cette œuvre d’organisation administrative s’est réalisée grâce au calme qui régnait dans le pays. L’activité économique en ressentit les heureux effets.

Le rapport politique du mois d’avril de 1899 signale que ‘’dans les cercles de Djenné, Ségou et Bamako, le mouvement commercial subit une progression croissante. Les dioulas qui vont commercer dans tout le Soudan ont trouvé une sécurité parfaite sur toutes les voies d’accès….’’

Le rapport d’octobre de 1902 a accentué encore cette impression de progrès. ‘’Il convenait de remarquer que si ce mouvement progressait davantage la mission économique allait réussir elle-aussi.

Le rapport d‘octobre de 1902 a accentué cette impression de progrès. Il convenait de remarquer que si ce mouvement était dû à ce que les récoltes avaient été moins bonnes dans certaines provinces, il provenait aussi du développement normal de Bamako centre vers lequel les indigènes toujours plus nombreux se dirigeaient de jour en jour….’’

Les rentrées d’impôts s’opèrent sans à-coups. Quand à Bamako, où au début de l’année, les perceptions éprouvaient quelques difficultés, je suis heureux de constater qu’un mieux très sensible se produisait à l’époque. Si dans chaque rapport je me permets d’insister sur les résultats de la situation financière, c’est qu’ils prouvaient l’excellence de la situation politique…

Chaque année apportait de nouvelles preuves du développement de Bamako grâce à l’énergique impulsion des administrateurs dont en particulier M. Bonnassié. La bonne entente règnait entre l’administration et les colons et cette heureuse circonstance a été utilement mise à profit pour faire de Bamako une ville importante.

En juin 1904, M. Bonnassié adressa une circulaire aux Européens dans laquelle il les engageait à lui donner tout leur concours pour assurer la salubrité et l’assainissement de la ville. Son appel a été entendu : ‘’un comble tous les trous, et les vieux puits inutiles qui sont à l’intérieur même des concessions, des fossés d’écoulement avaient été aménagés pour éviter dans les rues les mares qui peuvent devenir rapidement des champs d’éclosion des insectes, mouches et moustiques. Il y a là une heureuse initiative et beaucoup d’activités à déployer…

Mais l’année 1904 a été marquée par un évènement des plus importants du fait que le chemin de fer aboutissait à Bamako. Et cet évènement provoquait des répercussions heureuses non seulement sur l’activité commerciale mais sur la situation politique. Les indigènes se rendirent alors compte que ceux qu’ils veulent vraiment ils peuvent l’obtenir toujours quel que soit le temps consacré pour l’avoir. L’importance de cet évènement a été telle que le rapport général sur la politique du cercle du 31 décembre a débuté par un long paragraphe entièrement consacré au chemin de fer.

L’année 1904 s’est achevée à Bamako par un évènement de la plus haute importance dont l’heureuse issue était attendue depuis de longues années. Grâce aux efforts et à l’énergique persévérance des officiers et des hommes de troupe du Génie, le chemin de fer de Kayes au Niger qui entrait dans le cercle, en passant par le Baoulé, à la fin du mois de janvier 1904, a desservi Koulikoro dont la gare a été ouverte le 1er décembre 1904.

Source : Les archives de la colonisation
Le Carrefour du 02 Aout 2019

 

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